Tarvilliers (Bernard de)

Dans L’Inconnu du Pont Notre-Dame, il est l’escroc du brelan, le tripot de jeux clandestins, rue Neuve des Petits-Champs. Il est connu sous plusieurs noms, Berton, Gauchy, Target, abbé de la Marre et, enfin, chevalier de Tarvilliers, il se prétend noble. Son véritable nom est Michel Barbet, né à Paris en 1745, plusieurs fois condamné pour escroquerie au détriment de veuves fortunées. Il a été libéré sur intervention du commissaire de la police des jeux en 1780 et il devait le renseigner sur les tripots clandestins, ainsi que le souligne Nicolas :

« Tandis que d’une part vous informiez la police sur certains brelans, peut-être ceux avec lesquels vous n’aviez pu trouver un accord fructueux, et teniez ainsi votre parole, d’autre part vous organisiez votre industrie de fallace et de cocange dans ceux qui avaient accepté vos conditions. Bref, vous jouiez sur deux tableaux dans la plus grande impunité. »

C’est lui qui finance le tripot de Marguerite Broussais et qui récupère les bénéfices. Il accepte aussi de ruiner Halluin et cela à la demande de Gallaud d’Arennes.

Terssac (M. de)

M. de Terssac fut le curé de Saint-Sulpice à partir du 20 mars 1777 (Dictionnaire de la noblesse, troisième édition, Paris, Schlesinger, 1865). Dans L'Année du volcan, il est présenté comme petit, fluet, d’une physionomie déplaisante, les cheveux plats et rares et la démarche maladroite. Chaque mois, il reçoit du vicomte de Trabard des fausses pièces espagnoles et anglaises, qu’il change à la Caisse d’Escompte contre de l’or, reversant un intérêt au vicomte.

« Le numéraire en pièces d’argent était changé. Et j’en faisais trois parts d’inégales importances. La plus grosse revenait au budget du sanctuaire et servait à financer embellissements et travaux, la seconde était remise à mon vicaire pour l’aide qu’octroie cette paroisse aux pauvres, hélas de plus en plus nombreux, et la moindre revenait au vicomte de Trabard en juste et honnête tribut de sa générosité. »

Testard du Lys (Augustin)

Augustin Testard du Lys est un conseiller du roi, lieutenant criminel au Châtelet de 1765 à 1774. Il est décrit lors de l’enquête du Fantôme de la rue Royale comme « un petit homme à perruque grise et au visage chafouin ». Le roman montre surtout son caractère tatillon et pusillanime. En tant que lieutenant criminel de robe courte au Châtelet, il devait être informé de tous les crimes et délits qui se commettaient dans la ville. C’est pour cela qu’il est souvent associé au lieutenant général de police dans la conclusion des enquêtes de Nicolas Le Floch.

Théveneau de Morande

Fils d’un procureur et notaire royal, Charles Théveneau est né en novembre 1741 à Arnay-le-Duc, en Bourgogne.  En opposition à son père, il veut être journaliste. Après l'avoir d'abord engagé dans un régiment de dragons, sa famille le fait emprisonner en 1763. Libéré, il vit alors à Paris une vie d’aventurier, d’escroc et de proxénète, qui le conduit souvent sous les verrous. Il est emprisonné au Fort-l’Évêque en février 1765 et en mai 1768. En juillet de la même année, puis en 1769, il est en prison à Armentières. À sa libération, il écrit des pamphlets contre la noblesse et s'exile en Angleterre pour éviter une nouvelle lettre de cachet.

C’est à Londres qu’usurpant le titre de chevalier de Morande, il publie le Gazetier cuirassier, au printemps 1771. Dans cette feuille à scandales, il déverse impunément toutes ses attaques contre la monarchie absolue et ses insultes à l'égard les courtisans, à l’exception de Choiseul dont il est proche.

