Cimetière de Clamart
Clamart, cimetière des suppliciés, par Louis Adolphe Hervier (XIXe siècle) - Source Gallica

 

M. THIERY, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, tome 2, Paris, Hardouin et Gattey, 1787, p. 189-190 :
« La rue Poliveau qui fait face à l'Hôpital Général, conduit à la rue du Jardin du roi et au cimetière de Clamart, placé dans l'angle formé par les rues des Fossés Saint-Marcel et de la Muette. C'est dans ce vaste cimetière appartenant à l’Hôtel-Dieu, que sont inhumés les corps des malades qui décèdent dans cet hôpital.
 »

Louis-sébastien MERCIER, Tableau de Paris, chapitre 270 :
« Les corps que l’Hôtel-Dieu vomit journellement, sont portés à Clamart. C’est un vaste cimetière, dont le gouffre est toujours ouvert. Ces corps n’ont point de bière : ils sont cousus dans une serpillière. […] Ce chariot est traîné par douze hommes. Un prêtre sale et crotté, une cloche, une croix, voilà tout l’appareil qui attend le pauvre : mais alors tout est égal. Ce chariot lugubre part tous les jours de l’Hôtel-Dieu à quatre heures du matin ; il roule dans le silence de la nuit. La cloche qui le précède éveille à son passage ceux qui dorment ; il faut se trouver sur la route pour bien sentir tout ce qu’inspire le bruit de ce chariot, et toute l’impression qu’il répand dans l’âme. On l’a vu, dans certains temps de mortalité, passer jusqu’à quatre fois en vingt-quatre heures : il peut contenir jusqu’à cinquante corps. On met les enfants entre les jambes des adultes. On verse ces cadavres dans une fosse large et profonde ; on y jette ensuite de la chaux vive ; et ce creuset qui ne se ferme point dit à l’œil épouvanté qu’il dévorerait sans peine tous les habitants que renferme la capitale. L’arrêt du Parlement, du 7 juin 1765, qui supprime tous les cimetières dans l’enclos de la ville de Paris, est demeuré sans effet. La populace ne manque pas, le jour de la fête des morts, d’aller visiter ce vaste cimetière, où elle pressent devoir se rendre bientôt à la suite de ses pères. Elle prie et s’agenouille, puis se relève pour aller boire. Il n’y a là ni pyramides, ni tombeaux, ni inscriptions, ni mausolées : la place est nue. Cette terre grasse de funérailles est le champ où les jeunes chirurgiens vont la nuit, franchissant les murs, enlever des cadavres pour les soumettre à leur scalpel inexpérimenté. Ainsi après le trépas du pauvre, on lui vole encore son corps ; et l’empire étrange que l’on exerce sur lui ne cesse enfin que quand il a perdu les derniers traits de la ressemblance humaine. »

Contrairement à ce que laisse penser son nom, le cimetière dit de Clamart est bien à l’intérieur de Paris. Il se trouvait en 1646 proche des jardins et de l’hôtel de Clamart qui appartenaient aux seigneurs du village de Clamart, d’où le nom. Une croix portant le nom de Clamart était d’ailleurs dressée sur la place proche.

On y enterra d’abord des criminels – ou du moins des personnes jugées telles –, sans croix ni marque d’aucune sorte, afin que les familles ne puissent venir se recueillir sur leurs tombes.

Au XVIIIe siècle, on y enterra – comme le souligne Mercier – ceux qui mouraient à l’Hôtel-Dieu et, pendant la Révolution, de nombreux guillotinés y furent également inhumés.

On cessa d’y enterrer les morts en 1793 et il fut complètement désaffecté en 1814, remplacé en 1833 par un amphithéâtre de dissection des hôpitaux de Paris, ce qui pérennisait les dissections auxquelles se livraient déjà secrètement les étudiants en médecine avant sa fermeture.