La folie Sainte-James

 

Ci-dessus, le château de Madrid dans le bois de Boulogne (XIXe siècle) - Gallica.

À droite, le plan de la folie Sainte-James, sur le site de A&A, Art and Architecture
(http://www.artandarchitecture.org.uk/).

MARIE LOUISE ÉLISABETH VIGÉE-LEBRUN, Souvenirs, Charpentier, 1869, volume 2, p. 334 :
« [...] lorsque M. de Sainte-James eut arrangé sa maison et son magnifique jardin de Neuilly, ce qu'en a toujours appelé la folie Sainte-James, il m'engagea à venir y dîner avec quelques-uns de mes amis. Cette journée fut agréable ; il nous promena dans ce beau parc, qui venait de lui coûter des trésors. Entre autres folles dépenses, on avait construit un rocher factice, dont les énormes pierres, apportées de fort loin sans doute, et à bien grands frais, avaient l'air de n'être que suspendues. J'avoue que je le traversai très rapidement, tant ces voûtes immenses me paraissaient peu solides.
C'est dans cette superbe habitation que M. de Sainte-James se plaisait à donner de véritables fêtes. Je m'y rendis un jour pour y voir jouer la comédie. Tant de personnes étaient invitées et parcouraient le jardin avant et après le spectacle, qu'on se croyait dans une promenade publique. »

En 1772, la mode étant à ces maisons de plaisance à la campagne qu’on appelait folies, M. Baudart – ou Beaudart – de Saint-James acheta à la lisière du bois de Boulogne un domaine qui avait appartenu au cardinal de Retz, puis au fermier général Le Normand, domaine qu’il agrandit encore en achetant une grande partie de l'enclos de Madrid, un château construit par François 1er.

Bien qu’ayant déjà dépensé à outrance pour embellir en 1773 son hôtel de la place Vendôme ainsi que ceux où il installait ses maîtresses, il incita en 1777 François-Joseph Bélanger, l’architecte de Bagatelle, à engager dans l’aménagement de sa "folie" des sommes supérieures à celles que son voisin, le comte d’Artois avait engagées pour Bagatelle. Le frère de roi, qui avait choisi Parva sed apta comme devise pour Bagatelle, disait du reste : « Je voudrais bien faire passer chez moi un petit bras du ruisseau d'or qui sort du rocher de mon voisin. »

Ce rocher, qui ornait le jardin anglais du financier avait coûté si cher – tant pour son extraction que pour son transport depuis Fontainebleau – qu’il était devenu l’objet de toutes les conversations. Aussi Louis XVI, qui avait rencontré le convoi tiré par quarante chevaux alors qu’il revenait de la chasse, avait-il surnommé le financier "l’homme au rocher", trouvant sans doute très inconvenant qu’un financier montrât avec tant d’ostentation une fortune supérieure à celle d’un prince de sang.

Élévation du rocher de la folie Sainte-James, sur le site de A&A, Art and Architecture (http://www.artandarchitecture.org.uk/).

Le parc s'étendait sur quinze hectares et, coupé par l'avenue de Longchamp, il restait d'un seul tenant grâce à deux souterrains. Une "rivière" sinueuse parcourait la propriété, multipliant les possibilités de ponts, de grottes, et de jeux d'eau bouillonnante. Le parc était aussi renommé pour ses pavillons et son kiosque chinois, posé sur un bac flottant. Le domaine était alimenté en eau par une "pompe à feu" qui menait l’eau de la Seine dans des canaux.

Élévation du pavillon chinois de la folie Sainte-James, sur le site de A&A, Art and Architecture (http://www.artandarchitecture.org.uk/).

Au cours du XIXe siècle, la folie périclita.

C'est en 1922 que le parc et les constructions qui restaient ont été classés monuments historiques. On construisit le lycée Saint-James sur une partie du parc et le site fut mis sous tutelle du ministère de l'Éducation nationale.

 

La folie Sainte-James en mai 2012