Magnier

Dans L’Enquête russe, c’est un exempt de police responsable de la poignée de policiers chargés d’assurer la sécurité du couple impérial pendant ses déplacements.

Mange-rat

C’est un gamin qui, dans L’Année du volcan, vit dans la cave du ferrailleur Lambroie, condamné à se nourrir des rats dont il est le gardien. Les cages de rats constituent un mur qui masque l’activité de faux-monnayeur pratiquée par Lambroie. Un inconnu a chargé le gamin de faire l’emplette de pétards qui ont servi au meurtre du vicomte de Traband. Il a porté un paquet de libelles chez le lieutenant général de police. Il s’enfuit avec Diego Burgos et disparaît avant Chartres.

Marie-Antoinette

Maria Antonia Josepha Johanna de Habsbourg-Lorraine est née à Vienne le 2  novembre 1755.

Nicolas la rencontre lors de son arrivée en France en 1770 et la décrit au début du Fantôme de la rue Royale :

« C’est encore une enfant. Belle, certes, mais peu formée. Beaucoup de grâce dans la démarche. Les cheveux sont d’un beau blond. Le visage est un peu allongé avec des yeux bleus et un teint magnifique, de porcelaine. J’aime moins la bouche, avec sa lèvre inférieure épaisse et pendante. M. de La Borde prétend qu’elle serait fort négligée et que le dauphin en serait incommodé… »

Lors de cette première rencontre l’archiduchesse d’Autriche, future Dauphine, n’a que 14 ans. Elle épouse le dauphin le 16 mai 1770 à Versailles. Le 30 mai a lieu le feu d’artifice meurtrier de la place Louis XV (Le Fantôme de la Rue Royale).

Rejetée par une partie de la cour, surtout après la disgrâce du duc de Choiseul, elle supporte mal l’étiquette de Versailles et apprécie peu l’atmosphère libertine de la fin du règne de Louis XV. Le dauphin la délaisse, lui préférant ses activités de chasseur. Elle reste sous le contrôle de sa mère, Marie-Thérèse, par l’intermédiaire de l’ambassadeur de cette dernière, le comte Mercy-Argenteau.

En octobre 1774, Nicolas rencontre celle qui est devenue la reine à Versailles. Elle a alors 18 ans.

« Sa démarche inégalable frappa d’admiration Nicolas. Elle glissait sur le sol dans un souple balancement de tout le corps. Cette impression était renforcée par le port altier de la tête. Il songea à un cygne. [...] Elle lui parut un peu forcie ; ce n’était plus une enfant, mais presque une femme. Pas très grande, le teint éblouissant, elle dominait l’instant, portant son regard, aux yeux bleus un peu lourd mais pleins d’expression, sur chacun des visiteurs. Le front haut et bombé rappelait les portraits de son père, l’empereur François. La douceur du sourire relevait ce que la bouche pouvait avoir d’un peu dédaigneux. Elle portait une robe de taffetas blanc garni de gaze mouchetée, avec des parements du même tissu et un bonnet à l’anglaise. » (Le Crime de l’hôtel Saint-Florentin)

Marie-Antoinette est d'abord présentée dans la série comme une enfant espiègle, qui se plaît à rappeler à Nicolas leur première rencontre en l'appelant son « cavalier de Compiègne ». En février 1777, dans Le Cadavre anglais, Nicolas brosse cependant un tableau plus négatif de la reine :

« La langueur des divertissements à la cour poussait sans cesse la reine à s’en procurer de plus vifs. De là, les promenades en traineaux, des chasses dans les forêts voisines et des escapades nocturnes dans la capitale qui faisaient notablement jaser. »

Ce sont en effet ces fêtes dispendieuses et les dettes de jeu qui, pendant l’été 1777, sont stigmatisées par les premières chansons contre la reine et ses favorites, la princesse de Lamballe et la comtesse de Polignac.

En s’installant au Petit Trianon, elle cherche à échapper à l’étiquette de la cour. Mais loin de la servir, ce retrait accentue dans l’opinion l’image d’une reine dispendieuse – elle fait construire le hameau de la reine – et frivole. Elle a peu d’influence politique mais elle est accusée de jouer un grand rôle au profit de l’Autriche. Les naissances tardives des enfants royaux – une fille en 1778, un garçon en 1781, un second garçon en 1785 et une autre fille en 1787 – sont à l’origine des rumeurs sur ses amants et leur paternité présumée. Son nom est mêlé à l’escroquerie du "collier de la reine" en 1785. Elle n’en est que plus impopulaire.

Très proche de la famille royale, Nicolas assiste à la venue au monde de la première fille de Marie-Antoinette le 19 décembre 1778 (cf. l'épilogue du Noyé du Grand Canal).

En 1782, dans L'Enquête russe, la reine s’est beaucoup assagie :

« Après deux grossesses et la naissance d’un dauphin, le visage de la reine s’était arrondi, revêtant avec l’accentuation des traits un air souverain qui contrastait avec l’expression mutine d’antan. »

L’extravagance de ses vêtements a cessé et ses atours tendent à se simplifier « même si leur originalité continuait à agiter les femmes de qualité et à inspirer l’imagination des modistes de la ville ». Maître Vachon s’en plaint auprès de Nicolas :

« De plus en plus, la reine emprunte aux femmes de chambre l’usage de s’habiller en blanc. Hé, le tout au bénéfice des négociants de Bruxelles, maîtres de ces tissus-là ! On dit que nos fabricants ont fait intervenir Mesdames les filles du feu roi. Elles auraient présenté un mémoire au roi. La reine a pris leurs reproches polis comme une offense, avec la hauteur d’une souveraine dont le cœur est étranger aux Français. Tout ce qui est beau, grand et noble n’est désormais conservé que pour les fêtes rares et les jours d’appareil. Bref, on ne distingue plus une duchesse d’une comédienne. Adieu l’ancienne somptuosité. Adieu les formes imposantes des ajustements de la parure ! Adieu la grandeur ! »

La reine est influente, négociant des  faveurs : grâces de cour, ministères ou emplois tels que « la place de commis des barrières ». En contrepartie, elle fait beaucoup de mécontents et Nicolas constate qu’elle reste impopulaire :

« Frivole, volage, imprudente et surtout autrichienne demeuraient les échos répétés d’un rejet général, que rien ne parvenait désormais à enrayer. »

Dans L’Année du volcan, Marie-Antoinette avoue à Nicolas qu’elle joue et perd de fortes sommes. Elle partage cette fâcheuse passion avec son beau-frère, le comte d’Artois. Tous deux jouent des montants si considérables qu’ils sont contraints d’admettre à la cour des gens peu recommandables pour trouver à faire leur partie.

