Fontaine de la Croix du Trahoir

La fontaine de la Croix du Trahoir en novembre 2011.

Le pavillon des juges, dont parle Thiéry.

 

M. THIERY, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, tome 1, Paris, Hardouin et Gattey, 1787, p. 412-413 :
« Plus haut, du même côté, au coin de la rue de l’Arbre sec, est située la fontaine connue sous le nom de Croix du Trahoir. Cette fontaine, qui fournit de l'eau d'Arcueil, a été entièrement reconstruite en 1775, sur les dessins et sous la conduite de feu M. Soufflot qui a été obligé de former une habitation nécessitée dans cet endroit, pour y placer les juges lors des exécutions. Un soubassement simple forme le rez-de-chaussée de ce bâtiment, sur lequel est appliqué, du côté de la rue de l’Arbre sec, l'inscription composée aussi par ledit sieur Soufflot. Lors de la reconstruction de cette fontaine, la croix n'a point été rétablie. Beaucoup d'écrivains ont cherché l'origine du nom de Trahoir. Toutes leurs recherches ont été infructueuses ; les uns l'ont fait venir de trahere, tirer ; les autres du verbe trier, parce qu'autrefois ce carrefour était un marché où l'on triait les bestiaux qu'on achetait. L'uniformité des mots tirouer, tyroer, tyrouer, trouvés dans des anciens titres, a fait présumer au savant Abbé le Bœuf que ce mot dérivait des anciens tiroirs qui servaient à étendre et tirer les étoffes que des titres latins, du temps de St Louis, appelaient tiratoria. Ce lieu ayant été un marché, il pouvait fort bien se faire qu'il y eût un endroit couvert pour y mettre à l'abri ces tiroirs d'étoffes ; mais ce ne sont que des conjonctures : ce qu'il y a de plus certain, c'est que depuis un temps immémorial cette place a servi pour les exécutions, et probablement c'est pour cette raison qu'on y avait planté une croix, afin que les patients l'eussent devant les yeux, et qu'elle fût leur consolation dans leur dernier moment. Les faux-monnayeurs sont exécutés dans cet endroit. On y fait aussi des exécutions lorsque la place de Grève est embarrassée, ou lorsque les délits se sont commis dans le quartier. Le Grand Conseil a droit d'y envoyer ceux que ses Arrêts en matière criminelle ont condamnés à quelques peines afflictives.
 »

La place a servi de lieu d’exécution jusqu’au début du XVIIIe siècle, comme le confirme Thiéry : le nom de la rue – rue de l’Arbre sec – fait du reste référence à une potence. Ce fut aussi un lieu de marché.

La première fontaine fut construite par le sculpteur Jean Goujon sous le règne de François Ier. Déplacée un siècle plus tard pour faciliter la circulation, elle tombait en ruines au XVIIIe siècle. L’architecte Germain Soufflot a construit un édifice, le pavillon des juges selon Thiéry, sur lequel, à l’angle des rues Saint Honoré et de l’Arbre-sec, il a appuyé la nouvelle fontaine décorée d’une nayade par le jeune sculpteur Louis-Simon Boizot.
   

La traduction de l’inscription en latin (de Soufflot selon Thiéry) est la suivante : "Louis XVI, la première année de son règne, ordonne que le bien public du château d'eau de l'arc de Julien, effondré par la vétusté, soit complètement réédifié avec plus d'élégance".