Le bois de Boulogne
Le château de Madrid dans le bois de Boulogne au XVIIIe siècle (Gallica)
Les délassements du bois de Boulogne au XVIIIe siècle (Gallica)  
 

Mathieu-François PIDANSAT DE MAIROBERT, L'Espion anglais, ou correspondance secrète entre Milord All'eye et Milord All’ear, John Adamson, 1779, p. 107 :
« Par une condescendance bien louable du ministère pour notre amusement, M. l’archevêque de Paris n'avait pu gagner un autre point qu'il sollicitait ; c'était de faire fermer les portes du bois de Boulogne pendant les jours saints. C'est une promenade où, dans la cessation générale des spectacles, se rendent en concours très nombreux, les filles les plus élégantes de cette capitale, les aimables libertins de la cour et de la ville. Le bruit qui avait couru de cette interdiction n'avait fait qu'irriter davantage la curiosité, et donner plus de vogue au lieu du rendez-vous, qu'on appelle Longchamp, à cause d'une abbaye de ce nom, où l'on allait autrefois entendre de belles voix à ténèbres. Il n'est plus permis d'entrer dans l'église, ce dont on se passe bien, et l'on circule en carrosses sur plusieurs files. C'est ordinairement là où les grands, les petits-maîtres opulents produisent leurs maîtresses , leurs chevaux et leurs voitures nouvelles, et c'est à qui fera le plus admirer son goût et sa magnificence. »

Le bois de Boulogne est ce qu’il reste de l’ancienne forêt de chênes rouvres qui couvrait l’ouest de Paris au Moyen-âge. Au XIIe siècle, le roi Philippe-Auguste acheta la forêt aux moines de Saint-Denis pour en faire une chasse royale. Au début du XIVe siècle, la forêt de Rouvray prit le nom de Boulogne, Philippe-le-Bel ayant fait construire une église dédiée à la vierge miraculeuse de Boulogne-sur-Mer, lieu d’un pèlerinage très fréquenté.

Les bois devinrent des lieux dangereux pendant les guerres de la fin du Moyen-âge : brigands et soldats y attendaient les rares voyageurs qui osaient s’y aventurer. Au XVe siècle, le roi Louis XI fit replanter les bois et ouvrit des routes plus sûres. Au siècle suivant, François Ier y fit construire le château de Madrid, château de faïence au riche décor intérieur. Au XVIIIe siècle, le château de Madrid était en très mauvais état – il fut démoli en 1792 – mais le bois de Boulogne restait très apprécié par les grands : la folie du comte d'Artois, Bagatelle, rivalisait avec la folie Sainte-James. Le bois de Boulogne était alors, comme le montre le texte de Pidansat de Mairobert, un lieu très prisé du beau monde. Il était aussi, déjà, un lieu de galanterie.

Au XVIe siècle, le bois était entouré d’un mur, pour faciliter la chasse. En 1599, répudiée par Henri IV, Marguerite de Valois se retira au château de la Muette, un ancien rendez-vous de chasse du bois de Boulogne transformé en château par Charles IX et offert à Marguerite lors de son mariage.

Ce château, entièrement reconstruit par Louis XV, fut le lieu de la première ascension d’une montgolfière en 1783. Le roi ouvrit aussi des allées à travers le bois pour rejoindre le château de Bellevue construit à Meudon par Mme de Pompadour. Les derniers bâtiments du château du XVIIIe siècle furent détruits au début du XXe siècle.

En 1852, le bois est cédé par Napoléon III à la ville de Paris qui l’aménage en parc.