Comédie italienne

M. THIERY, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, tome I, Paris, Hardouin et Gattey, 1787, p. 182-184 :

« Ce monument, élevé sur les dessins et sous la conduite de M. Heurtier, architecte du Roi et inspecteur-général de ses bâtiments, est isolé sur trois faces ; la principale, donnant sur la place, est décorée d’un avant-corps en saillie, formant péristyle, composé de huit colonnes ioniques, dont six sur la façade et deux en retour, engagées dans le massif du bâtiment : elles soutiennent un entablement surmonté d'un attique. Trois entrées, pratiquées sous ce porche, introduisent au vestibule, où l'on a jugé à propos de placer quatre colonnes, qui, en ajoutant à sa solidité, ne nuisent point à son effet. Dans ce vestibule sont placés les escaliers qui distribuent à tous les endroits de la salle.

L'intérieur de la salle offre une forme ovale, divisée originairement en trois rangs de loges couronnées par un entablement, derrière lequel prenait une grande voussure en caissons, qui allait joindre le plafond. Dans la hauteur de cet entablement et dans la voussure, on a pratiqué deux rangs de loges de plus sur les côtés et dans la partie qui fait face au théâtre, un paradis en forme d'amphithéâtre, où dix rangs de banquettes contiennent à l’aise quatre cents personnes. Cette nouvelle distribution, dirigée par M. de Wailly, architecte du roi, en ajoutant à l’élégance de la salle, a procuré les moyens d'y placer cinq cents spectateurs de plus. [...] Cette salle, dont les ornements et la dorure étaient traités avec le plus grand soin, et où feu M. le Duc de Choiseul n'avait rien épargné, ne produisant pas tout l'effet qu'on en pouvait attendre, par le choix du marbre peint dans le fond, a déterminé à employer la couleur actuelle, qui, en faisant ressortir davantage ses ornements, lui donne plus de gaieté. En prenant sur les corridors et sur l’épaisseur des cloisons de quoi augmenter la profondeur des loges et la retraite qu'elles avaient l'une sur l'autre, elles ont acquis plus de grandeur, ainsi que la salle.

L'avant-scène a de même été changée et élevée en forme de voussure, sous laquelle sont deux loges en lunettes, dont le dessus est décoré d'ornements arabesques. Ce changement a nécessité un nouveau rideau plus analogue : c'est un tableau sur toile, dont voici le sujet, composé par M. Monnet, peintre du roi, et exécuté d'après son esquisse, placée dans la salle du comité des acteurs. Le dieu du goût, sous la figure d'un jeune homme couronné de roses, vient animer par sa présence les différents genres d'amusements sur ce théâtre. À la vue de son flambeau, Thalie reprend son masque, Euterpe sa harpe et s’empressent à l'envi de mériter la couronne qu'il leur montre. Près d'elles est assise la Poésie dramatique, sous la figure d'une femme éplorée, le mouchoir à la main. Sur la droite de Thalie, le joyeux Vaudeville fait entendre son chalumeau : Arlequin témoigne sa surprise ; la Gaieté reprend sa marotte ; différents Génies, inspirés par le Dieu du goût, font éclater leur allégresse : l'un joue des castagnettes et l'autre du triangle, tandis que d'autres placent sur les deux obélisques qui annoncent l'entrée du Temple du Goût, les médaillons des auteurs et des musiciens qui ont enrichi ce théâtre de leurs productions et les enlacent avec des couronnes de laurier. Une rotonde ionique forme le Temple du Dieu du Goût : l'encens fume sur son autel, près duquel sont plusieurs Génies, dont l'un caractérise la Danse. Les nuages qui terminent cette toile, vont se grouper avec celui qui couronne l'avant-scène où M. Monnet, peintre du roi, a peint les Grâces ornant de fleurs la lyre d'Apollon ; une d'elles tient la légende, Castigat ridendo mores, donnée par Santeuil au fameux Dominique : c'est aussi cet artiste qui a peint les petits Amours qui retroussent la draperie bleue, sur laquelle se détachent ce groupe et les médaillons des Muses, qui sont dans le pourtour du plafond. Un des avantages les plus précieux des changements faits à cette salle pour la salubrité de l'air, c'est d'avoir fait des ouvertures dans le grand foyer, qui y forment tribunes et correspondent à tous les rangs de loges : pareilles ouvertures pratiquées aux étages supérieurs, prennent l’air du dehors. »

Au XVIIe siècle, itinérants, les comédiens italiens commencent par présenter des spectacles en italien tirés de la commedia dell’arte. Invités par Marie de Médicis et protégés par le roi, ils deviennent les "comédiens ordinaires du roi" et entrent dans le répertoire français, notamment les pièces de Molière, que la commedia dell'arte a beaucoup inspiré. Ils influencent du reste durablement la comédie française, y introduisant leur jeu comique et leurs personnages, tels Arlequin, Sganarelle, le Capitan et autres. La troupe joue cependant encore dans des lieux différents, soit à l’hôtel de Bourgogne soit au théâtre du Petit-Bourbon.

En 1697, ayant osé représenté La fausse prude, une pièce qui dénonçait la bigoterie de Mme de Maintenon, favorite de Louis XIV, les comédiens italiens sont chassés par le roi, devenu très croyant. La troupe doit quitter Paris et n'y revient qu'en 1716, après la mort du monarque. Le Nouveau théâtre italien s’installe alors dans l’ancienne salle de l’hôtel de Bourgogne, jouant pour l'essentiel des pièces de Marivaux qui, à partir de 1720, n'écrit que pour la troupe de ce théâtre. En 1762, une nouvelle troupe, la Comédie italienne, naît de la réunion des Italiens et des comédiens de l’Opéra comique. C’est cette troupe qui s’installe en 1783 dans le théâtre décrit par Thiéry. La troupe cesse d’exister en juillet 1820.

L'Opéra comique en novembre 2011