En juillet 1773, comme l’indique la série policière, il menace de publier un libelle salissant la mémoire de la marquise de Pompadour – Le Pétangueule – et un ouvrage dirigé contre la comtesse du Barry, dont seul le titre complet nous est parvenu : Mémoires secrets d’une femme publique ou recherches sur les aventures de Mme la comtesse du Barry depuis son berceau jusqu’au lit d’honneur, enrichis d’anecdotes et d’incidents relatifs à la cabale et aux belles actions du duc d’Aiguillon. Dans L’Affaire Nicolas Le Floch, Nicolas endosse à Londres un rôle d’entremetteur, qui fut dans la réalité celui de Beaumarchais, pour négocier avec Morande la destruction du libelle, et Théveneau de Morande y est ainsi décrit  :

« Se retournant, il découvrit un homme de taille moyenne, drapé dans un manteau à haut col, perruqué, le tricorne à la main, qui présentait un visage bien empli, sans relief, mais aux yeux fureteurs. » (L'Affaire Nicolas Le Floch)

Comme le constate Nicolas, les Français tentent d'enlever le libelliste : dans L’Affaire Nicolas Le Floch, la mission est confiée à un sicaire, « un certain Béranger, soi-disant capitaine d’infanterie, en réalité espion de police et mouche ». Dans la réalité, Béranger se nomme Bellanger des Boulets : il est colonel des gardes de la maison du roi. Nicolas constate aussi que le chevalier d’Éon est chargé, comme dans la réalité, de négocier avec Morande. Nicolas, quant à lui, retourne en France sans avoir pu vraiment mener à bien sa mission, mais il apprend à son retour par Sartine que Théveneau a cédé.

Dans les faits, en janvier 1774, Théveneau de Morande accepte de rencontrer le comte de Lauragais et Beaumarchais. Au terme de ces négociations, le journaliste obtient ce qu’il voulait, à savoir l’extinction de ses dettes et une pension à vie de 4 000 livres, contre la destruction, effective en avril, de l’édition du libelle.

À partir de cette date, Théveneau de Morande, qui reste à Londres, se met au service de la monarchie française. Il devient un informateur des Français sur l’état de l’opinion anglaise et, accessoirement, espionne les préparatifs militaires. Il crée aussi une gazette franco-anglaise, Le Courier [sic] de l’Europe, gazette dans laquelle il exprime son admiration pour le système anglais, admiration qu’il partage avec Beaumarchais dont il reste proche.

En mai 1791, les services rendus ayant fait oublier les griefs qu'on avait contre lui, il rentre en France, où il crée une nouvelle gazette, L’Argus patriote, favorable à la monarchie constitutionnelle. Il continue à attaquer Brissot, qu’il avait contribué à faire arrêter comme agent anglais. Emprisonné à la Conciergerie après les massacres de septembre 1792, il échappe à la guillotine. Il se fait élire juge de paix à Arnay-le-Duc, où il meurt le 6 juillet 1805.

Thiroux de Crosne

Dans L’Inconnu du Pont Notre-Dame, Thiroux de Crosne est le nouveau lieutenant général de police depuis le 13 août 1785.

« Il avait supplié son prédécesseur de faire un mois d’apprentissage à ses côtés. De fait, ce fut Nicolas qui hérita assez vite de ce rôle de mentor, ingrat s’il en fût. Le nouveau lieutenant général avait quitté à contrecœur son intendance de Rouen au profit, disait-il, "d’une magistrature si compliquée, si variée, si difficile". »

Réputé austère, de mœurs irréprochables et d’un esprit doux et conciliant, il paraît sévère au premier abord. « La douceur de grands yeux noirs et le dessin d’une bouche marquée d’une certaine mollesse démentent la première impression de fermeté. » Nicolas prend conscience qu’il est incapable de décider : « Il hésite et tergiverse sur chaque chose. »

Marie Louis Thiroux de Crosne, né à Paris le 14 juillet 1736 dans une famille de parlementaires, devint lui aussi conseiller au Parlement de Paris en 1758, puis maître des requêtes de 1761 à 1773. Il fit sa carrière administrative dans la généralité de Rouen, d’abord comme intendant-adjoint en 1767, puis comme intendant l’année suivante quand il remplaça son beau-père Jean-Baptiste-François de la Michodière, comte d'Hauteville dont il avait épousé la fille, Anne-Adélaïde-Angélique, en 1763.