Avec la réunion des États Généraux et le début de la Révolution, son impopularité ne cesse de croître. Elle est accusée de pousser le roi à la contre-révolution. Elle accepte en effet très mal la monarchie constitutionnelle et la contrainte de séjourner dans la "prison" des Tuileries. L’échec de la fuite de la famille royale en juin 1791 scelle son destin. Le 10 août 1792, le palais des Tuileries est pris d’assaut. La famille royale se réfugie à l’Assemblée avant d’être emprisonnée à la prison du Temple. Le roi est jugé puis exécuté le 21 janvier 1793. Le 3 octobre 1793, Marie-Antoinette est jugée pour inceste, trahison avec l’ennemi et cause des troubles du pays. Condamnée pour haute trahison, elle est exécutée le 16 octobre 1793.

Marie-Thérèse d'Autriche

Marie-Thérèse de Habsbourg est née à Vienne en mai 1717 : elle a donc cinquante-huit ans lorsque Nicolas en 1775 la rencontre à Vienne pour lui remettre un buste de Sèvres représentant sa fille, Marie-Antoinette :

« Il soutint sans trembler l’inquisition des petits yeux bleus enfoncés dont le caractère tranchait avec la bonasse affichée de la physionomie. De rares cheveux redressés sans grâce se dissimulaient mal sous une dentelle noire. Le corps énorme et informe paraissait affaissé, soutenu dans son fauteuil par des carreaux de soie. Dans le silence ouaté du cabinet, son souffle court et sifflant faisait mal à entendre. Le bas du visage, fort rouge, affichait un sourire proche du rictus. À plusieurs reprises, des douleurs, qu’accusait la crispation des traits, agitaient cette masse de mouvements involontaires. » (Le Sang des farines)

En 1740, à la mort de son père, l’Empereur Charles VI, elle devient reine de Hongrie et de Bohême, mais son accession au trône déclenche la guerre de succession d’Autriche (1740-1748) contre une partie de l’Europe.

L’Autriche perd la Silésie au profit de la Prusse et l’électeur de Bavière, Charles-Albert, devient l’empereur Charles VII.

En 1745, à la mort de Charles VII, elle fait élire son mari, François-Etienne de Lorraine, empereur. Elle siège donc comme impératrice consort, mais c’est elle qui dirige. Elle est considérée comme l’impératrice, même si elle ne porte pas le titre. À la mort de son mari en 1765, son fils Joseph II est élu empereur : c’est lui que Nicolas rencontre par hasard à Vienne dans la nécropole des rois.

Elle favorise l’alliance avec la France, d’abord dans la guerre de Sept ans (1756-1763) qui ne lui permet pas de récupérer la Silésie et ensuite par le mariage de l'une de ses filles – elle eut seize enfants ! – avec le dauphin de France.

Elle décède à Vienne le 29 novembre 1780.

Marguerite

Marguerite est la tenancière de la petite taverne Cul-de-sac du Chat Blanc. L’hôtesse, originaire de Normandie, est une accorte jeune femme, en jupe rouge et tablier blanc, dont le potelé inspire la plus grande confiance dans la qualité de ses mets. Elle semble proche de Bourdeau, l’appelant « son gourmand ».

L’endroit a été découvert par Bourdeau au cours de la longue absence de Nicolas en Bretagne en 1782. La taverne porte le nom de l’impasse où elle se situe. Le cul-de-sac du Chat blanc est une puante venelle donnant rue Saint-Jacques la Boucherie. Le lieu est sombre, bas de plafond. Des murailles sortent des piliers et des colonnes, vestiges d’un édifice antérieur.

Marion

Marion est au service de M. de Noblecourt depuis le premier roman. Elle veille avec une certaine autorité à la santé de son maître, ce qui ne manque pas de donner souvent lieu à un petit jeu de cache-cache, le magistrat prenant plaisir à enfreindre à son insu les règles alimentaires qui lui ont été imposées.

Déjà âgée en 1761, Marion accueille avec un certain soulagement Catherine Gauss, que Nicolas a prise à son service au terme de la première enquête. Au fil des romans, elles cultivent une grande complicité bien que Marion soit très pratiquante alors que Catherine revendique haut et fort son athéisme.

En 1784, dans La Pyramide de glace, ses douleurs l’empêchent de se lever, ce qui l'attriste beaucoup. Pour Semacgus, elle souffre d’un rhumatisme chronique propre aux vieillards :

« C’est un mal souvent opiniâtre. Rester debout dans une atmosphère humide, et les cuisines ne sont pas des lieux favorables, prédispose à son apparition. Je lui ai prescrit de la crème de tartre prise dans de l’eau de gruau dont j’ai souvent éprouvé les bons effets. »

Mauras (Tiburce)

Tiburce Mauras, le très dévoué serviteur de M. de Chamberlin, est en fait une canaille surveillée par la police. Soupçonné en 1772 non seulement d’attirer dans des établissements de jeux clandestins de jeunes Anglais et de les dépouiller de leur argent dans des parties truquées, il a également pratiqué le maquerellage.

Convaincu de ces crimes en 1775, il est cependant relâché par le lieutenant de police Albert qui le place comme mouche chez M. de Chamberlin, afin de recueillir des renseignements sur les crédits de la Marine, qui compromettraient Sartine. Albert ayant quitté la lieutenance générale de police, Sartine reprend la main sur Tiburce, qui reste une mouche, mais à la solde du ministre de la Marine, lui aussi anxieux de récupérer les documents détenus par M. de Chamberlin.

