Le faubourg Saint-Antoine

Vue de la Bastille, de la porte Saint-Antoine et d’une partie du faubourg, dans H. Gourdon de Genouillac, Paris à travers les siècles (1882-1889)

Le Voyageur français ou la connaissance de l’ancien et du nouveau monde, mis au jour par M. l’Abbé DELAPORTE, tome XLII, Paris, chez Moutard, 1794, p. 350-351 :
« En sortant par cette porte [Saint Antoine], on entre dans le faubourg Saint Antoine, que les exemptions dont jouissaient les habitants, qui n’ont jamais été soumis aux maîtrises, ont beaucoup contribué à peupler : actuellement cette raison ne subsiste presque plus. Le voisinage du temple que les calvinistes avaient à Charenton et qu’ils ne perdirent qu’en 1685, y avait attiré beaucoup de gens de cette religion. Insensiblement, différents villages et hameaux qui étaient près de ce faubourg, y furent englobés au dix-septième siècle. Tels sont principalement Reuilly ou la Raquette [la Roquette], et Pincourt. Ce faubourg est partagé en trois grandes rues. Celle que l’on trouve à gauche, est la rue de Charonne et conduit au village de ce nom, dont j’ai parlé ailleurs. Celle du milieu s’appelle rue du Faubourg Saint Antoine et celle qui est à droite, rue de Charenton. […]
Le hameau de Pincourt est maintenant, comme je l'ai déjà dit, renfermé dans ce faubourg. Le vrai nom doit en être Popincourt : il lui vient de Jean de Popincourt, premier président du parlement de Paris au quatorzième siècle, qui avait là une maison de campagne. »

Construit à l’origine en dehors des fortifications de Paris et de la Bastille, le faubourg s’est développé autour d’une abbaye de moniales, l’abbaye Saint-Antoine-des-Champs, d’où son nom. Les habitants, hors les murs, cherchaient en effet la protection de lieux religieux où ils pouvaient trouver protection en temps de guerre. L’abbaye cistercienne, dont l’église était consacrée à Saint Antoine, avait été érigée au début du XIIIe siècle sur la place d’un petit ermitage pour femmes "perdues", au milieu de marécages traversés par l’antique voie romaine qui conduisait vers l’Est.

Fortifiée, l’abbaye était d’abord défendue par une petite garnison sous les ordres d’une abbesse. En 1229, Louis IX accorda à l’abbaye le titre d’abbaye royale, ce qui lui assurait désormais la protection des rois. Grâce à cet appui, l’abbaye prospéra, jouant un rôle important dans le drainage et l’assainissement des marais. Au XVe siècle, Louis XI l’exempte de la tutelle des métiers, ce que signale le texte de l’abbé Delaporte : les taxes sont supprimées et les contraintes sont moins lourdes, ce qui va attirer de nombreux artisans, en particulier les ébénistes qui reçoivent le bois par la Seine. Ces artisans sont rejoints par d’autres professions annexes, vernisseurs, doreurs et verriers. Au XVIIIe siècle, l’abbaye s’agrandit encore, devenant l’une des plus riches du royaume. L’abbesse, souvent de sang royal, est un personnage puissant qui crée des marchés (Aligre) et ouvre des rues dans le quartier. Le faubourg est au XVIIIe siècle celui du meuble et du luxe, dont profitent les riches bourgeois et nobles qui s’établissent dans les nouveaux quartiers au nord et à l’ouest de la capitale. Comme Mercier le note dans son Tableau de Paris, les ouvriers, nombreux, sont bien mal traités :

« Je ne sais comment ce faubourg subsiste. On y vend des meubles d'un bout à l'autre et la portion pauvre qui l'habite, n'a point de meubles. Les gens de la campagne font les trois quart des achats et en général on ne leur délivre que le rebut de ces marchandises ou ce qu'il y a de plus grossier dans ce genre de commerce. »

Appauvris, les ouvriers du faubourg nourrissent des idées de révolte. Aussi seront-ils très actifs dans la Révolution. Dans l’assaut de la Bastille (14 juillet 1789) ou celui des Tuileries (10 août 1792), beaucoup sont issus de ce faubourg.
 

Fusillade au faubourg St Antoine, le 28 avril 1789,
après le pillage de la maison et de la manufacture de Réveillon (Gallica)
.

La rue Saint-Antoine lors des Trois-Glorieuses (juillet 1830) :
le lieu est toujours un foyer révolutionnaire (Gallica).

En 1791, déclarée bien national, l'abbaye de Saint-Antoine est transformée en hôpital. Son église fut quant à elle détruite en 1796. À l’emplacement de l’abbaye se dresse encore aujourd’hui l’hôpital Saint-Antoine.
 

Hôpital Saint-Antoine (mai 2012)

Le pavillon Lenoir