La Bastille

 

 

 

Le Voyageur français ou la connaissance de l’ancien et du nouveau monde,
mis au jour par M. l’Abbé DELAPORTE, tome XLII, Paris, chez Moutard, 1794, p. 105-106
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« La Bastille fut bâtie, en 1364, au commencement du règne de Charles V, dit le Sage, Hugues Aubriot étant prévôt de Paris. Cette ville fut alors entourée d’une nouvelle enceinte ou fortification plus étendue que celle du temps de Philippe Auguste. On éleva de nouveaux murs en avant desquels on creusa des fossés, qu’on soutint par des remparts. [...] On appelait alors bastille, toute fortification composée de plusieurs tours ; et c’est dans ce goût-là que fut bâtie celle d’aujourd’hui. On commença à y travailler dès 1369 ; mais elle ne fut finie, dit-on, qu’en 1383. Au seizième siècle, en 1553, on y ajouta quelques nouvelles pièces de fortification. On a quelquefois gardé dans cette bastille le trésor de nos rois. [...] Aujourd’hui elle sert à renfermer des prisonniers d’état. »

La Bastille – ou Bastide Saint-Antoine – était initialement un château-fort et un arsenal, qui défendaient la porte Saint-Antoine et les remparts de l’est de Paris. Massive, elle faisait 66 m de long et 34 m de large. Sa hauteur atteignait 24 m au niveau de ses huit tours, que l'on appelait tours du Coin, de la Chapelle, du Trésor, de la Comté, de la Bertaudière, de la Basinière, du Puits et de la Liberté. Un fossé large (25 m) et profond (8 m) l'entourait, comblé par les eaux de la Seine. Par la rue Saint-Antoine, on entrait dans la Cour de l’Avancée qui abritait des boutiques et une caserne.

La Bastille servit parfois de cachot sous le règne de Louis XI, mais c’est le cardinal de Richelieu qui la transforma en prison d’État. On y était souvent incarcéré sans jugement, sur simple lettre de cachet, signée par le roi (ou ses ministres). C’était une prison plutôt confortable pour les personnes riches (nobles et grands bourgeois) qui bénéficiaient d'un traitement de faveur dans les cellules dites à la pistole, dont Jean-François Parot décrit le fonctionnement dans la série. Celles-ci étaient de grandes pièces meublées et chauffées, où le prisonnier disposait d’un domestique et mangeait des repas fins. Les prisonniers royaux étaient autorisés à recevoir des visites et à correspondre avec l'extérieur. Ils jouissaient aussi d'une relative liberté de mouvement au sein de la forteresse. Il n'y a d'ailleurs jamais eu plus de quarante-cinq prisonniers incarcérés en même temps à la Bastille. Il y avait cependant, depuis la fin du XVIIe siècle, un quartier beaucoup moins agréable, destiné aux prisonniers communs, où les cachots étaient situés à six mètres de profondeur. On y enfermait aussi les prisonniers rebelles.

À l'arrivée d'un nouveau prisonnier, annoncée par une sonnerie de cloche, les boutiques avoisinantes fermaient et les gardes se couvraient le visage pour ne pas identifier le nouveau venu. Ce culte du secret explique aussi l'enterrement des prisonniers de nuit sous de faux noms.

La Bastille fut prise d’assaut le 14 juillet 1789 par le peuple parisien venu chercher de la poudre. Cette prise était aussi chargée de sens pour les révolutionnaires, qui s’emparaient là du dernier bastion royal à Paris. La Bastille fut abattue à partir du 15 juillet par un entrepreneur privé, Palloy, qui vendit une partie des pierres en guise de souvenirs (pierres sculptées représentant la Bastille en miniature).