En 1780, Tiburce Mauras est qualifié de « vieillard », ce qui ne l’empêche pas de faire de fréquentes visites à Henriette Bussaud dite la Lofaque, de préférence lorsqu'elle reçoit son amant, Jacques Meulière, autre canaille qui ne recule devant rien, comme en témoigne la résolution de l’intrigue. En ce qui concerne la Lofaque, il existait bien au XVIIIe siècle une fille légère à qui on avait attribué ce surnom, mais son vrai nom était Magdalaine Qucru. (cf. Guillaume Imbert de Bourdeaux, La Chronique scandaleuse, Paris, Dans un coin d'où l'on voit tout, 1789, tome III, p 49).

À la fin de L'Honneur de Sartine, Tiburce Mauras est retrouvé mort, étouffé dans sa chambre.

Maurepas

Jean-Frédéric Phélypeaux, comte de Maurepas, est né à Versailles le 9 juillet 1701. En 1715, il succède à son père comme ministre de la Maison du roi mais Jean-Frédéric Phélypeaux n'a alors que quatorze ans : aussi la fonction est-elle assumée dans les faits par le marquis de la Vrillière, dont il épouse la fille, Marie Jeanne, en mars 1718. Dès lors, il devient pleinement ministre de la Maison du roi. En 1723, comme son père, il y ajoute le secrétariat d’État à la Marine et ce, jusqu’en 1749. Il a été un excellent ministre, ayant modernisé les ports et les navires. Sa disgrâce et son exil sont liés à ses démêlés avec Mme Pompadour. Accusé de ne pas manifester assez de zèle dans la recherche des auteurs des libelles écrits contre la favorite du moment, il est contraint de quitter Paris en 1749. Il s'installe en 1752 dans son château de Pontchartrain, où il reçoit beaucoup.

À la mort de son grand-père, Louis XVI rappelle le vieux ministre et le nomme ministre d’État avec préséance au conseil. Maurepas occupera cette fonction jusqu'en 1781. C’est lui qui fait nommer Turgot au Contrôle général des finances. Il fait aussi appel à Malesherbes et Vergennes. Cependant, comme le montre Le Crime de l’hôtel Saint-Florentin, sa femme, qui a gardé le langage affecté de la Régence, regrette l’exil en son château de Pontchartrain, où elle avait un train de vie plus luxueux qu'à Versailles.

Le ministre est décrit dans le Crime de l’hôtel Saint-Florentin en 1774 :

« Grand et mince, le port noble, la jambe sèche, le front haut dans un visage au teint pâle éclairé d’yeux bleus fort ouverts, l’arrivant souriait sans desserrer sa petite bouche. Il offrait l’image désinvolte, assurée et rassurante d’un vieillard portant beau, à l’air débonnaire et indulgent. »

L'image qu'il a laissée est en partie ternie par les chansons qu'il a inspirées. En 1774, l'une d'entre elle, citée dans Le Crime de Saint-Florentin, le fait passer pour impuissant. En 1775, une autre, consignée cette fois dans Le Sang des farines, fustige sa désinvolture car il s'est rendu au bal alors que le peuple grondait. Nicolas l'oppose du reste à M. de Noblecourt, dont il a l'âge et qui l’a bien connu dans sa jeunesse : mondain, Maurepas, lui apparaît comme un esprit futile et, surtout, comme un noble qui méprise le peuple.

Il meurt à Versailles le 21 novembre 1781.

Mauval et Müvala

Âme damnée du responsable de la police des jeux  – le commissaire Camusot –, Mauval est, dans L'Énigme des Blancs-Manteaux, l'amant de Louise Lardin. Il a commandité le meurtre de Saint-Louis, le serviteur de Semacgus, puis il a aidé Louise à faire disparaître le mari gênant afin de mettre la main sur des papiers compromettant le roi et la favorite.

Guettant la progression de l'enquête de Nicolas, Mauval l'agresse une première fois, non loin du logis d'Antoinette en tentant de l'écraser avec un fiacre. De retour au Châtelet, Nicolas retrouve son ennemi qui le défie cette fois à découvert dans les escaliers  : c'est « un homme encore jeune, le crâne aux cheveux courts sillonné d'une cicatrice », dont les « yeux pâles et verts » impressionnent fortement Nicolas, qui associe ce regard sans vie à celui d'une couleuvre observée à Guérande. Le lendemain, Mauval traque Nicolas dans l'église Saint-Eustache. Mauval, qui incarne le Mal absolu, enlève Marie Lardin et l'introduit au Dauphin couronné, où elle doit être l'enjeu d'une partie de pharaon. Nicolas intervient à temps et tue Mauval dans le salon de la Paulet, au terme d'un duel mémorable, qui lui pèsera sur la conscience tout au long de la série.

Dans L’Affaire Nicolas Le Floch, un jeune musicien qui se dit de nationalité suisse est introduit par Camusot dans le salon de Julie de Lastérieux afin de perdre Nicolas : il s < class="paragrapheencadré"’appelle Friedrich von Müvala. En fait, ce nom est l’anagramme de Mauval. Le personnage est le frère cadet de l’amant de Louise Lardin. Haïssant Nicolas qui avait tué son frère et pris en charge par le diabolique Camusot, il a pour idée fixe de conduire Nicolas à l’échafaud en alléguant que ce dernier a empoisonné sa maîtresse. À la fin du roman, Camusot et lui sont bannis du royaume, ce qui conduit Sartine à dire à Nicolas : « Demeurez sur vos gardes ; un jour, vous croiserez à nouveau cette canaille. »

Mazenard (Suzon), dite "Voit-la-mort"

Logée dans un taudis, rue du Bout du Monde, elle se fait passer, dans La Pyramide de glace, pour une devineresse. C'est surtout une voleuse, qui dépouille les naïfs dans des maisons inhabitées sous prétexte de leur lire l'avenir. Nicolas a beaucoup de mal à la piéger rue de la Muette. Il observe en entrant « la mince silhouette d’une femme vêtue d’une robe noire de velours épais, la tête recouverte d’un voile presque transparent qui gazait le haut du visage ». Ce n'est qu'après l'arrestation de la Mazenard et de son complice, Ravalone, alias Rivet, alias Pinetti, que Nicolas peut enfin découvrir ses traits :

« Elle était au seuil de l’âge mûr, encore assez jolie, brune aux yeux châtains, fort pâle et abattue ». Transparaissait aussi « une sorte de cruauté avec des bouffissures de chair et des rides peu habituelles ».

