La Borde (Jean-Benjamin de)

Fils du banquier Jean-François de La Borde, seigneur d’Ibos et de Mémillon et fermier général en 1737, Jean-Benjamin de La Borde était destiné à entrer dans le monde de la finance. À vingt-cinq ans, il y est du reste engagé puisqu'il est receveur général des finances, adjoint de son père, puis fermier général en 1761. Une lointaine parenté avec la marquise de Pompadour oriente cependant différemment sa carrière en 1762, date à laquelle la favorite du roi l'introduit à la cour comme premier valet de chambre du roi.

Lorsqu'en février 1761, Nicolas le rencontre pour la première fois chez M. de Noblecourt, un ami de son père, La Borde occupe déjà – par anticipation – la fonction prestigieuse de premier valet de la chambre du roi :

« En tant que l’un des quatre premiers valets de chambre du roi, il avait toute autorité sur l’ensemble du service intérieur, et surtout l’incomparable privilège d’une continuelle intimité avec sa majesté. En service, il dormait au pied même du lit royal. Il faisait d’ailleurs figure de favori, passait pour fortuné, et participait aux soupers intimes des petits appartements. » (L'Énigme des Blancs-Manteaux)

Nicolas est alors frappé par sa jeunesse : en effet, né à Paris le 5 septembre 1734, La Borde n'a pas encore vingt-sept ans et jouit d'une existence de célibataire heureux, disposant, par faveur du roi, d’un petit appartement à Versailles, appartement qu’il prête à Nicolas :

« Les premiers valets de chambre du roi avaient autorité sur tout le service intérieur du palais et disposaient pour eux-mêmes d’une nombreuse domesticité : cuisinier, maître d’hôtel, laquais et cocher. Ils pouvaient manger sur le service du roi, toujours trop abondant et dont la desserte était redistribuée. » (L'Homme au ventre de plomb)

Il défraie la chronique par une vie dissipée. Il est, entre autres, l'amant de Marie-Madeleine Guimard, danseuse à l'Opéra. Il fréquente assidûment la petite maison de Pantin : c'est là – et non dans le pavillon de la Chaussée d'Antin – qu'il déclame en septembre 1770 le petit compliment qu'on peut lire dans Le Fantôme de la rue Royale. Le prince de Soubise, qui lui dispute sa maîtresse, l'expulse avec fracas de chez elle le 11 juin 1773 :

À force de rechercher les causes de ce procédé, [les gens] ont trouvé que le Sr. la Borde avait donné ce qu'on appelle en leur langage une galanterie à la demoiselle Guimard ; que celle-ci l'avait procurée au maréchal prince de Soubise ; le maréchal à madame la comtesse de l'Hôpital ; et la comtesse à... Ici se perd cette généalogie. (Mémoires secrets, 20 juin 1773)

Cependant, de ces amours est née en 1763 une fille, que La Borde a légitimée en 1770, ainsi qu'il le confie à Nicolas dans L'Affaire Nicolas Le Floch.

Mélomane, La Borde est aussi un musicien connu, sinon célèbre : il joue du violon et compose de la musique. Il met en scène plusieurs opéras et met en musique des chansons de Voltaire, de Jean-Baptiste Rousseau, de Dorat et de Moncrif. En 1771, les Mémoires secrets de Bachaumont se font cependant l'écho d'une épigramme qui mettait en cause ses talents musicaux :

Après Rameau paraît la Borde.
Quel compagnon ! miséricorde !
Laissez notre oreille en repos :
De vos talents faites-nous grâce ;
De la Guimard allez compter les os,
Monsieur l'auteur, on vous le passe.

Trop lié dans l'esprit de Louis XVI au règne des favorites, il tombe en disgrâce à la mort de Louis XV. Voici ce qu'on peut lire, à la date du 14 mai 1774, dans les Mémoires secrets de Bachaumont :

Le sieur de la Borde, un des premiers valets-de-chambre du feu roi, homme de mœurs fort dissolues, et le complaisant de madame Dubarri, a été renvoyé, ou plutôt chassé ; c'est le terme dont se servent les courtisans pour marquer le mépris du roi envers lui [...].

