La butte aux Martyrs
Versant de la butte Montmartre en 1825 - Gallica
L'abbaye de Montmartre en 1625 - Gallica

 

La basilique du Sacré-Cœur en 2009 - Wikipédia

M. THIERY,Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, tome 1, Paris, Hardouin et Gattey, 1787, p. 463-466 :
« En montant la rue des Porcherons qui fait suite à celle du faubourg Montmartre, on arrive à la montagne de Montmartre, qui est au nord de cette ville. Cette montagne, remplie de carrières à plâtre, est pour ainsi dire couverte de moulins à vent. [...] De l'autre côté du chemin est située l'abbaye royale de Montmartre, fondée par Louis-le-Gros et la reine Adélaïde sa femme, en 1133 sur un terrain appartenant jadis à des religieux de l'Ordre de Cluny qui le cédèrent pour y mettre les religieuses, et reçurent en échange la maison de S. Denis de la Chartre. Cette abbaye, composée d'une abbesse et d'environ cinquante-cinq religieuses, y compris les sœurs converses, jouit de 30000 liv. de rente. L’abbesse de Montmartre est Dame du lieu.
Cette seigneurie a haute, moyenne et basse-Justice. La fondation en fut confirmée par une bulle du pape Eugène III, datée de 1147. Ce pape qui se trouvait pour lors à Paris, fit lui-même la dédicace de l’église, le 22 avril de la même année. [...] Dans la chapelle souterraine où S. Denis souffrit le martyre, suivant la tradition, est une très belle statue d’albâtre, plus forte que nature, représentant ce saint à genoux : cette statue a été donnée par la reine Anne d'Autriche qui a aussi contribué aux embellissements de cette chapelle. Dans un souterrain plus profond, dont l'entrée est sur la droite de cette chapelle, est l'autel où S. Denis célébrait les Saints Mystères : l'eau y filtre à travers le ciel de la carrière qui en forme la voûte.
Autrefois les religieux de S. Denis allaient tous les ans en procession à Montmartre, l’une des fêtes de Pâques ou de Pentecôte. Ils allaient aussi à Aubervilliers, à la Courneuve, à Saint-Ouen, à Pierrefitte, à Stains et à La Chapelle : cela dura jusqu’en 1626, que ces six stations ont été supprimées ; on n'a conservé que celle de Montmartre qui ne se fait néanmoins que tous les sept ans, le premier dimanche de mai. »

Le nom de Montmartre désigne au XVIIIe siècle un village et une abbaye situés au nord de la plaine des Porcherons. La montagne dont parle Thiéry est la « butte » de 150 m de haut qui domine Paris, butte couverte à l’époque de moulins à vent. Le texte de Thiéry insiste sur le souvenir du martyre de Saint Denis, le premier évêque de Paris à la fin du IIIe siècle, martyre qui, pour certains, aurait donné l'appellation "Montmartre". Il est cependant plus probable que ce nom soit issu de la présence en ce lieu d’un temple gallo-romain dédié au dieu Mars. La légende de St. Denis qui, décapité sur la montagne, porte sa tête dans les mains pendant six kilomètres jusqu’au lieu de l’actuelle basilique St. Denis où il est inhumé, ne servit sans doute qu’à christianiser un lieu de culte païen, ce qui fut fait dans de multiples endroits.

C'est dans la rue des Martyrs que Ramponneau avait repris un établissement appelé La Grande Pinte, dans lequel Nicolas et Bourdeau se restaurent après leur première visite à l'hôtel des Ravillois.

À la Révolution, Montmartre devint une commune proche de Paris et elle ne fut rattachée à la ville que par la construction, entre 1840 et 1845, des fortifications de Thiers. Le rattachement et la transformation en 18e arrondissement sont officiels en 1860. En mars 1871, la présence de canons sur la butte et la volonté des Parisiens de les garder sont l'une des raisons de la rupture entre la Commune de Paris et les Versaillais. La basilique du Sacré-Cœur, élevée pour expier les fautes des responsables de la défaite de 1870, fut symboliquement construite sur la butte. Dans la seconde moitié du XIXe siècle et au début du XXe, Montmartre fut le lieu de résidence de nombreux artistes, tels Pissarro, Toulouse-Lautrec ou Van Gogh.