Épileptique, elle subit une attaque pendant un interrogatoire. À la fin de l’enquête, après une exposition au pilori, elle est flétrie de la marque des voleurs et chassée du royaume comme l’avait promis Nicolas.

 

Mercier (Louis-Sébastien)

Né le 6 juin 1740 à Paris, Louis-Sébastien Mercier a quarante ans lorsque Jean-François Parot le confronte à son héros, dans L’Honneur de Sartine. La rencontre, tardive eu égard à la passion que l’auteur voue à Mercier, se déroule dans le cimetière des Innocents, sur le côté du charnier des écrivains.

Son père – Jean-Louis Mercier – était originaire de Metz. Fabricant d’épées, il avait une boutique dans les galeries du Louvre. Louis-Sébastien Mercier était l’aîné de trois enfants issus d’un premier mariage. Charles André, né en 1741, tenait l'hôtel des Trois-Villes, rue de Tournon, lorsque l’empereur Joseph II, frère de Marie-Antoinette, y logea en 1777 sous le pseudonyme de "comte de Falkenstein". Quant au troisième garçon, Jean-Baptiste, il mourut peu de temps après sa naissance. Louis-Sébastien Mercier perdit sa mère le 30 juillet 1743 : il était alors à peine âgé de trois ans. Son père se remaria : de ce second mariage naquit une fille, Anne-Charlotte.

C’est à Paris que Louis-Sébastien Mercier vécut jusqu’à l’âge de vingt-trois ans. Le logis familial donnait sur le quai de l’École, ce qui était « un bon observatoire pour apprendre à regarder Paris » (Léon Bélard, Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps, Zurich et New-York, Georg Olms Verlag, 1982, p. 4). Il apprit d’abord le latin avec un maître de pension, puis entra en 1749 au collège des Quatre-Nations. Sa découverte du Théâtre-Français en 1757 et son amitié avec Crébillon fils ont sans doute été déterminantes dans sa volonté de faire de la littérature son métier.

Il dut à l’expulsion des Jésuites d’être envoyé en février 1763 au collège de la Madeleine à Bordeaux. Il n’y séjourna pas longtemps et revint à Paris, envisageant en 1765 de partir pour la Russie. N’ayant pas obtenu son passeport, il resta dans la capitale où il se lança d'abord dans l’écriture de romans et dans des traductions qui n’obtinrent guère de succès. S’étant essayé dès 1760 à la poésie, il écrivit aussi des drames qui furent quant à eux joués pour la plupart en province.  

C’est la publication, en 1770, de L'An 2440, rêve s'il en fut jamais qui lui valut un certain renom. Mercier y décrivait une utopie sociale et politique, dont certains aspects prendraient corps avec la Révolution.  Le livre fut interdit, mais on ne poursuivit pas son auteur.

Après avoir écrit de nombreuses pièces et quelques essais, il publia, en 1781 les deux premiers volumes du Tableau de Paris. L’ouvrage ayant été publié sans nom d’auteur, certaines personnes, soupçonnées d’être à l’origine de cet ouvrage décapant, furent inquiétées par la police. Aussi Mercier alla-t-il, pour les innocenter, se déclarer comme étant l'auteur de l’ouvrage auprès du lieutenant général Lenoir, après quoi il quitta Paris le 17 juin 1781, de crainte d’être arrêté. Il gagna Neuchâtel, en Suisse, où il séjourna jusqu’en 1785. En 1782, ayant été malade, il fit un bref séjour à Paris, retournant en Suisse dès le mois de novembre.

 
 

Légende : "Messieurs, je suis quoi qu'on en dise / Nostradamus : Cadet Moïse, / Iconoclaste, grand auteur, / Gramairien, Déclamateur, / Mais ô destin toujours bizare / Dont l'homme ne peut triompher, / Avec un mérite aussi rare / Je ne suis qu'un petit Mercier" (Source Gallica)

Le 31 mai 1783, il fut admis dans une société de Neuchâtel, la Compagnie des mousquetaires. Il séjourna à Genève et Lausanne et visita Berne, Lucerne, Soleure et Zurich. Pendant son séjour en Suisse, il travailla aux autres volumes du Tableau de Paris, dont la parution s’étala jusqu’en 1788 : au total, cette œuvre était composée de mille chapitres répartis en douze volumes. Écrivain infatigable, Mercier publia en parallèle d’autres ouvrages, des pièces et des essais tel Mon Bonnet de nuit en 1784.

Fin 1785 ou début 1786, il revint à Paris, où il collabora à plusieurs journaux qui propageaient les idées révolutionnaires, tels le Spectacle national, la Tribune des hommes libres ou La Sentinelle. En octobre 1789, il fonda son propre journal, les Annales patriotiques et rompit en 1791 avec les Jacobins.

En 1792, il se mit en ménage avec Louise Marie Anne Machard, qui avait vingt-huit ans de moins que lui. Ils eurent une fille, Héloïse. Deux autres filles naquirent de cette union : Sébastienne en février 1794 et Pauline en 1796.