Il réoriente alors sa carrière vers les finances et la ferme générale. En septembre 1774, ainsi que le mentionne Le Crime de l'hôtel Saint-Florentin, il s’achète « une conduite après une vie de légèreté et de dissipation » en épousant Adélaïde-Suzanne de Vismes, de dix-neuf ans sa cadette et dont il a un fils, Auguste Delaborde, né en septembre 1775. Depuis son mariage, La Borde habite place du Carrousel. Sa femme, malade des nerfs, est l’objet de ses soins attentifs. La Borde semble du reste satisfait de sa nouvelle condition puisqu'il compose, en 1784, un recueil de poèmes intitulé Recueil de quelques vers, dédié à Adélaïde, par le plus heureux des époux (Paris, Didot, 1784).

De plus, grâce à sa femme, il retrouve les faveurs de la famille royale, comme le soulignent les Mémoires secrets, à la date du 13 décembre 1780 :

Madame de la Borde, de Vismes en son nom, sœur de l'ex-directeur de l'opéra et femme de l'ancien valet-de-chambre du roi, a plu tellement à la reine que, non contente de se l'être attachée comme lectrice, elle a fait créer en sa faveur une charge de dame de lit, dont les fonctions sont d'ouvrir et de fermer les rideaux de S. M. et de coucher au pied de son lit, quand elle le jugera à propos. Cette dame, qui est instruite, a beaucoup d'esprit, et, sans être jolie, a une figure piquante, donne de la jalousie à la duchesse de Polignac, qui craint d'être supplantée par elle dans les bonnes grâces de sa maîtresse. (Mémoires secrets)

L'Honneur de Sartine, dont l'intrigue se déroule en 1780, mentionne d'ailleurs cette promotion de Mme de Laborde. Le roman évoque aussi l'appartenance probable de La Borde à une loge maçonnique :

À bien y réfléchir, il lui apparut vraisemblable que son vieil ami pût appartenir à l'une de ces loges de maçons qui se multipliaient. Dans tous les ordres de la société beaucoup d'esprits éclairés, et non des moindres, participaient à leurs travaux. M. de Sartine était réputé investi d'une dignité dans l'un de ces cercles de réflexion. Aucun doute ne subsistait quant à l'appartenance de M. de La Borde et même de sa femme à l'une des obédiences parisiennes. Le fermier général avait même tenu une réunion de loge en Provence, à l'occasion de la foire de Beaucaire. Son ancienne maîtresse, la Guimard, avait été initiée dans l'Ordre des Chevaliers et Nymphes de la Rose, société licencieuse créée par un proche du duc de Chartres, lui-même grand maître du Grand Orient. Il est vrai que les rapports de police révélaient que cette société sans rapport avec la maçonnerie avait pour seul but d'organiser les débauches du prince. Restait qu'il suffisait de mettre bout à bout certains propos tenus par Noblecourt sur l'éducation, les abus du temps ou l'économie pour relier des thèmes communs au Tao et aux sociétés de maçons.

Un passage des mémoires de Charles Edme Gauthier de Brecy, né en 1753, confirme la réunion en Provence :

Sous le commissaire du roi M. de la Borde , indépendamment des plaisirs et amusements ordinaires, ce fermier général, valet de chambre de Louis XVI [sic], était très amateur de franc-maçonnerie. Il voulut absolument tenir et ouvrir une loge ; il me confia son projet. Il savait que j'étais moi-même zélé franc maçon ; il m'invita à trouver les moyens de faire préparer, dans une des dépendances de l'hôtel des fermes, un local pour y tenir loge de francs-maçons, et en même temps loge d'adoption, laquelle serait tenue par son épouse, qui était grande-maîtresse. M. de la Borde ajouta qu'il paierait tous les frais nécessaires pour cette agréable fantaisie de son épouse et de lui-même. (Charles Edme Gauthier de Brecy, Mémoires véridiques et ingénus de la vie privée, morale et politique d'un homme de bien, écrits par lui-même dans la 8le année de son âge, Paris, Imprimerie de Giraudet, 1834, p. 116)

Dans L'Année du volcan, Besenval confirme du reste à Nicolas que La Borde est franc-maçon.

Quant à Mme La Borde, elle a séduit la reine qui, après se l’être attachée comme lectrice, a créé en sa faveur la charge nouvelle de dame de lit, consistant à ouvrir et fermer les rideaux et à dormir au pied de la couche royale, ce qui suscite la jalousie des Polignac, toujours attentifs aux affections de la reine. Cette faveur permet le retour en grâce de Benjamin de La Borde, longtemps tenu à distance parce qu'il était réputé avoir fait partie du cercle de la dernière maîtresse de Louis XV.

