Rue de la Chaussée d'Antin
La Chaussée d'Antin en 2007 - Wikipédia

 

L'hôtel de la Guimard, par Marechal, 1786 - Gallica

M. THIERY, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, tome 1, Paris, Hardouin et Gattey, 1787, p. 144 :
« Rentrant dans la ville par la rue de la Chaussée d’Antin, dont tous les bâtiments nouvellement construits forment presqu'autant d'hôtels, vous trouverez à gauche, attenant la barrière, la maison bâtie par M. le Doux, architecte du roi, pour feu M. le Président Hocquart, et occupée aujourd'hui par M. le Marquis de Montfermeil son fils. »

Cette rue était un ancien chemin qui conduisait des murs de Paris au village des Porcherons, au nord, à travers un marécage. Pour rendre ce chemin praticable par tous les temps, il fut surélevé, formant une digue ou chaussée. En 1720, le roi Louis XV demanda son élargissement à 8 toises (entre 15 et 16 mètres). Comme le territoire des Porcherons était hors les murs, les cabarets s’y installèrent pour vendre les vins sans les taxes d’octroi (voir La Grande Pinte). Le quartier s'est peu à peu construit au XVIIIe siècle : des nobles et de riches bourgeois s’y installèrent, tels le prince de Montmorency en 1769-1770, Mlle Guimard en 1770-1773 ou le président Hocquart, dont les hôtels furent construits par Claude-Nicolas Ledoux.

Dans L'Honneur de Sartine, semblable à ces hôtels, celui des Bougard de Ravillois se situe à l'entrée de la rue des Mathurins, laquelle donne sur la rue de la Chaussée d'Antin (L'Honneur de Sartine, Paris, J-C Lattès, 2010, p. 50) :

« Sur les indications du médecin, le fiacre s'était arrêté à l'entrée de la rue des Mathurins devant une propriété close de hauts murs de pierre. Tout autour, la campagne d'antan disparaissait sous les gravats, les terrassements et la trace des charrois. Ils descendirent et approchèrent d'une monumentale porte cochère aux cadres et panneaux d'une irréprochable symétrie. Ses piédroits étaient protégés des injures des roues par des bornes et des plaques métalliques. Au-dessus de la porte, un cartouche aux deux tiers déroulés déployait des armoiries que Nicolas supposait être celle des Ravillois »

Dans le même roman, Nicolas et Bourdeau empruntent du reste souvent la rue de la Chaussée d'Antin, que ce soit pour chercher des indices dans l'hôtel des Ravillois, pour rejoindre La Grande Pinte ou pour se rendre chez la Lofaque, fille légère qui loge dans l'entresol de l'une des belles maisons de la Chaussée d'Antin.

L'hôtel de Montmorency à l'angle sud-ouest de la rue de la Chaussée d'Antin, par Jean Baptiste Lallemand (XVIIIe siècle) - Gallica

La rue, d’abord appelée chemin des Porcherons, prit le nom de rue de l’égout Gaillon car la porte Gaillon ouvrait sur la chaussée, puis celui de chaussée Gaillon ou chaussée Caillou, avant de prendre le nom de Chaussée d’Antin du nom de l’hôtel de Louis Antoine Pardaillan de Gondrin, duc d’Antin, en 1712. Pendant la Révolution, elle s’appela rue Mirabeau – car celui-ci y possédait un hôtel – puis en 1793, rue du Mont Blanc. Elle reprit son nom de Chaussée d’Antin après 1815.

Au XIXe siècle, les hôtels particuliers furent remplacés par des commerces au rez-de-chaussée et un habitat bourgeois dans les étages.