Le 14 septembre 1792, il fut élu à la Convention député de Seine-et-Oise et député suppléant du Loiret. Lors du procès de Louis XVI, il ne réclama pas la tête du roi mais sa détention. Voici ce qu'il déclara :

Comme juge national, je dis que Louis a mérité la mort ; comme législateur, l'intérêt national parle ici plus haut que ses forfaits, et je dois, pour l'intérêt du peuple, voter une peine moins sévère. Qu'est-ce ici que commande la justice ? C'est la tranquillité de la nation. Or je dis qu'un arrêt de mort, qui aurait son exécution immédiate, serait impolitique et dangereux. Louis est un otage ; il est plus, il sert à empêcher tout autre prétendant de monter sur le trône ; il protège, il défend votre jeune république, il lui donne le temps de se former. Si sa tête tombe, tremblez ! Une faction étrangère lui trouvera un successeur. Louis n'est plus roi, il n'a pas plus que son fils et ses frères des droits à la couronne ; mais le fantôme nous sert ici merveilleusement ; oui, nous devons marcher avec ce fantôme, avec le temps qui est aussi un législateur : ne précipitons pas une mesure irrévocable. Je vote pour la détention de Louis à perpétuité.

Modéré, il ne craignait pas de s’opposer à ses collègues lorsque ceux-ci se montraient trop "va-t-en-guerre". Il s’éleva d’ailleurs contre l’arrestation des Girondins par les Montagnards. Aussi fut-il arrêté le 3 octobre 1793.

Il ne fut libéré qu’après la chute de Robespierre, le 27 juillet 1794. Il reprit sa place dans l’assemblée le 8 décembre et, le 14 octobre 1795, il était élu par les départements des Côtes-du-Nord et du Nord au Conseil des Cinq-Cents. Ce fut ce dernier département qu’il choisit de représenter. Il s’opposa à ce que la dépouille de Descartes soit transférée au Panthéon, sous prétexte que ce philosophe, qui prônait la liberté de penser, avait de fait conduit à l’affrontement des courants révolutionnaire et contre-révolutionnaire, c’est-à-dire à la Terreur. Il reprocha aussi à Voltaire d’avoir détruit la morale et ne manqua pas de faire le procès de la philosophie, allant même jusqu’à refuser l’idée de l’instruction pour le peuple. Une telle attitude, pour le moins réactionnaire, lui valut le sobriquet de « singe de Jean-Jacques ». Aussi critiques que fussent ses ouvrages, Mercier n’était en effet pas exempt de contradictions. Alors même qu’il en avait auparavant critiqué l’existence, il se prononça par exemple en 1796 pour le rétablissement de la Loterie et y accepta une place de contrôleur en 1797.

Le 20 mai 1797, il quitta le Conseil des Cinq-Cents et entra comme professeur d'histoire à l'École centrale. Il fit dès lors preuve d’une absence manifeste de sens critique, paradoxale chez un homme qui avait écrit L'An 2440, rêve s'il en fut jamais, le Tableau de Paris ou Néologie (1801), ouvrage dans lequel il se battait pour que la langue s’enrichisse de mots nouveaux. Il combattit la pensée de Locke et celle de Condillac  et dénigra le système copernicien, prétendant que la terre est ronde et plate et que le soleil tourne autour de ce plateau comme un cheval de manège. Les artistes ne furent pas épargnés : il pensait que des peintres comme Raphaël ou Le Titien avaient porté un coup fatal aux bonnes mœurs.

Il n’épousa cependant sa compagne, Louise Machard, que peu de temps avant sa mort, le 9 février 1814, reconnaissant ainsi pour filles légitimes Héloïse, Sébastienne et Pauline.

À partir de 1798, il se tint à l’écart de la vie politique. Il admirait Napoléon mais ne se rallia qu'à demi à l'Empire, en raison de l’attitude de Bonaparte le 18 Brumaire. En revanche, il n’abandonna la plume qu’à la fin de sa vie.

Il mourut le 25 avril 1814 à Paris. Il est enterré au Père-Lachaise.

Jean-François Parot s'appuie beaucoup sur son œuvre pour décrire la capitale dans la seconde moitié du siècle. Ainsi, pour ne prendre qu'un exemple, la référence dans L'Honneur de Sartine aux « moralistes sévères [qui] dénonçaient [les] dérobements secrets et obscurs, fausses entrées qui masquaient les vraies sorties, labyrinthes où l'on se dissimulait pour mieux se perdre » renvoie-t-elle allusivement à une remarque du Tableau de Paris, qui trahit le puritanisme de son auteur :

L'architecture, jadis majestueuse et qui ne dérogeait pas, s'est ployée à la licence de nos mœurs et de nos idées. Elle a prévu et satisfait toutes les intentions de la débauche et du libertinage ; les issues secrètes et les escaliers dérobés sont au ton des romans du jour. L'architecture enfin, complice de nos désordres, est non moins licencieuse que notre poésie érotique. 

Mercy-Argenteau (Florimond-Claude de)

Florimond-Claude de Mercy-Argenteau naquit à Liège en 1722. Son père, Charles-Antoine comte d'Argenteau et cousin de Claude-Florimond de Mercy, avait été désigné comme l'héritier de ce dernier, sous réserve qu'il joignît le nom de Mercy à celui d'Argenteau.

La famille des Mercy était une famille de Lorraine qui s'était illustrée par de hauts faits militaires mais Florimond-Claude de Mercy-Argenteau préféra la diplomatie à la carrière militaire. Il fut successivement ambassadeur de l'Autriche à Turin, à Pétersbourg et à Paris, où il occupa cette fonction de 1766 à 1790.

Le comte de Mercy eut une grande part au mariage du dauphin (depuis Louis XVI) avec l’archiduchesse Marie-Antoinette, et reçut, à cette occasion, le collier de l’ordre de la Toison d’or. Lui-même resta toujours célibataire. Mais ce qui est plus surprenant, c’est que cet ambassadeur de l’impératrice d’Autriche possédait des lettres-patentes qui lui conféraient l’indigénat en France même. Héritier du comté de Mercy, il se considérait comme appartenant à la France depuis la réunion de la Lorraine, où se trouvait la terre patrimoniale dont il portait le nom. Par une singulière fiction, le duc de Choiseul, alors premier ministre de Louis XV, fit octroyer au noble liégeois, sujet et ambassadeur de l’impératrice Marie-Thérèse, l’autorisation, pour un terme illimité, de servir hors de France. Il était donc ambassadeur de l’illustre Marie-Thérèse par la grâce de Louis XV ! (Théodore Juste, Souvenirs diplomatiques du XVIIIe siècle. Le comte de Mercy-Argenteau, Bruxelles et Leipzig, Lacroix et Verboeckhoven éditeurs, 1863, p. 49-51.