La Borde est par ailleurs « l’amateur le plus éclairé » en France des pièces de porcelaine et des laques chinoises qui décorent son grand salon. Il ne compose plus mais publie en 1780 un ouvrage monumental sur la musique, l'Essai sur la musique ancienne et moderne. Quant à ses autres centres d'intérêt, ce sont toujours les arts et les lettres, ce que souligne Le Cadavre anglais :

« Les activités de fermier général de M. de La Borde, largement déléguées aux mains de commis fidèles, lui laissaient des loisirs étendus. Ayant promptement restauré l’état de ses finances, il poursuivait ses fantaisies d’amateur éclairé en géographie, chinoiseries et chansons légères. »

La Révolution vient bouleverser cette vie de dilettante. La Borde se réfugie en Normandie mais, ancien fermier général, il est guillotiné à Paris le 22 juillet 1794.

Lachère

Lachère est, dans L’Enquête russe, l’hôtelier de l’hôtel Vauban, rue de Richelieu, hôtel qui appartient à sa famille et où est assassiné le comte de Rovski. Le personnage, qui a succédé très jeune à son père, est décrit comme « un petit magot engoncé dans un habit grenat, poudré à frimas, son triple menton noyé dans une cravate de batiste serrée à l’excès. Il semblait ne pas tenir en place et sautillait d’un pied sur l’autre. Il avait d’évidence beaucoup de choses à dire. »

Si Lachère est un perronnage fictif, l'hôtel est quant à lui un authentique hôtel du XVIIIe siècle.

Lambroie (Jacques)

C'est l'un des serruriers de la Cour du Dragon dans L’Année du volcan. C’est un homme corpulent, tête chauve, le corps protégé par un tablier de cuir, qui accueille Nicolas et Bourdeau dans son atelier, lequel est « un invraisemblable capharnaüm » :

« D’un côté s’accumulaient, en amoncellements successifs, toutes sortes de débris, morceaux, pièces, de l’autre, plus ou moins disposés dans des casiers de bois, s’entassaient crampons, boulons, ustensiles de ménage en fer, loquets, gonds, pivots et verrous. Au fond trônait une forge éteinte et son soufflet. »

Dans sa cave, il cache une machine de frappe à balancier qui sert à graver les monnaies : « Elle possède un corps de balancier muni à chacune de ses extrémités de pesantes boules de plomb qui fournissent la force du coup qui marque les pièces. » Nicolas fait jeter Lambroie dans l’un des cachots les plus sinistres du Grand Châtelet. Puis par lettre de cachet, il l’envoie à la Bastille.

Lamballe (princesse de)

Dans L’inconnu du Pont Notre-Dame, Nicolas, en juin 1786, croise la reine et un petit groupe dont la princesse de Lamballe dans les jardins de Versailles :

« Nicolas allait sortir des jardins pour gagner le grand vestibule quand il se trouva face à un petit groupe constitué par la reine, le duc de Penthièvre et sa belle-fille, la princesse de Lamballe. Il ôta son chapeau et les salua en cérémonie. »

Marie-Thérèse Louise de Savoie , princesse de Lamballe, est dite aussi « Mademoiselle de Carignan » ou « Madame de Lamballe ». Elle est née à Turin le 8 septembre 1749. En 1767, elle épousa Louis-Alexandre de Bourbon, prince de Lamballe et fils du duc de Penthièvre. Le prince était un dévergondé et son père pensait l’assagir en lui donnant une épouse vertueuse. Son époux décédant d’une maladie vénérienne, la princesse fut veuve dès l'année suivante, à l'âge de 19 ans. Elle était l'amie de la dauphine Marie-Antoinette qui, devenue reine, la nomma surintendante de sa maison. Mais trop sérieuse, elle ennuie la reine. La princesse et le duc de Penthièvre, son beau-père, étaient très actifs dans diverses œuvres pieuses et charitables.

