Le Couvent des Feuillants
Porte du couvent des Feuillants et vue du dôme de l'Assomption,
par Jean-Baptiste Lallemand (1780-1795) - Source Gallica
Démolition du couvent des Feuillants,
par D. Duchateau (1806). Source Gallica

M. THIERY, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, tome 1, Paris, Hardouin et Gattey, 1787, p. 112-114 :
« Au-dessus de cette fontaine, et en face de la place Vendôme, ou de Louis-le-Grand, on trouve le couvent de RR. PP. Feuillants. Cette congrégation particulière de religieux réformés de l'Ordre de Cîteaux, a deux maisons dans cette ville. Elle a pris son nom de l'abbaye de Feuillants, située dans le diocèse de Rieux, dont était abbé Dom Jean de la Barrière, leur réformateur. Ce pieux abbé, venu à Paris en 1585, à la sollicitation d'Henri III, se rendit aux instances de ce prince, qui lui proposait de s'établir dans cette capitale, et de lui faire bâtir un monastère. Il revint le 9 Juillet 1587 avec 61 religieux de sa réforme. Le roi les reçut à Vincennes, où il était pour lors, et les y logea jusqu'au 7 septembre suivant, qu'ils prirent possession de l’église et du couvent qu'il leur avait fait bâtir au faubourg Saint-Honoré, et qu'ils habitent aujourd'hui. Cette nouvelle réforme, approuvée par Sixte V, et érigée par ce pontife, sous le titre de Congrégation de Notre-Dame de Feuillants, fut distraite de la juridiction de l'abbaye de Cîteaux en 1591, par le pape Clément VIII. Ces religieux s'étant prodigieusement multipliés en Italie, Urbain VIII divisa en 1630 les Italiens et les Français en deux Congrégations, gouvernées chacune par un général de leur nation : celui de France est abbé né de Feuillants, et s'élit tous les trois ans dans le chapitre général, qui peut le continuer pendant trois autres années seulement : mais il est obligé pendant son généralat à 18 mois de résidence à Feuillants. La porte d'entrée de ce monastère, construite sur les dessins de François Mansart, en 1676, fait face à la place Vendôme, elle est ornée de quatre colonnes corinthiennes isolées, surmontées d'un entablement et d'un fronton, dans lequel est placé l'écu des armes de France et de Navarre. Le bas-relief, qui est de Jean Gougeon, représente Henri III, recevant Dom Jean de la Barrière et ses compagnons. A main gauche de la cour, est le portail de l'église de ces religieux, rebâtie en 1601, par les libéralités de Henri IV, et les dons qui leur furent faits à l'occasion du jubilé, leur église ayant été indiquée pour station dans cette rue par M. de Gondi, évêque de Paris pour lors. La première pierre de l'église actuelle fut posée par Henri IV, le 27 mars 1601, elle fut finie et dédiée le 5 août 1608, par le cardinal de Sourdis, sous l'invocation de St. Bernard. Le portail, commencé en 1623, est le coup d'essai de François Mansart. Il est composé des ordres ionique et corinthien, ce dernier terminé par un fronton circulaire, et le tout surmonté d'un espèce d'attique de mauvais genre.
 »

Les Feuillants sont à l’origine des moines cisterciens de l’abbaye Notre-Dame de Feuillant dans le diocèse de Rieux-Volvestre, au sud-ouest de Toulouse. Cette abbaye a été fondée au XIIe siècle. En 1562, le seigneur qui la tient en commende est Jean de la Barrière. Protestant converti au catholicisme, il devient moine dans l’abbaye en 1573 et abbé en 1577. Il rétablit la règle cistercienne austère de l’origine : les moines devaient avoir la tête et les pieds nus, manger à genoux et dormir sur des planches. Même adoucie, cette règle n’est pas acceptée par les Cisterciens, ce qui explique la séparation des deux congrégations décidée en 1591 et signalée par Thiéry. Installée à Paris par Henri III, la congrégation anime par ses sermons la ligue catholique. Après sa victoire, Henri IV, très politique, les protège à son tour. En 1630, la séparation de la congrégation sur des bases nationales, change le nom de la branche française qui devient la congrégation de Saint Bernard de la Pénitence. Des personnages importants choisissent l’église des Feuillants pour être inhumés.

À la Révolution, en 1791, la congrégation est dissoute et le couvent est utilisé en partie par l’assemblée constituante et par le club des Feuillants qui regroupe les députés favorables à une monarchie constitutionnelle. Louis XVI et sa famille y sont hébergés par l’assemblée pendant les journées révolutionnaires d’août 1792. En 1793, les Jacobins font du couvent un dépôt d’armes.

En 1804, le couvent est détruit. Sur son emplacement est ouverte, en 1812, la rue de Castiglione, qui existe encore de nos jours.