Malgré cette double allégeance, son admiration pour l’impératrice d’Autriche lui fit accepter son rôle d’espion-mentor auprès de la jeune dauphine puis de la jeune reine, Marie-Antoinette. Il eut fort à faire car Marie-Antoinette était dispendieuse et choquait par ses entorses à l’étiquette. En outre, elle ne donna pas tout de suite l’héritier à la couronne que l'on attendait.

En 1775, dans Le Sang des Farines, au retour de sa mission à Vienne, Nicolas rencontre Mercy-Argenteau à Versailles :

« Il étourdissait Nicolas par sa verve redondante et son verbe fleuri. [...] L’ambassadeur se prolongea en propos élogieux jusqu’aux antichambres de la reine où un huissier les remit aux mains d’une des dames d’honneur qui les fit pénétrer dans les cabinets, en arrière de la chambre de la reine. »

En 1777, dans Le Cadavre anglais, Mercy-Argenteau avertit Nicolas que Renard fournit Marie-Antoinette en livres licencieux. Devenu dans L’Honneur de Sartine l’ami de Nicolas en raison d'une « fidélité commune à la reine », il y est présenté de façon moins critique. C'est lui qui confie au commissaire « l'irritation de Marie-Thérèse [la mère de Marie-Antoinette] au su des grâces pécuniaires accordées aux favoris ».

Dans le même roman, il est également cité pour sa liaison avec Rosalie Le Vasseur. Celle-ci, qui était sa maîtresse depuis 1772, le rejoignit deux ans après qu'il eut quitté la France.

À la Révolution, il œuvre pour obtenir la médiation de Mirabeau afin de sauver la monarchie. En 1790, il est nommé ambassadeur à La Haye puis à Bruxelles par l’empereur Joseph II. En 1794, Joseph II envoie Mercy-Argenteau à Londres négocier avec les Anglais, mais le comte y meurt le 26 août, dès son arrivée, avant d'avoir pu entreprendre quoi que ce fût.

Mesmer (Frantz Anton)

La méthode de Frantz Anton Mesmer est exposée, avec beaucoup d'enthousiasme, par Aimée d'Arranet dans Le Noyé du Grand Canal :

« Il dirige ce fluide vers les parties affectées par la maladie. Il fait aussi assembler le public autour d’un baquet entouré d’une corde. On la saisit d’une main et de l’autre la baguette de fer. Le fluide vous traverse, vous procurant par tout le corps des sensations inconnues furieusement agréables, disent tous ceux qui les ont ressenties. [...] Pour certains cas rebelles, le docteur opère des passes verticales et horizontales sur le corps du patient assis. Il le plonge alors dans une sorte de transe pythique qui le conduit à exposer les causes de sa souffrance. Cette méthode s’applique dans ce cas à des malades pour lesquels les remèdes sont impuissants ou funestes, mais chez qui l’imagination travaille favorablement. »

Franz-Anton Mesmer est né le 23 mai 1734 en Allemagne du sud, sur les bords du lac de Constance. Il a donc quarante-quatre ans lorsqu'il arrive à Paris en février 1778. Nicolas le rencontre peu de temps après, le 9 août, dans l'appartement qu'il a loué place Vendôme aux frères Bourret :

« Une porte s’ouvrit, laissant le passage à un personnage de haute taille vêtu d’une sorte de lévite violette qui lui donnait un aspect sacerdotal. Lorsque les pans s’écartaient, ils découvraient un habit de soie lilas surbrodé d’argent. Nicolas découvrit un homme dans la quarantaine, le visage massif au front haut et dégarni, les cheveux poudrés coiffés en rouleaux et retenus sur la nuque par un ruban. Le visage impressionnait par son ampleur accentuée par un double menton. De grandes rides obliques encadraient une bouche bien dessinée. Des yeux enfoncés dans les orbites au point d’hésiter sur leur couleur, surmontés des sourcils noirs et épais, fixaient le visiteur. L’ensemble annonçait la force, la froideur et la sérénité. » (Le Noyé du Grand Canal)

Formé par les Jésuites en Allemagne à la théologie, il a aussi reçu une formation en droit et en médecine à Vienne, en Autriche. Sa thèse de médecine, De influxu planetarum in corpus humanum – De l'influence des planètes sur le corps humain –, reprend en 1766 des notions déjà connues sur le magnétisme. Dès 1773, il commence des traitements en utilisant l’électricité, qu’il appelle magnétisme ou fluide animal. Pour éviter un scandale, il quitte Vienne en 1777 et s’installe à Paris afin de continuer ses traitements avec la protection du comte d’Artois et du duc de Chartres. Le fluide naturel du médecin est utilisé par des passes sur le corps. Il utilise aussi la technique de l’hypnose pour provoquer des transes. Pour soigner plus de patients, il invente la technique du baquet, mais – semble-t-il – seulement en 1780, deux ans après la scène décrite dans le roman.

Le succès est tel, qu’en 1784 le roi nomme des commissions de savants – Bailly, futur maire de Paris, Lavoisier, Franklin, de Jussieu – pour étudier ces techniques. Les avis sont partagés quant à leur efficacité.

En 1785, Mesmer quitte le royaume. Il meurt en 1815.

Meulière (Jacques)

Il est, dans L'Honneur de Sartine, l'amant de la Lofaque, qui reçoit souvent en même temps Tiburce Mauras pour qu'il assiste à leurs ébats.

 

Mezay (Julie)

Dans L’Inconnu du Pont Notre-Dame, Louis déclare à son père qu'il désire épouser Julie de Mezay. Le mariage se fera au cours de l'été 1686, avec l'assentiment du roi.