En dehors d’un court intermède comme intendant de Lorraine et Barrois en 1777-78, il fit sa carrière d’intendant à Rouen jusqu’au 30 juillet 1785. Il était considéré comme un excellent intendant. Le Conseil d’État le nomma en remplacement de Le Noir au poste de lieutenant général de police de la ville de Paris, poste qu’il occupa jusqu’à la révolution. Comme le décrit L’Inconnu du Pont Notre-Dame, il aménagea les carrières de Montrouge en ossuaire et supervisa le transfert des dépouilles depuis les cimetières déjà fermés du centre de Paris. Il fit aussi disparaître les maisons sur les ponts de Paris, cadre de l’enquête de Nicolas, et propose la réalisation d'ateliers pour donner du travail aux pauvres.

Le 17 juillet 1789, il se démet de ses fonctions au profit du maire de Paris, Jean Sylvain Bailly. Un temps émigré en Angleterre, il revient en 1792. Il est alors emprisonné et meurt guillotiné à Paris le 28 avril 1794.

Tirepot

Jean, surnommé Tirepot, est un Breton de Pontivy, qui doit son surnom au fait qu'il porte « deux seaux suspendus à une barre transversale portée sur les épaules » et dissimulés sous « une ample robe de toile ». Il correspond à l'un des "cris" de Paris, dont la BnF a conservé des représentations. Il apparaît dès le premier roman de la série car son "chalet de nécessité" lui donne l'occasion de faire la causette avec ses clients et d'apprendre toutes les nouvelles de Paris. Il s’est lié d’amitié avec Nicolas et lui sert donc de mouche à l’occasion. Son cri n'est en revanche livré – sous sa forme brève – que dans Le Fantôme de la rue Royale  : « Chacun sait ce qu’il a à faire, le chalet pour un, le chalet pour deux. » Dans Le Sang des farines, c’est un cri plus long – un authentique quatrain de la fin du XVIe siècle – que lance Tirepot :

Avec ce long manteau j’allais par cette ville
Et portais deux grands seaux où l’on ch… debout
Mais voyant aujourd’hui que l’on ch… partout.
Je ne m’en mesle plus : l’office est inutile !

Paris se modernisant, son attirail devient de plus en plus incongru mais il lui sert à camoufler ses activités d’espionnage : il devient en effet indispensable aux policiers, secondant Rabouine, une autre mouche.

Dans L’Année du volcan, Nicolas rencontre cependant Tirepot qui lance toujours son cri : Chacun sait ce qu’il a à faire, le chalet pour un, le chalet pour deux ! Nicolas observe que son vieux complice ne porte plus les deux seaux recouverts de la toile cirée. Un jeune homme en culottes bouffantes et vieux gilet brodé a pris sa place. C’est un jeune Breton d’Elven, Yves, petit cousin de Tirepot, qu’une hernie empêche désormais de porter son lourd et puant fardeau.

Dans L’Inconnu du Pont Notre-Dame, en 1786, Tirepot continue son activité doublée de celle de mouche pour la police mais, l’âge venant, il limite ses déambulations au grand marché du Châtelet. Il est souvent sous la voûte d’entrée de la forteresse pendant que son commis, Yves, sillonne les rues. Victime d’une hernie, il a été soigné par Sanson dont il vante les mérites.

 

Tison (la)

Voir Raveux Germaine

Toudouze (Jacques)

Né en 1706 à Vineuil, Toudouze fut en 1741 inspecteur des chasses à la Capitainerie de Chantilly. En 1747, il devint lieutenant des chasses sur un tiers du domaine. Il veillait à l’entretien des terres et pourvoyait à leur peuplement en gibier. De 1748 à sa mort, il rédigea son Journal des chasses (deux volumes manuscrits conservés à la bibliothèque Mazarine). Il y décrit aussi les fêtes et la vie du château de Chantilly.

Le prince de Condé, qui l’appréciait, donna le nom de son serviteur à deux allées  : les allées Toudouze  et le layon Toudouze. Sa fille Françoise-Thérèse épousa en 1761 l’architecte Jean-François Leroy, lui-même fils de Jean-Jacques Leroy, inspecteur des bâtiments du prince de Condé, nommé architecte du château de Chantilly en 1768 et qui construisit le château d'Enghien en 1769-1770.

