Couvent des Capucines
Le couvent des Capucines sur le plan de Bretez (dit de Turgot) - 1734-1739

 

M. THIERY, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, tome 1, Paris, Hardouin et Gattey, 1787, p. 129-130 :
« La duchesse de Mercœur, belle-sœur de Louise de Lorraine, veuve de Henri III, en fondant un monastère de Capucines dans cette ville, ne fut que l'exécutrice de le dernière volonté de cette reine, ainsi qu'on le voit par les lettres-patentes accordées par Henri IV, au mois d'octobre 1602, pour l'approbation de cet établissement. Ces religieuses, appelées aussi Pauvres Dames, ou filles de la Passion, sont dirigées par les Capucins ; comme elles ne vivent que d'aumônes, elles ont des frères quêteurs. Elles portent des sandales, ont les jambes nues et leur observance rigoureuse ne leur permet pas de faire jamais gras, même à l'extrémité. Leur premier établissement, fut quartier St. Honoré, sur l’emplacement de l’hôtel de Perron, près de la fontaine que l’on trouve entre les Feuillants et les Capucins. Mais pendant la construction des bâtiments, la duchesse de Mercœur s'étant retirée à la Roquette, faubourg St. Antoine, dans l'endroit où sont aujourd'hui les hospitalières, et cet hôtel étant composé de deux corps-de-logis, elle en destina un pour les filles qui voulurent embrasser la vie austère de l'ordre réformé de St. François et douze filles y prirent l'habit de cet ordre le 24 juillet 1604 : telle fut l'origine des Capucines. Elles se rendirent au nouveau monastère, rue St. Honoré, le 9 août 1606, où elles-firent profession le 24 juillet de l’année suivante. La maison qu'elles occupent aujourd'hui fut construite sur les dessins de François d'Orbay, architecte, aux frais de Louis XIV, lors de l’édification de la place Vendôme. La première pierre en fut posée en 1686 et en moins de deux ans, tout fut fini et en état d'être habité. Ces religieuses furent transférées le 26 Juillet 1688, dans cette maison vaste et aérée, dont le cloître est vitré et les cellules boisées. L'église, dédiée sous le titre de St. Louis, est propre et claire. On aurait pu tirer un tout autre parti du portail et terminer plus heureusement le fond de la place de ce côté. »

Louise de Lorraine, la veuve d’Henri III, et sa belle-sœur, Marie de Luxembourg, duchesse de Mercœur furent, comme le dit Thiéry, à l’origine du monastère des Capucines à Paris. La reine avait en effet demandé par testament que l’on construisît un couvent des capucines à Bourges afin d’y être enterrée. La somme s’étant révélée insuffisante, c'est à Paris, à la place de l’hôtel de Perron qu'elle avait acheté, que la duchesse de Mercœur fit édifier le couvent des Capucines.

La construction de la place Vendôme ayant entraîné, en 1688, le déplacement du couvent, Louis XIV finança de nouveaux bâtiments, dont l'église, conçue par l'architecte Ochay, répondait en perspective à la place Vendôme.

Sous Louis XV, les religieuses furent protégées par Mme de Pompadour, qui avait dans le couvent une chapelle et un appartement où elle se retirait parfois. La marquise fut d’ailleurs inhumée le 16 avril 1764 dans le mausolée de marbre qu’elle avait fait construire dans l’église pour sa fille, Alexandrine Lenormand d'Étioles.

Devenu bien national à la Révolution, le couvent fit alors office d’hôtel des Monnaies. L’église servit en 1792 de lieu de réunion à la section des Piques des sans-culottes, puis de lieu de spectacle. Quant au jardin du couvent, il devint, de 1797 à 1804, un lieu de promenade très couru. Jusqu’en 1804, on venait y voir des spectacles de toutes sortes, en particulier les prestations du célèbre cirque Franconi.

En 1804, Napoléon ordonna la destruction de l’ensemble conventuel pour percer une rue, ouverte en 1806. Celle-ci porta d'abord son nom avant d'être rebaptisée, en 1814, rue de la Paix.

Qu’advint-il des ossements qui ceux qui s’étaient fait enterrer dans le couvent ? On lit dans la Description des catacombes de Paris : précédé d'un précis historique sur les catacombes de tous les peuples..., de Louis-Étienne-François Héricart de Thury (Rossange et Masson, 1815, p. 208) : « Les ossements de ce cloître et de l'église des Capucines furent portés aux catacombes, le 29 mars 1804, ainsi que l'annonce l'inscription qui a été placée au milieu de leur ossuaire particulier. » Selon Jacques Hillairet (Dictionnaire historique des rues de Paris, (Nouvelle édition mise à jour, avec le Supplément rédigé en collaboration avec Pascal Payen-Appenzeller inséré à la fin de chaque volume, Éditions de minuit, 1963), le caveau de Mme de Pompadour aurait été laissé sous la chaussée.