Fort-l'Évêque

La Clairon menée en 1768 au Fort-l'Évêque,
Maurice Alhoy, Louis Lurine, Les prisons de Paris : histoire, types, mœurs, mystères, G. Havard, 1846, p. 450.

 

Le Voyageur français ou la connaissance de l’ancien et du nouveau monde. Mis au jour par M. l’Abbé DELAPORTE, tome XLII, Paris, chez Moutard, 1794, p. 190-191 :
« Il y a quelques années qu'on voyait sur ce quai de la Ferraille, un côté du Fort-l’Evêque, dont la porte d’entrée était dans la rue Saint-Germain l'Auxerrois, et, qui est à présent détruit. Ce triste séjour, qui était une prison très serrée et très malsaine, ne devait point s'écrire le Fort-l’Evêque, n'ayant jamais été forteresse, mais four ou for l’Évêque, parce que très anciennement c’avait été un four banal dépendant de l’évêque de Paris, à cause de Saint-Germain l’Auxerrois. L'évêque y établit ensuite le tribunal de sa justice, du côté septentrional de la ville ; et il y tenait un bailli ou prévôt qui jugeait en son nom, comme le prévôt de Paris au châtelet, que l'on appelait quelquefois for-le-roi. En 1652, Jean François de Gondy, premier archevêque de Paris, fit rebâtir en entier le For-l'Évêque pour sa justice épiscopale. Mais en 1674, le roi ayant réuni toutes les justices de Paris au châtelet, le Fort-l’Évêque n’ayant plus le même objet, l'archevêque l'abandonna au roi. Depuis plus de cent ans, il servait à renfermer des prisonniers, la plupart pour dettes : ils sont à présent dans l'hôtel de la Force, quartier Saint-Antoine. »

Dès sa construction au XIIIe siècle, Fort-l’Évêque fut prévu pour l’enfermement : les cachots, étroits et sombres, y étaient creusés dans le sol sous le bâtiment.

For-l’Évêque Forum Episcopi – a d'abord été un tribunal qui relevait de la juridiction de l’évêque de Paris, mais en 1674, Louis XIV, roi absolu, supprima cette justice concurrente et rattacha la prison au Châtelet. Le lieu fut transformé en une prison royale : comme dans les autres prisons royales, les lettres de cachet y envoyaient sans jugement ceux qui mécontentaient le pouvoir royal et ses ministres. Cependant, on y enfermait surtout des personnes qui avaient commis des délits mineurs : des condamnés pour dettes ou des comédiens. Le premier roman de la série permet ainsi au jeune Le Floch d'entrevoir Casanova, que l'on conduit au Fort-l'Évêque. L'anecdote est véridique : revenu à Paris en janvier 1759, Casanova avait monté une affaire de soieries, dans laquelle il fut soupçonné de malhonnêteté. En 1768, c'est Mlle Clairon que l'on enferme au Fort-l'Évêque pour avoir refusé de jouer dans Le Siège de Calais avec le comédien Dubois.

Le séjour y semblait a priori plus agréable qu’à la Bastille : étant donné le caractère mineur des peines purgées, les geôliers y facturaient leurs services plus facilement que dans les autres prisons. Cependant, alors que les prisonniers fortunés avaient accès à des cellules meublées, les autres cachots, humides et sales, renfermaient de nombreux malades : d’où le surnom de « Quai de la Misère », donné à la prison.

Maurice Alhoy, Louis Lurine, Les prisons de Paris : histoire, types, mœurs, mystères, G. Havard, 1846, p. 450 :
« Les cachots du Fort-l'Evêque, a dit Germain Brice, étaient pratiqués dans le fond d'une pièce souterraine, et séparés l'un de l'autre par de forts madriers. Les prisonniers, attachés à la même chaîne, étaient retenus par des anneaux fichés dans le mur, de manière à ne pouvoir s'approcher. La seule ouverture par laquelle les vivres pussent être introduits dans chaque cachot, avait un pied et demi de hauteur sur cinq pouces de large. Cette ouverture était encadrée par des barres, et le guichet par où l'on faisait descendre le prisonnier n'avait que trois pieds environ de haut. »

Le 30 août 1780, sur l’avis de Necker, Louis XVI supprima les prisons du Fort-l’Évêque et du petit Châtelet, jugées insalubres. La démolition de Fort-l’Évêque fut entreprise dans l’année.

Alfred Franklin, La Vie privée sous Louis XVI (Paris, Plon, 1902, après la page 200)