Ce lieutenant des chasses du prince de Condé, avec lequel Nicolas a courru à l’époque du roi Louis XV, est très âgé en 1782, lorsque le commissaire de police le rencontre dans L'Enquête russe.

Il mourra trois ans plus tard, en 1785, et sera inhumé à Chantilly avec beaucoup d'honneurs.

 Trabard ( Guillaume, vicomte de)

Âgé de quarante-cinq ans, c’est un courtisan du cercle de la reine. Il est assassiné au début de L’Année du volcan, dans la nuit du 13 au 14 juillet 1783 : drogué, il est piétiné par son cheval effrayé par un pétard. Dès le matin, la reine informée de sa mort, charge Nicolas Le Floch de l’enquête. Sa fiche de police donne plus amples renseignements :

« Vicomte Louis, Harmand, Renaud de Trabard, est né, comme Nicolas, en 1740. Il est le fils de Jean de Trabard, maréchal de camp. Enseigne en 1759, lieutenant en 1765, il sert pendant la guerre de sept ans au cours de laquelle il est blessé. On le répute jeune homme qui pourrait promettre, mais dont les qualités sont gâtées par un manque de volonté et un goût prononcé pour le divertissement et la licence. Il a épousé une riche héritière, Marie, Sophie, Thérèse de Calanque, fille unique d’un président aux enquêtes du parlement de Paris. Elle apporte à son époux une dot énorme et une fortune considérable qu’il s’empresse de dilapider. Il la trompe avec des filles d’Opéra qu’il affiche ostensiblement et plus secrètement avec des antiphysiques. On s’interroge sur le rôle d’un secrétaire espagnol réputé son Alcibiade et son recruteur. Il a les yeux bleus, le teint pâle, les cheveux fournis châtain terminés par une queue de ruban noir. Sa taille est moyenne, mais haute de buste. Il porte une cicatrice sous l’épaule gauche, trace d’une blessure de guerre. Rien n’annonce chez lui le goût qu’on lui prête et sa licence. Ses propos sont délicats et il joint la politesse à la grâce de ses manières. »

Le vicomte de Trabard est un client des Polignac et c’est par eux qu’il a pénétré le cercle étroit de la reine. L’Hôtel de Trabard est situé dans le faubourg Saint-Jacques, entre la barrière d’Enfer et le couvent des Carmélites. L'auteur donne la raison de son implantation :

« Tout le quartier est la proie d’une spéculation insensée. [...] Pour un homme dont la situation de fortune est incertaine, un terrain à prix coûtant bien inférieur à celui exigé dans d’autres quartiers de Paris constitue une impérieuse raison. Enfin, notre homme est amateur de chevaux, pour la monte, pour ses équipages, mais aussi pour les courses mises à la mode par le duc de Chartres. Il lui fallait bâtir des écuries, un manège et un terrain où il puisse s’exercer, car il lui arrive de monter ses champions en course. »

Il achète des chevaux en Angleterre, même pendant la guerre. Et c’est lui qui fournit les nouvelles scandaleuses de la cour aux libellistes réfugiés en Angleterre. Il est aussi un des organisateurs du trafic de fausses monnaies étrangères.

Trabard (Marie, Sophie, Thérèse de Calanque, vicomtesse de)

La femme du vicomte de Trabard s’appelle Marie, Sophie, Thérèse de Calanque. Elle est la fille unique d’un président aux enquêtes du parlement de Paris.

« Elle est mince plutôt que maigre. Sa chevelure blonde tirant sur l’argent tombe en cascade sur un visage fin au teint éclatant. Les yeux bleu pâle entourés de cernes ne cillaient pas, n’offrant aucun signe de vie à ce visage ivoirin, figé et presque livide. »

Elle est très critique envers son mari :

« Je suis privée depuis longtemps des devoirs qu’un galant homme se devrait d’avoir envers sa femme. J’ajouterai qu’ayant apporté en dot une fortune importante, celle-ci a fondu comme neige au soleil. »

Elle prend chaque soir quelques gouttes de liqueur d’Hoffmann et se parfume d’Eau de la Reine de Hongrie, flagrance que Nicolas retrouve dans le logement du palefrenier Decroix. Peu affectée par la mort de son mari, elle porte des vêtements très colorés « de couleur jonquille » qui « détonn[ent] furieusement avec son état de veuve ».

