L'Arsenal
 

 

M. THIERY, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, tome 1, Paris, Hardouin et Gattey, 1787, p. 669 à 672 :
« Au sortir de l'église des Célestins, vous entrerez dans l'Arsenal, dont la porte d'entrée est tout auprès. Ce lieu se nomma autrefois les Granges de l'Artillerie de la Ville. François Ier, ayant résolu, en 1535, de fondre du canon, jeta les yeux sur ces granges que la Ville lui céda. Henri II y fit construire des logements, des fourneaux, des moulins à poudre, et deux grandes halles pour servir aux fonderies. Mais le feu ayant pris le 18 Janvier 1561 à quinze ou vingt milliers de poudre, tout fut renversé et détruit, trente-deux personnes y périrent, et trente y furent blessées. On éleva par la suite sur ces ruines de grands bâtiments, le jardin et le mail, et on y transporta le Bailliage de l'Artillerie de France, qui auparavant se tenait au Louvre. Henri IV ayant acquis et fait quelques échanges avec les Célestins, fit beaucoup d'augmentations dans l'Arsenal ; il fit planter le jardin qui est public, et fit faire un mail le long de la rivière qui a été détruit vers le milieu de ce siècle. Ce fut aussi ce prince qui créa en 1600, la charge de Grand-Maître de l'Artillerie de France, en faveur de Sully, son Ministre et son ami, chez lequel il venait souvent, et notamment le 14 Mai 1610, jour où il fut assassiné. Les différents Grands-Maîtres qui lui ont succédé ont tous habité l’Arsenal. […] Les bâtiments du côté de la rivière, construits en 1718, à la place des anciens, sont occupés en partie par M, le Marquis de Paulmy, Ministre d'Etat, Bailli d'Epée, qui est gouverneur de l'Arsenal. [Il] possède la plus belle et la plus considérable bibliothèque de cette Ville, après celle du Roi. Cette bibliothèque, composée de tous les genres, contient plus de cent mille volumes imprimés, et environ dix mille manuscrits précieux. Le jardin [de l'arsenal], situé sur le rempart de la Ville, sépare en quelque sorte le grand Arsenal du petit : il est borné d'un côté par le château de la Bastille et de l'autre par la rivière. »

Thiery ne signale pas qu'en 1533, Paris ne céda pas ses magasins sans protester quand le roi s’en empara. Dans La Pyramide de glace, l’arsenal près duquel Nicolas retrouve le roi Louis XVI à proximité du pont de Grammont qui conduit à l’île Louviers, est donc un dépôt royal d’armes et de munitions sur la rive droite du petit bras de la Seine, dit bras de Grammont.

Les derniers bâtiments sont construits par Louis Auguste de Bourbon, duc du Maine, devenu grand maître de l’artillerie et au début du XVIIIe siècle par le régent d’Orléans. La charge de grand maître de l’artillerie est supprimée en 1755 et le duc de Paulmy n’a aucune charge même s’il occupe l’Hôtel. De nombreuses constructions et cours qui constituaient le grand Arsenal et le petit, à proximité de la Bastille, en 1784, ne reste que l’Hôtel du grand maître, devenu la bibliothèque de l’Arsenal à partir des collections de Paulmy et des archives de la Bastille après 1789.