Bagatelle
Vue d'un pavillon de Bagatelle, Misbach, 1793 (Gallica)
Vue d'ensemble de Bagatelle, prise près du pont de Neuilly (18..) - Gallica

 

 
 

M. THIERY, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, tome 1, Paris, Hardouin et Gattey, 1787, p. 25-26 :
« Château et Jardins de Bagatelle. C'est ainsi que l'on appelle le petit château appartenant à Mgr Comte d’Artois, frère de Louis XVI, situé dans le bois de Boulogne entre Long-champs et Madrid. La célérité de sa construction, l'élégance de sa décoration, et ses jardins, plantés dans un genre pittoresque, dont les sites bien variés offrent partout des points de vue charmants, font infiniment d'honneur aux talents de M. Bellanger, premier architecte du Prince, sur les dessins et sur la conduite duquel a été élevé ce séjour enchanteur. »

Lorsque Nicolas se rend au bureau des illuminations, au début du Cadavre anglais, Jean-François Parot donne un aperçu des excès de l'urbanisation parisienne dans le dernier quart du siècle. Il évoque en l'occurrence la construction de Bagatelle, le château commandé par le comte d’Artois – qui avait acquis le domaine en 1775 – et sa conséquence, à savoir le détournement des matériaux entreposés sur les nouveaux chantiers, entre les boulevards et la place de Vendôme.

L’anecdote est empruntée aux Mémoires secrets de Bachaumont. Bagatelle, né d’un pari avec Marie-Antoinette, devait être commencé et achevé pendant que la reine serait en résidence à Fontainebleau. Le comte d’Artois, peu désireux de perdre les cent mille francs qu’il avait misés, mit donc tout en œuvre pour que l’on achevât ce château dans le temps imparti. À la date du 22 octobre 1777, les Mémoires secrets de Bachaumont nous disent en effet qu’« il y [avait] huit cents ouvriers, et [que] l’architecte de son altesse royale esp[érait] bien la faire gagner », fût-ce au prix des malversations mentionnées par Jean-François Parot, dont on trouve la trace dans les Mémoires secrets à la date du 18 novembre 1777.

Le château fut bel est bien achevé dans le temps record de soixante-quatre jours. L’architecte en était François-Joseph Bélanger. La construction de Bagatelle est certes anticipée dans Le Cadavre anglais puisque la construction de Bagatelle n’a pas commencé en février 1777, mais fin septembre 1777, les Mémoires secrets de Bachaumont en faisant état à plusieurs reprises en octobre et novembre 1777. Le cas est toutefois intéressant car il met en évidence la mutation de la noblesse, ce que soulignent non sans malice les Mémoires secrets de Bachaumont, qui insistent sur le caractère entreprenant du prince d’Artois, lequel manifestait « un goût décidé pour la truelle » et avait déjà fait construire « des bâtiments de toute espèce […], au nombre de quatre ou cinq » (Mémoires secrets de Bachaumont, le 22 octobre 1777). D’autre part, Le Cadavre anglais a le mérite de replacer le pari du comte d'Artois dans le contexte d'une volonté générale d’embellir la capitale, ce dont témoignent par ailleurs la construction des nouveaux quartiers de part et d’autre de la rue Saint-Honoré ainsi que l’ouverture de voies nouvelles (cf. par exemple le déplacement des Quinze-Vingts pour ouvrir des voies sur leur ancien emplacement, près de la place Dauphine).

Aujourd’hui, le château est connu pour son parc : au cœur du Bois de Boulogne, celui-ci est l'un des éléments du Jardin botanique de Paris. Ce parc, œuvre du même architecte, s'oppose au rigorisme des jardins à la française, mêlant des influences anglaises et asiatique : pagode chinoise et temple hindou s'y cotoient. Au XIXe siècle, le parc est modifié par l’adjonction d’une orangeraie et de deux terrasses. Depuis 1904, il est la propriété de la ville de Paris.

Ci-dessus, le château et sa devise : " Parva sed apta."
Ci-dessous, le parc et la pagode ( mai 2012)