Trabard (Eudes de)

Il est le frère du vicomte de Trabard. Curé de Saint Sulpice, il est ainsi décrit dans L’Année du volcan :

« Nouvellement débarqué de son Limousin. Ah ! Oui. Eudes de Trabard, noblesse ruinée de province… Cadet de famille voué à la prêtrise… Les fidèles de la paroisse se plaignent aigrement de lui et de son curé. D’une part, lorsqu’il distribue des secours à ceux qui les implorent, il fait marquer d’une croix blanche les habits des bénéficiaires à leur grande honte. Le public s’élève contre ces abus scandaleux. À cela s’ajoute sa propension à faire sonner les cloches à tout moment. De hauts personnages qui habitent la rue de Tournon se proposent de prendre la poudre d’escampette pour se dérober au vacarme du bronze. M. de Brancas, pour ne parler que de lui, va demeurer boulevard Poissonnière. Ah ! Il y a encore une notule… La voix publique suppose au nouveau pasteur des vues d’intérêt personnel et il est hautement accusé d’avarice et de cupidité. »

Il est de taille moyenne et voutée et son visage est « livide », comme éclairé de l’intérieur par ses yeux sombres.

Truche de La Chaux

Paul-René du Truche de la Chaux, noble, écuyer et garde du corps à Versailles, a réellement existé. Barbier le présente dans sa Chronique de la régence et du règne de Louis XV comme « un mauvais sujet, autrefois protestant, et qui, par son abjuration, s’était procuré la protection de Madame Adélaïde ». Le 6 janvier 1762, à Versailles, il eut la mauvaise idée de simuler un attentat contre lui-même, disant avoir été attaqué par deux individus qui en voulaient à la personne sacrée du roi. Considéré comme un « fabricateur d’impostures contre la sûreté du Roi et la fidélité de la Nation », il est d'abord condamné à être rompu vif puis pendu. Une sentence de la Cour du Parlement "adoucit" la peine et le 4 février 1762, après avoir fait amende honorable devant Notre-Dame, le Palais des Tuileries et l'Hôtel de Ville, Truche de la Chaux est pendu, à l'âge de vingt-neuf ans, en place de Grève, sans passer par le supplice de la roue.

Dans L’Homme au ventre de plomb, il est bien présenté comme un huguenot converti, protégé par Mme Adélaïde. Cependant, agent double, il sert aussi Mme de Pompadour. Impliqué dans le complot d’Yves de Langrémont qui vise le roi, il est aussi celui qui a volé les bijoux de Mme Adélaïde afin de compromettre cette dernière. Ayant découvert ce double jeu, le comte de Ruissec commandite son assassinat mais le hasard veut que ce soit Lionel de Ruissec qui se présente au rendez-vous mortel, donné près du bassin d'Apollon, à la place de Truche de la Chaux.

Quant à la simulation d'attentat, elle est – dans le roman – conforme aux témoignages de l'époque mais, dans la logique du double jeu, Jean-François Parot attribue à Mme de Pompadour la transformation de sa condamnation, la pendaison remplaçant – dans le roman comme dans la réalité – la roue. Une telle intervention, si elle n'est pas avérée, n'est pas impossible.

Madame Truchet

Dans La Pyramide de glace, Mme Truchet est une revendeuse à la toilette, dont la boutique est située rue des Moulins, à la butte Saint-Roch, dans une cour intérieure, derrière l’atelier du relieur Bourgeot.

« Ces revendeuses ont accès aux femmes les plus huppées, de celles qui veulent avoir de l’argent comptant. Ce sont à l’occasion des confidentes qui détiennent des secrets curieux et font fortune en peu de temps. »

Ancienne prostituée, elle a servi ensuite d’entremetteuse avant d’acheter un bâtiment « dans ce riche quartier où elle avait installé son dépôt de revendeuse à la toilette ». Plusieurs fois soupçonnée d’escroquerie et de chantage, elle échappe aux poursuites grâce à de mystérieuses protections. Elle s’est enrichie :

« Outre le local de la rue des Moulins, elle possédait plusieurs entresols dans le quartier de la Chaussée d’Antin et une campagne, habitation, ferme et terres du côté de Meaux. »

