La Compagnie des Indes

 
   
L'hôtel Tubeuf en rénovation (novembre 2011)
Plan dit de Turgot, par Bretez (1734-36) - Wikipedia  
 
On y voit clairement, rue Vivienne, la Bourse dans la galerie Mansart,
aujourd'hui disparue et, rue Neuve-des-Petits-Champs,
l'hôtel Tubeuf, qui fut le siège de la Compagnie des Indes.

 

Jacques SAVARY DES BRUSLONS et Philémon-Louis SAVARY, Dictionnaire universel de commerce, contenant tout ce qui concerne le commerce qui se fait dans les quatre parties du monde, Paris, Estienne, 1723, volume 1, p. 1347 :
« Compagnie des Indes Orientales.
On ne peut guère rien voir de plus beau et de plus grand que le projet de cette compagnie, qui fut dressé en 40 articles, le 16 mai 1664, dans, l'assemblée tenue à Paris par les principaux marchands de cette Ville, où assistèrent aussi quantité d'autres personnes de considération, de diverses qualités et professions.
Le 19 du même mois, ces statuts ayant été présentés au roi à Fontainebleau par les députés de l'assemblée, qui s'y étaient rendus, ils furent examinés et arrêtés au conseil deux jours après.
Au mois d'août, le roi donna ses lettres patentes en forme d'édit, expédiées à Vincennes, pour son établissement, qui furent vérifiées en Parlement le premier septembre suivant.
Elles portaient entre autres choses : Que la Compagnie serait formée de tous les sujets de Sa Majesté, même des Nobles, sans crainte de dérogeance.
Que chaque part ne pourrait être moindre de mille livres, ni les augmentations au dessous de 500 livres.
Que les étrangers, de quelques Princes et États qu'ils fussent sujets, pourraient entrer dans la Compagnie, et que ceux qui y auraient vingt mille livres seraient réputés régnicoles, et en cette qualité jouiraient de tous les privilèges des vrais sujets de Sa Majesté. »    

L'histoire de la compagnie

En 1664, Colbert créa la Compagnie des Indes occidentales et la Compagnie des Indes orientales.

La première avait reçu du roi le monopole sur l'exploitation des îles productrices de sucre comme Saint-Christophe, la Guadeloupe, la Martinique ou la partie orientale de Saint-Domingue, mais ne pouvant assurer ce monopole, elle fut dissoute dix ans plus tard.

Quant à la seconde, présidée par le contrôleur des Finances, elle avait reçu le monopole du commerce avec l'océan Indien et les terres qui produisaient les épices. Colbert en avait redéfini en 1673 les objectifs et les méthodes, orientant la Compagnie vers l’établissement de nouveaux comptoirs. Elle perdura jusqu’en 1719, mais sans être réellement florissante.

Après avoir fondé en 1716 la Banque générale, établissement privé qui émettait des billets convertibles à vue et acceptés par toutes les caisses publiques, John Law fonda en 1717 la Compagnie d'Occident, qui obtint le monopole du commerce avec la Louisiane. En 1718, sa Banque générale devenait Banque royale et en mai 1719, un édit fusionnait la Compagnie d'Occident avec d’autres sociétés de commerce, également créées par Law. La Compagnie des Indes orientales fut absorbée dans l’opération qui fit naître la Compagnie perpétuelle des Indes.

Celle-ci, qui centralisait tout le commerce du royaume avec les pays d'outre-mer, obtint le monopole des monnaies et l'adjudication de la Ferme générale des impôts. Au début de l'année 1720, Law était devenu contrôleur général des Finances. Mais en mai 1720, c'est la banqueroute.

Cependant, réorganisée par Philibert Orry en 1731, la Compagnie ne sombra pas. Dirigée par un gouverneur choisi par le roi, elle s’était établie dans les Mascareignes, sur le golfe Persique et en Birmanie et elle possédait de nombreux comptoirs comme Chandernagor, Pondichéry, Mahé, Sumatra, Manille ou Canton, Moka, acheminant vers Lorient et Nantes la soie, le coton, le thé, le café, le riz et autres produits exotiques.

En 1763, le traité de Paris fait perdre à la France la plupart de ses comptoirs, ne lui laissant que Pondichéry, Chandernagor, Karikal, Yanaon et Mahé : d’où le déclin de la Compagnie. Cependant, ce fut surtout l’arrêt du Roi du 13 août 1769 qui scella définitivement le destin de la Compagnie en suspendant son monopole : « L’exercice du privilège exclusif de la Compagnie des Indes aux îles de France et de Bourbon, aux Indes, à la Chine et dans les mers au-delà du cap de Bonne-Espérance, sera et demeurera suspendu jusqu’à ce qu’il en soit par S.M. autrement décidé. » Le commerce maritime étant désormais ouvert à la concurrence, la Compagnie périclita. Comme c’était encore elle qui était habilitée à délivrer les autorisations pour commercer avec les colonies, son administration centrale fut maintenue à Paris pour assurer la délivrance de ces « passeports » et pour mener à bien sa liquidation. Le 17 février 1770, par un arrêté complété le 8 avril, la Compagnie cédait ses immeubles, ses navires et ses droits au roi.

Les bâtiments

En 1634, un an après l’ouverture de la rue Neuve des Petits Champs, un hôtel fut construit à l’angle qu'elle fait avec la rue Vivienne pour Charles Duret de Chevry, président à la chambre des comptes de Paris et contrôleur général des finances. En 1641, l'hôtel passa aux mains de Jacques Tubeuf, devenu à son tour contrôleur général des finances. En 1649, ce fut au tour de Mazarin de l’acquérir. Il y fit d'importantes transformations, ajoutant la galerie Mansart vers l’ouest, l’aile Richelieu et une aile traversière qui reliait l’aile Richelieu à l’hôtel Tubeuf. À sa mort, l'hôtel fut partagé entre Philippe-Julien Mancini, duc de Nevers, et Armand de La Porte, duc de Mazarin. L'hôtel de Nevers s'ouvrait sur la rue de Richelieu tandis que l'hôtel Mazarin s'ouvrait sur la rue Vivienne.

En 1719, les deux hôtels furent vendus à Law qui fit du second le siège de la Compagnie des Indes tandis qu'il installait la Banque royale dans le premier. Sa faillite ne lui permit pas de mener à terme ses projets de transformation. En 1724, le rez-de-chaussée de la galerie Mansart de l'hôtel Mazarin – qui avait pris le nom d'hôtel de la Compagnie des Indes – fut occupé par la Bourse. Dans le même temps, la bibliothèque royale s’étendait dans les locaux de l’hôtel de Nevers. Les locaux de l’hôtel furent cependant encore partiellement occupés par certains services de la Compagnie jusqu'en 1769.

Cédé au roi en 1770, l’hôtel de la Compagnie des Indes fut dévolu en 1776 à la Loterie royale de France. Quant à la bibliothèque, elle devint nationale après la Révolution. En 1793, tous les autres services furent déplacés ou supprimés. La Bibliothèque impériale fut aménagée entre 1854 et 1875 par Henri Labrouste, mais en respectant l'implantation des hôtels. L'hôtel Tubeuf héberge aujourd'hui les Cabinets des Cartes et Plans et des Estampes de la Bibliothèque nationale.
Les bâtiments donnant sur la rue Vivienne