Les Mezay sont une famille noble de lointaine origine parlementaire. Elle « avait peu à peu vécu noblement et, génération après génération, la carrière des armes avait permis à ses représentants de sortir de la robe et d’intégrer complètement la noblesse ». Le père est « un vieux gentilhomme aux cheveux blancs, au visage altier, dont le hâle dénotait la vie campagnarde. » Le comte, veuf, vit en effet sur ses terres, près de Saumur. Cet ancien maréchal de camp est très courtois dans ses rapports avec Nicolas et semble imprégné des idées des Lumières.

Julie de Mezay est très belle :

« une chevelure châtain qui mêlait nattes et boucles encadrait un ovale parfait égayé par des yeux vert d’eau que rehaussaient des sourcils bien dessinés d’un ton plus foncé que la coiffure. La bouche d’un beau dessin s’ouvrait sur des dents parfaites. Pour le peu qu’il en jugea, elle manifestait une noble aisance dans ses propos, une politesse réservée, de la décence dans le maintien et beaucoup de convenance dans les égards. »

Son éducation, qui lui a accordé beaucoup de liberté, pourrait faire d'elle une femme des Lumières..

Missery (Jean)

Jean Missery – que l'auteur prénomme aussi curieusement Léon, ou Charles – fait office de maître d’hôtel chez le duc de la Vrillière depuis 1759. Ayant succédé à son père dans cette charge, il veille à « tout se qui regarde la dépense générale » de l'hôtel Saint-Florentin. Il a épousé la plus jeune des filles Duchamplan mais celle-ci est morte en couches depuis deux ans lorsque commence l'intrigue du Crime de l'hôtel Saint-Florentin. Après la mort de sa femme – dont il a hérité –, il a eu une vie sentimentale plutôt agitée avec de nombreuses domestiques, pratiquant un droit de cuissage ancillaire sur la domesticité féminine, et ce, à grand renfort d’Aphrodisiaque des Sultanes et de pastilles à la cantharide. Il a aussi généreusement arrondi ses fins de mois par le trafic des bouts de chandelles. Il semble cependant être réellement tombé amoureux de Marguerite Pindron.

Montbarrey (prince de) et Mlle Renard

Alexandre Marie Léonor de Saint-Mauris, comte, puis prince de Montbarrey naquit en 1732 à Besançon. Après une brillante carrière militaire, il fut favorablement accueilli à la cour après la paix de 1763 et nommé en 1776 adjoint au comte de Saint-Germain, ministre de la guerre, fonction qu’il occupa lui-même en 1778.

Bien que protégé par Maurepas, son parent, il dut quitter ce poste en octobre 1780 en raison des malversations opérées par sa maîtresse, Mlle Renard, danseuse à l’Opéra qui filtrait ceux qui voulaient approcher son amant pour obtenir une promotion. Moyennant finances, elle promettait d’intervenir auprès du prince. Le sort tourna à son désavantage le jour où un officier général, briguant une inscription dans la promotion des premiers Cordons Rouges mais rayé de la liste par Louis XVI, voulut récupérer sa mise de fond – de 50 000 livres – auprès de Mlle Renard. La courtisane refusa, arguant qu’elle l’avait bien proposé à son amant, que celui-ci l’avait bien inscrit sur la liste, mais qu’elle n’était pas en revanche responsable des décisions du roi. Dans L'Honneur de Sartine, Sartine raconte le scandale que cette affaire provoqua à la cour, scandale relaté par ailleurs dans les Mémoires secrets de Bachaumont, à la date du 29 octobre 1780.

L’officier alla se plaindre à Maurepas. Convoqué, le prince de Montbarrey fut obligé d’exiler Mlle Renard, qui partit à Bruxelles. Cela ne le sauva cependant pas et lui-même fut contraint à la démission, d’autant que sa gestion du budget militaire était fort critiquée par Necker. En 1789, il se retira dans son château près de Besançon, puis émigra en 1791. Il mourut dans la misère à Constance en 1796.

Quant à Mlle Renard, revenue à Paris, elle était en 1787 la maîtresse du fils de Sartine, riche entrepreneur parisien, jusqu’à ce qu’une autre courtisane prenne sa place (cf. Mémoires secrets, le 9 février 1787).

Morel (la mère)

Le personnage apparaît régulièrement dans la série depuis L’Homme au ventre de plomb, la seconde enquête romancée de Nicolas Le Floch, en 1761.

La mère Morel y est présentée comme une tripière établie rue des Boucheries Saint-Germain, dans une « petite auberge aux vieilles tables usées et tailladées de coups de couteau », à proximité de l'un des lieux de l’enquête, à savoir l’église des Carmes.

L'amitié de la mère Morel pour Nicolas et Bourdeau, qu'elle appelle ses « gamins », est réelle même si elle sait avoir besoin de protecteurs puisqu’elle sert clandestinement des abats de porc « au mépris des règlements de police et des privilèges reconnus des charcutiers ». Dans ce roman, elle refuse cependant de leur servir du vin car la vente en est réservée, par privilèges, aux seuls marchands de vin.

le personnage revient dans Le Cadavre anglais, enquête datée de 1777. Ses articulations sont alors « grippées par l’éternel va-et-vient du service ». Elle a beaucoup changé : « À vrai dire elle se traîn[e], vieillie et voûtée ». Juchée sur une chaise à roulettes devant son potager, elle dirige « sa maison de la voix et du geste ». C'est une jolie servante, « vive et enjouée », qui sert en salle. Malgré une longue absence que la mère Morel souligne, elle sert maintenant aux policiers, sous l’appellation d’eau claire, du vin dont Bourdeau abuse un peu.