Elle apparaît d'emblée très sournoise à Nicolas :

« une femme apparut, curieusement vêtue de vieux oripeaux. Elle était si fardée que Nicolas eut peine à lui donner un âge. […] elle devait avoir entre cinquante et soixante ans. Qu’elle grimaçât, tout sourire, n’effaçait pas son air sournois. La fausseté se peignait sur toute sa figure. Son apparence et sa minauderie mirent Nicolas dans un malaise encore accru par la vue de la taie blanchâtre qui couvrait l’œil gauche de la créature. »

Quant à la description des vêtements pendus dans sa boutique, elle rappelle l'effet produit par les momies de Palerme :

« Dans une semi-obscurité, Nicolas entrevit une armée de fantômes. Pendus à des porte-manteaux accrochés à des tréteaux de bois, des centaines d’habits serrés les uns contre les antres déroulaient une longue théorie de spectres. […] Parfois un courant d’air venu de nulle part faisait frissonner certains costumes qui paraissaient toujours habités. »

Turgot (Anne Robert Jacques)

Anne Robert Jacques Turgot, baron de l'Aulne, est né le 10 mai 1727 à Paris. Il était le fils du prévôt des marchands de Paris, Michel-Étienne Turgot et d’une noble normande, Madeleine Françoise Martineau de Brétignolles. Destiné à la prêtrise, il fut admis à la Sorbonne en 1749 sous le nom d’abbé de Brucourt. Il était passionné par la poésie et traduisit en prose le quatrième livre de L’Énéide, traduction qu’appréciait Voltaire.

Peu attiré par les ordres, il changea d’orientation et commença en 1750 une carrière de juriste. En 1752, il était substitut, puis conseiller au Parlement de Paris et, un an plus tard, maître des requêtes.

Proche des philosophes, ami de Voltaire, il écrivit en 1755 cinq articles pour l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert : "Étymologie", "Existence", "Expansibilité", "Foires et Marchés" et "Fondations". Dès cette époque, anglophile, il prônait le libéralisme en économie et la tolérance religieuse. Il était reçu à Paris dans les salons à la mode, en particulier chez Marie du Deffand et Julie de Lespinasse.

Ami de Jacques Claude Marie Vincent, marquis de Gournay, il l’accompagna en 1755 et 1756, lorsque celui-ci, ayant acheté une charge d’intendant du commerce, inspecta les provinces. Gournay, partisan d’un libéralisme humaniste exerça sur lui une forte influence, de même qu’Adam Smith, qu’il a rencontré, et Pierre Samuel Dupont de Nemours, de l’école physiocrate. En 1759, Turgot publie son Éloge de Gournay.

En 1761, Turgot put appliquer ses théories puisque le roi le nomma intendant de la généralité du Limousin, l'une des provinces les plus pauvres du royaume. Il y resta jusqu’en 1774. Ce furent les idées de François Quesnay qui dirigèrent son action dans le développement de l’agriculture de la province. Il diminua la taille versée par la généralité, démontrant à partir d’un cadastre qu’elle était trop imposée. Il voulut aussi élargir l’assiette de l’impôt et remplacer la corvée, très mal supportée par les populations, par une taxe. Il se démarqua des physiocrates en développant les mines et les industries locales comme les manufactures de porcelaine, le kaolin étant extrait dans la province. Son action sociale ne fut pas moindre : il chercha à développer la solidarité pendant la famine au début des années 1770. Il développa toujours, dans de nombreux écrits, ses idées sur la nécessité du libéralisme économique : « Laissez faire, laissez passer ».

Dans Le Sang des farines, en 1775, Nicolas et ses amis ont sur Turgot des avis différents. Bourdeau, quant à lui, loue son action dans le Limousin :

« – M. Turgot n’a-t-il point la réputation d’avoir réussi dans son intendance du Limousin ?
– Notre hôte a raison, c’est en tout ce que prétendent ceux de sa secte, ces économistes si affirmés dans leur doctrine. Ils chantent ses louanges alors que le grand homme n’avait fait en Limousin que des essais et des expériences…
– Il a supprimé la corvée, ce n’était pas rien pour les intéressés ! Il faudrait étendre cette mesure à l’ensemble du royaume.
– Soit, Bourdeau, mais pour le reste l’homme n’a pas été heureux, compte tenu de la pauvreté du pays. Il s’est bien dressé contre les monopoleurs et les accapareurs. Il a tenté de substituer la pomme de terre au blé et de traverser leurs spéculations par des achats à l’étranger. Mieux, il a sacrifié une partie de sa fortune pour soulager les plus nécessiteux. »

Le roman signale aussi la « santé médiocre » et la « goutte héréditaire » de Turgot.

