La bibliothèque du roi
La biblothèque du roi sur le plan de Turgot (1639)
 

M. THIERY, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, tome 1, Paris, Hardouin et Gattey, 1787, p. 196-197 :
« La maison de la rue de la Harpe, devenue insuffisante, Louis XIV conçut le projet de faire finir le Louvre, et d'y placer magnifiquement sa bibliothèque ; les acquisitions journalières de ce prince ne permettant plus d’attendre que ces bâtiments fussent terminés, Colbert obtint du roi la permission de la faire transporter dans son hôtel, rue Vivienne.
M. de Louvois ayant inspiré à ce prince, quelques années après, l'idée d’acquérir l'hôtel de Vendôme et les terrains voisins pour en former une place immense et superbe, qui en embellissant ce quartier, devait faciliter la communication des rues Neuve des Petits Champs et Saint-Honoré, et fournir les moyens d'y loger la bibliothèque du roi, les Académies et l’hôtel des Monnaies. Ce vaste et magnifique projet, dont on commença sur le champ les travaux fut abandonné à la mort de ce ministre, la bibliothèque resta à l’Hôtel Colbert, rue Vivienne, jusqu'en 1721, qu'elle fut placée, par les soins de M. l'Abbé Bignon, lors bibliothécaire, rue de Richelieu, à l’Hôtel de Nevers, acquis, pendant la régence pour y mettre la Banque.
Enrichie sous les règnes de Louis XV et de Louis XVI plus que sous tous leurs prédécesseurs, les bâtiments immenses de l’Hôtel de la Bibliothèque suffisent à peine aujourd'hui pour contenir ce qu'elle renferme. M. le Noir, Conseiller d’État, ancien Lieutenant général de Police, [en est le] bibliothécaire. »

Georges-Louis LE ROUGE, Curiosités de Paris, Versailles, Marly, Vincennes, Saint-Cloud et des environs, Chez les libraires associés, 1778, p. 210-211 :
« Dans la rue de Richelieu, qui traverse la rue neuve des Petits-Champs, vous verrez l'Hôtel de Louvois, où tout est magnifique, l'escalier et la salle d'audience étant d'une grande beauté : la magnifique bibliothèque du roi ; cette bibliothèque est composée de plus de quatre vingt mille volumes, tant imprimés que manuscrits. L'excellence et la rareté de ces livres la rendent la plus considérable et la plus nombreuse de l'Univers. On y voit les importants manuscrits recueillis depuis Charles V, Louis XII, et leurs successeurs jusqu’à présent, et surtout par Louis XIV, qui a employé des savants dans toutes les parties du monde pour cette recherche, pour laquelle il a fait des dépenses immenses. Il y a plus de douze mille manuscrits en toutes sortes de langues anciennes et modernes. Parmi les livres imprimés, il y en a quantité de la dernière rareté, et aussi beaucoup de manuscrits de la plus haute antiquité. Vous devez remarquer la vaste étendue des galeries, les tablettes, qui font d'une menuiserie très riche et très bien travaillée : on y a profité de toute la hauteur des pièces pour placer une plus grand nombre de livres, et on a ménagé des escaliers dérobés qui conduisent à des balcons, pour avoir accès au haut des tablettes. »

La première bibliothèque du roi fut fondée au Louvre en 1368 sous Charles V. Les manuscrits qu’elle conservait furent dispersés pendant la folie du roi Charles VI et à sa mort. Une partie fut envoyée en Angleterre en 1424. À la fin du XVe siècle, le roi Louis XI reconstitua une bibliothèque royale mais sans lui attribuer un lieu fixe.

Enrichie par la bibliothèque de Fontainebleau et de quelques collections italiennes, elle fut installée de nouveau sur Paris par Charles IX (1560-1574), mais elle changea souvent d’emplacement dans la capitale. En 1666, Colbert la confia à son bibliothécaire : le mathématicien ami de Fermat, Pierre de Carcavy, qui déplaça la bibliothèque du collège Saint-Côme à la rue Vivienne en 1666. La bibliothèque fut ouverte au public à la fin du siècle.

L'hôtel Tubeuf

En 1720, l’abbé Bignon, bibliothécaire du roi, déplaça la bibliothèque dans une partie du palais Mazarin, rue de Richelieu. C’est le site appelé aujourd’hui Richelieu.

Dans L'Enquête russe, Nicolas la visite avec le comte et la comtesse du nord :

« Le 2 juin, on visita la bibliothèque du roi pour y admirer les deux globes du père Coronelli, l’un terrestre, l’autre céleste, qui, auparavant, se trouvaient à Marly. Le comte, toujours curieux de détails précis, nota leur diamètre de douze pieds alors que le plus grand à Saint-Pétersbourg n’en n’avait que onze. »

Ces globes, déposés à Marly en 1703, avaient été déplacés à Paris en 1715 afin d'être exposés dans la bibliothèque royale, mais ils ne le furent qu'en 1782, année de la visite de Paul. Représentant la terre et le ciel, les globes de Coronelli offerts à Louis XIV par le cardinal d’Estrées, sont l'œuvre du cosmographe vénitien Vincenzo Coronelli (1683). Ils sont maintenant exposés dans le hall Ouest de la BnF (le hall des Globes). Si vous désirez en savoir plus sur ces globes, cliquez sur l'image ci-dessous :

En 1883, l’Hôtel Tubeuf, ancien lieu de la bibliothèque de Mazarin et siège de la Compagnie des Indes au XVIIIe siècle, fut rattaché au palais Mazarin.

En 1886, dans L'Inconnu du pont Notre-Dame, c'est là que réside Lenoir qui, déchargé de sa fonction de lieutenant général de police, est devenu le bibliothécaire du roi. Il reçoit Nicolas dans le cabinet des médailles, dont l'abbé Barthélemy est le directeur depuis 1754. Ce cabinet des médailles a été aménagé en 1733, à la mort de Mlle de Lambert, dans la galerie que lui avait cédée le duc de Nevers au-dessus de la rue Colbert (l'arcade Colbert).

En 1996, le site Tolbiac accueillit une partie des collections dans les bâtiments de l’architecte Dominique Perrault.