En 1782, dans L’Enquête russe, Nicolas et Bourdeau fréquentent toujours le tripot de la mère Morel aux Boucheries Saint-Germain. La mère Morel a encore beaucoup vieilli et s’appuie désormais sur deux cannes :

« Elle n’en dirigeait pas moins sa maison avec son autorité habituelle, toute voûtée et cabossée qu’elle était. »

Dans L’Inconnu du Pont Notre-Dame, en 1786, Nicolas et Bourdeau reviennent manger chez la mère Morel qu’ils trouvent vieillie : « La pauvre vieille, elle décline de plus en plus. La mère Morel, petit tas recroquevillé dans son fauteuil roulant, trônait juchée sur une sorte de plateforme. De là, elle dirigeait le service. »

La comtesse de La Motte de Saint Rémy de Valois

Jeanne de Valois-Saint-Rémy est née le 22 juillet 1756 en Champagne dans une famille noble déchue et misérable, descendant d’un bâtard d’Henri II  et de Nicole de Savigny, sa maîtresse. Dans L'Année du volcan, La Borde retrace son histoire :

« Sa généalogie a été jugée authentique par le juge d’armes de la noblesse d’Hozier de Sérigny et par l’érudit Chérin, généalogiste des ordres du roi. C’est la marquise de Boulainvilliers, femme du prévôt de Paris, qui l’a recueillie, dans le ruisseau où elle demandait la charité. Elle a reçu depuis aide et appui du prince Louis, cardinal de Rohan, grand aumônier de France ! C’est par lui qu’elle a connu notre grand homme, Cagliostro. »

En 1780, Jeanne épouse le fils d’une famille de la petite noblesse de Champagne, Antoine-Nicolas de la Motte. Ils usurpent le titre de comte et de comtesse de la Motte-Valois. Trois ans plus tard, Nicolas fait sa connaissance chez La Borde, qui la reçoit en tant qu'amie de Cagliostro :

« La comtesse appartenait à l’espèce menue, gracieuse et vive. Cela frappait dès l’abord. Son visage éclatant de blancheur, éclairé d’yeux bleus vifs et mouvants, ne celait guère ses impressions. Sous la fine chevelure châtain sans poudre, l’ensemble était accentué par la courbure mouvante des sourcils. Un fard habile et discret ne parvenait pas à masquer une bouche trop large qui s’ouvrait pourtant sur des dents parfaites. Elle parlait d’une voix douce et insinuante. Il semblait qu’elle eût acquis depuis, en dépit de son enfance misérable, un ton aristocratique, un maintien distingué et une capacité assurée d’adoption des rites de sa caste. »

Comme dans le roman, la comtesse de La Motte a cherché des appuis pour être présentée à la reine. C’est en 1783 qu’elle devient proche du cardinal de Rohan à qui elle fait croire qu’elle est de l'entourage de la reine. C’est ce qui donne naissance à l’affaire du collier en 1784-1785 (voir Charles Boehmer) : Mme de la Motte, son mari et son amant organisent une escroquerie en faisant croire que la reine — en réalité une prostituée, sosie de la reine — donne son assentiment pour l’achat du collier par le cardinal de Rohan. Le collier acheté, les diamants sont vendus par le comte de la Motte. Les acteurs de l’escroquerie sont arrêtés, à l’exception du mari qui s’enfuit à Londres. En 1786, le procès public se retourne contre la reine : le cardinal de Rohan et la prostituée sont acquittés ; Cagliostro reconnu coupable est exilé et la comtesse de la Motte condamnée à la prison à perpétuité. Dans L’Inconnu du Pont Notre-Dame, le 21 juin 1786, à la demande du lieutenant général de police, Nicolas, en tant que magistrat, participe à l’application du verdict en ce qui concerne Mme de la Motte. Elle arrive dans la cour du Mai du Parlement, « vêtue d’un déshabillé de soie rayée blanc et brun et d’un casaquin de tissu décoré de roses ». Sanson est en habit rouge de bourreau. La scène est longuement décrite dans le roman :

« Le greffier du Parlement lui intima de s’agenouiller pendant la lecture de l’arrêt. Il parut à Nicolas qu’elle n’avait pas encore été informée du verdict la concernant. Comprenant soudain l’horreur du moment, elle se mit à débiter des injures, déchirer ses vêtements, s’agita furieusement et tenta de mordre ses bourreaux. Un coup de pied dans le jarret suffit à la mettre à genoux. Aux mots de « fouettée » et « marquée », elle hurla de plus belle.

— C’est le sang des Valois que vous traitez ainsi !

Elle poussait des cris si perçants qu’ils retentissaient dans tout le Parlement. Elle vomissait d’obscènes injures contre Rohan et surtout contre la reine, assurant que si elle avait avoué certaines choses, elle ne serait pas là. Elle voulait avoir la tête tranchée. Les aides de Sanson furent contraints de couper ses vêtements et jusqu’à sa chemise, offrant ainsi un spectacle des plus indécents. On lui mit la corde au cou et les coups de verge s’abattirent sur ses épaules. Nicolas eut l’impression que Sanson n’insistait pas dans l’application de ce châtiment qui demeura ainsi quasi symbolique. Le pire allait venir sans possibilité d’échappatoire. La condamnée se roulait sur le sol dans de terribles convulsions qui ne permirent pas au bourreau, le fer rouge à la main, de faire son office. À la fin, la Motte fut maintenue couchée à plat ventre sur les dalles de la cour, son jupon retroussé. Un garnement, qui s’était hissé le long des barreaux et s’accrochait aux écussons fleurdelisés, lançait de grasses injures. La lettre V s’imprima sur son épaule et la chair blanche fuma sous le fer rouge. Il fallait encore marquer l’autre épaule. La petite comtesse était entrée dans une atroce convulsion, ses yeux injectés de sang semblaient jaillir hors des orbites. Comme elle continuait à se contorsionner, la lettre fut appliquée, non sur l’épaule, mais sur le sein. Jeanne de Valois rua comme une bête frappée à mort et, dans un dernier soubresaut, réussit à mordre l’un des bourreaux. »

Elle s’échappe et rejoint Londres où elle publie de faux Mémoires. En août 1789, Nicolas de la Motte revient à Paris et n’est pas inquiété. Sa femme meurt défenestrée à Londres en 1791.