Lors de cette conversation, en mars 1775, cela fait plusieurs mois que le roi avait nommé Turgot, d’abord ministre de la Marine puis contrôleur général des Finances. Il découvrait le gouffre des finances publiques et, tout en refusant l’emprunt et des impôts nouveaux, il se lança dans une politique volontariste. Il exigea des économies dans tous les ministères et un contrôle, exercé par lui-même, des dépenses engagées. Pour éviter la banqueroute, il réduisit les dépenses de la Maison du roi, suppliant Louis XVI d’accorder moins de pensions aux courtisans.

Il entreprit aussi, sans explications préalables, des réformes audacieuses du royaume. Supprimant les frontières et les taxes intérieures, il permit la libre circulation des grains. Il y voyait la solution aux famines qui touchaient une province alors que ses voisines avaient un excédent de récolte. Le peuple, aidé par des agioteurs qui avaient stocké les récoltes, peut-être sur l’ordre du prince de Conti ou du duc de Chartres, pensait au contraire que cette liberté allait provoquer des disettes. Ce qui s’ensuivit furent les émeutes frumentaires connues sous le nom de Guerre des farines, sujet du roman Le Sang des farines. À la demande de Louis XVI, Nicolas y rencontre Turgot :

« Au début de l'après-midi, il arriva au contrôle général, rue Neuve-des-Petits-Champs. Aussitôt introduit dans le cabinet du ministre déjà croisé à la cour à plusieurs reprises, il le trouva écrivant, la jambe droite enveloppée de bandages posée sur un carreau de tapisserie. Il leva la tête et fixa l'arrivant d'un air peu amène. Nicolas nota la stature, la corpulence, la tête belle aux cheveux abondants, frisés en rouleaux, les yeux bleu clair, le gauche plus petit que le droit. La physionomie, sans être désagréable, marquait une sorte de contention plus morale que physique. Il se présenta et remit le billet du roi. Le teint naturellement blanc du contrôleur général trahissait, au fur et à mesure de sa lecture, les sentiments qui l'animaient. Il se colora par vagues pourprées alors qu'il procédait à une seconde lecture plus attentive. Il leva un regard à la fois doux et lointain et Nicolas se demanda s'il n'était pas myope comme le roi. »

D’autres réformes furent entreprises : Turgot abolit la corvée, comme il l’avait fait dans le Limousin, il supprima les corporations et les règlements au nom de la liberté d’entreprendre et prévit un impôt pesant sur tous les propriétaires, nobles et clergé compris. Il envisagea de réformer la ferme générale, dont le fonctionnement ne conduisait qu’à l’enrichissement exagéré des fermiers généraux. Sa politique fut certes un succès car il diminua le déficit. Mais il fit aussi de nombreux mécontents : les fermiers généraux, les parlements, les courtisans et surtout la reine à qui il reprochait, avec raison, ses dépenses. Il fut par ailleurs attaqué par les économistes dirigistes, comme Necker.

Il s’opposa, pour des raisons financières, à l’entrée en guerre de la France aux côtés des Insurgents américains. La conjonction de tous ces faits conduisit Maurepas à abandonner Turgot : le 12 mai 1776, Louis XVI renvoyait son ministre des finances. La monarchie abandonnait ainsi son réformateur le plus hardi, celui qui pensait qu'une monarchie éclairée pouvait éviter une révolution.

Homme simple, il abandonna toute carrière politique et consacra la fin de sa vie à des études scientifiques et littéraires. En 1777, il fut le vice-président de l’Académie des inscriptions et belles-lettres. La goutte dont il avait beaucoup souffert l’emporta à l'âge de cinquante-quatre ans, le 18 mars 1781, à Paris.