La plaine de Grenelle


 

JAILLOT, Recherches critiques, historiques et topographiques sur la ville de Paris, Paris, Chez l’auteur et chez Lottin l’aîné, 1775, tome V, p. 45 :
« À l'endroit où est situé le château de Grenelle, et sur l'emplacement qu'occupe l'Hôtel de l'École Militaire, était anciennement une garenne appartenant à l'Abbaye de Ste Geneviève. Les titres latins la nomment Garanella ; les traducteurs ont corrompu ce nom, en écrivant Guernelles, Guarnelles, Garnelle et Grenelle. »

LE ROUGE, Les Curiositez de Paris, de Versailles, de Marly, de Vincennes, de ..., 1723, Paris, Chez Saugrain l’aîné, Volume 2, p. 509 :
« Il y a un bac auprès les Invalides [il est visible sur le plan de Roussel] ; il est d'une grande commodité pour passer au Cours de la Reine qui est vis-à-vis. Le lieu appelé le gros Caillou, est une habitation de plusieurs jardiniers et maraîchers, où est aussi la boucherie des Invalides près de la rivière. L'île de Mast ou de Querelle, appelée île Maquerelle, et aussi l'Île des Cygnes, est plus avant. Le Pré-aux-Clercs s'étend depuis le Quai d'Orsay jusqu'aux Invalides. Après la vue de la campagne, qui est des plus étendues et agréables en cet endroit, il ne vous reste plus à observer que la plaine et le château de Grenelle ; on tient que c'est l'ancien Hôtel de Craon. Il y a haute, moyenne et basse Justice relevant de l'Abbaye de Sainte Geneviève du Mont : on y dit la messe tous les dimanches et les fêtes ; c'est dans cette plaine que se faisaient ci-devant les revues et les exercices des Gardes Françaises. »

En 52 avant notre ère, la plaine de Garanella fut le théâtre de la défaite des troupes gauloises, dans laquelle leur chef, Camulogène, trouva la mort. Comme le souligne Jaillot, le lieu était une garenne, c’est-à-dire un lieu plutôt stérile et désert, qui faisait office de réserve de chasse seigneuriale. On y chassait le lièvre, la caille et la perdrix. Au Moyen Âge, les religieux de l’abbaye de Sainte-Geneviève y possédaient une maison, entourée de dépendances et appelée "Ferme de Grenelle".

Comme le note Le Rouge, le château de Grenelle était aussi l’un des lieux les plus remarquables aux alentours de Paris. Initialement propriété des religieux, il aurait servi sous Louis XIII de maison de campagne au comte de Tréville. Ces propriétés furent cédées à l'État en 1751 car Louis XV, conseillé par Mme de Pompadour, voulait construire sur ces lieux une école militaire royale. L’institution devait en quelque sorte rivaliser avec l’Hôtel des Invalides, édifié par son illustre prédécesseur, Louis XIV. Louis XV chargea Jacques-Ange Gabriel d’en concevoir les plans. Les travaux commencèrent le 13 septembre 1751 et, grâce à l'apport financier engagé par la favorite du roi, deux cents cadets purent être accueillis dans cette nouvelle institution en 1756. Les travaux ne furent cependant achevés qu’en 1780, après que les ambitions initiales eurent été considérablement réduites. Transformé en poudrerie par la Convention, le château subit d’importants dégâts lors de l’explosion d’août 1794, mais la poudrerie perdura jusqu’en 1820. En une dizaine d'années, tous les terrains de Grenelle furent alors méthodiquement lotis par Violet et Letellier et, en 1830, Grenelle devint une commune indépendante, jusqu’en 1860, date à laquelle le Baron Haussmann l’annexa à Paris pour former, avec Vaugirard et le quartier de Javel, le XVe arrondissement.