L'église de l'Assomption et le couvent des Filles de la Conception

 
L'église de l'Assomption au début du XIXe siècle ( Jacques Guillaume Legrand et Charles Paul Landon,
Description de Paris, et de ses édifices, Paris, C. P. Landon, 1806, volume 1, p. 80).

 

M. THIERY, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, tome 1, Paris, Hardouin et Gattey, 1787, p. 106-107 :
« Ces Religieuses [les Filles de l’Assomption] occupaient jadis la maison hospitalière connue sous le nom d’Haudriettes, située rue de la Mortellerie, quartier de la Grève, et ainsi nommée d'Étienne Haudry, écuyer du roi St. Louis, qui l'avait fondée pour de pauvres filles ou veuves. [...] Le 27 novembre 1620, leur maison de la rue de la Mortellerie, peu commode, malsaine, et exposée aux fréquentes inondations de la rivière, engagea à les placer dans un lieu plus convenable. On choisit à cet effet un hôtel sis rue St. Honoré, près le faubourg, qui avait appartenu au Cardinal de la Roche-Foucault, où elles furent transférées le 6 septembre 1622, et dont elles furent en état de faire l'acquisition le 3 février suivant. Cette translation ayant été autorisée par le Roi et par une bulle du Pape, elles embrassèrent la règle de St. Augustin et firent construire les logements convenables à une communauté. L'hôpital d’Etienne Haudry fut supprimé et réuni au monastère de l'Assomption. Ayant encore augmenté leur local par différentes acquisitions, elles firent bâtir la nouvelle église que l’on voit aujourd'hui, qui fut construite sur les dessins d'Errard, peintre du Roi et premier directeur de l'Académie de France, à Rome. Les travaux commencés en 1670, et finis six ans après, l'église fut bénie le 14 Août 1676, par Poncet, archevêque de Bourges. »

Résidant à Rome, comme le souligne Thiéry, Charles Errard s’inspira beaucoup de l’antiquité gréco-romaine et de la Renaissance pour élaborer les plans de la nouvelle église quand la communauté des Filles de l’Assomption s’installa rue Saint-Honoré. Le décor de la façade reprend celui des temples antiques avec un fronton surmontant un péristyle de six colonnes aux chapiteaux corinthiens. Comme beaucoup d’églises de cette époque, une coupole domine la nef.

En 1884, la communauté monastique fut expulsée et l’église, sans fidèles, désaffectée. Aujourd’hui, elle est devenue l’église catholique des Polonais de Paris.

Sur la même rue Saint-Honoré, se trouvait, en vis-à-vis, un autre couvent aujourd’hui disparu mais qui jouxtait alors la demeure de Loiseau de Béranger, à qui Nicolas rend visite dans Le Cadavre anglais, à savoir le monastère des Dames de la Conception. Thiéry le décrit ainsi :

THIÉRY, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, tome 1, Paris, Hardouin et Gattey, 1787, p. 105 :
« Ce monastère fut fondé par Anne Petau veuve de M. Traversée, conseiller au Parlement de Paris. Ayant entendu vanter les différents établissements du tiers-ordre de St. François, elle conçut le dessein de leur procurer un établissement dans cette capitale. Elle donna pour cet effet une somme de 40 000 liv. au couvent, de Toulouse, par contrat du 3 Février 1635, homologué par M. l’archevêque, le 16 du même mois et de son consentement, treize religieuses de Toulouse vinrent prendre possession de la maison, qu'elles occupent aujourd’hui. Une bulle du pape Urbain VIII, du 28 juillet de la même année, confirma ce nouvel établissement et le bénéfice d'une loterie qui leur fut accordé en 1713, en leur facilitant les moyens d'acquitter leurs dettes, leur fournit aussi de quoi augmenter leur revenu et pourvoir à leurs besoins. »

Comme le dit Thiéry, ce fut Anne Petau, veuve de René Regnaut, conseiller au parlement, qui fut à l'origine de l'installation dans la capitale de cette communauté franciscaine en 1635. La maison qu'elles occupaient appartenait à François Théodore de Nesmond, président au parlement : ayant obtenu l'entrée de sa fille dans leur communauté, il leur céda le lieu en 1637. Au début du XVIIIe siècle, cette communauté, très endettée, était au bord de la faillite. En 1713 d'Argenson suggéra au roi d'établir une loterie dont les bénéfices reviendraient aux religieuses. La communauté fut sauvée mais Jacques-Antoine Dulaure sous-entend que ce ne fut pas sans contrepartie : « on sait [écrit-il] quel prix ce magistrat, de mœurs corrompues, mettait aux services qu'il rendait aux couvents de religieuses. » Le même Dulaure souligne du reste perfidement en note qu'« il fallait avoir épuisé le dictionnaire des dénominations conventuelles pour imaginer celle-ci [Filles de la Conception] qui se trouve composée de deux mots étonnés de se trouver réunis » (Histoire physique, civile et morale de Paris, Paris, Guillaume et compagnie, 1829, tome 5, p. 401.)

Le couvent fut démoli en 1790 et remplacé par des maisons particulières.