Elle entra dans la franc-maçonnerie, devenant membre de la loge féminine « la Candeur » le 12 février 1777. Elle s'intéressait au mouvement des Lumières, à l'Encyclopédie, à la condition des femmes et à l'amitié féminine. Le 10 janvier 1781, elle fut élue grande maîtresse de la « Mère Loge Écossaise ». En 1789, la Révolution grondait et la reine se fit plus sage et se rapprocha à nouveau de la princesse. En octobre 1789, la famille royale étant ramenée à Paris, Mme de Lamballe la suivit dans sa nouvelle résidence, le palais des Tuileries. Quand, en juin 1791, la famille royale tenta de fuir, la princesse gagna Londres. Elle écrivait alors à la reine et revint aux Tuileries à la fin 1791. Le 10 août 1792, la foule envahit le palais et la princesse suivit la famille royale qui se réfugia à l’Assemblée législative. La princesse accompagna la famille royale emprisonnée au donjon du Temple le 12 août. Le 19, elle fut conduite à la prison de la Force et le 3 septembre, elle faisait partie des victimes des massacres de prisonniers issus des prisons parisiennes.

Langrémont (famille)

Yves de Langrémont

Yves de Langrémont est le fils d'un noble originaire du diocèse d’Auch, Jean de Langrémont. Son père ayant été traduit en conseil de guerre et exécuté pour lâcheté devant l'ennemi, sa mère est morte de chagrin alors qu'il avait vingt-cinq ans. Il est alors pris en charge par l'un de ses professeurs, un Jésuite, qui lui inculque l'idée que le régicide peut être légitime. Par ailleurs, un ami de son père lui apporte les preuves que Jean de Langrémont a été exécuté parce qu'il a dénoncé les malversations du comte de Ruissec. Cet ami lui lègue en outre un coquet héritage, qu'il décide d'utiliser pour venger son père. Cette vengeance vise non seulement le comte mais aussi le roi, qui a laissé faire.

Il vient donc à Paris pour se rapprocher des Ruissec. Il débauche leur valet de chambre contre un dédommagement appréciable et prend sa place sous le nom de Lambert. Il sait se rendre indispensable aux yeux du comte et feint d'entrer dans le complot que celui-ci ourdit, alors qu'il en tire toutes les ficelles. Cependant, il n'est pas directement responsable de la mort du jeune vicomte de Ruissec qui, ayant intercepté un billet destiné à Truche de La Chaux, s'est rendu masqué au rendez-vous fixé. Yves de Langrémont, alias Lambert, tue aussi la comtesse parce qu'elle en sait trop. Il accomplit sa vengeance en assassinant le comte de Ruissec dans une cabane de fontenier, à Versailles, mais le comte le blesse mortellement et il meurt après avoir témoigné.

Mlle de Langrémont

Sa sœur cadette n'a pas, quant à elle, supporté d'être réduite à la misère par la mort de leurs parents. Elle est arrivée toute jeune à Paris avec une troupe de Bohémiens. Elle a d’abord mendié, avant de se prostituer. Devenue comédienne à la Comédie Italienne sous le nom de Mlle Bichelière, elle a trouvé des protecteurs. Elle a été entretenue par le vicomte de Ruissec qu’elle a ruiné. Elle se dit fort en colère qu'il l’ait abandonnée pour se fiancer à une certaine Mlle de Sauveté, riche et noble. Le mariage a été arrangé par les notaires des deux familles. Un héritage aurait assis la fortune d'Armande de Sauveté, qui se dit originaire d’Auch. Elle vit seule sans domestiques dans une petite maison à Versailles. Elle a les yeux fragiles et porte en conséquence des lunettes fumées. Or Armande de Sauveté, qui dissimule avec tant de soin son visage, n'est autre que Mlle de Langrémont, alias la Bichelière, qui n'a pas accepté de quitter son mode de vie mais a consenti à aider son frère dans son projet de vengeance. Parfois cependant, c'est Yves de Langrémont lui-même qui prend l'apparence d'Armande de Sauveté.

Lardin

C’est l'un des personnages du premier roman de la série, L’énigme de la rue des Blancs-Manteaux. C’est d’ailleurs sa disparition qui entraîne la première enquête de Nicolas.

Guillaume Lardin est un commissaire au Châtelet. Il est chargé en 1759, par Sartine, de former le jeune Nicolas Le Floch qui arrive de Nantes. Il doit aussi héberger rue des Blancs-Manteaux celui à qui il va apprendre tous les aspects du métier de policier. N'était la présence de Catherine Gauss, la cuisinière des Lardin, le séjour chez les Lardin n'est guère agréable pour Nicolas car Mme Lardin se moque de son allure provinciale. Le commissaire complète la formation du jeune homme en l'envoyant étudier le droit chez M. de Noblecourt, un ancien procureur du roi.

Or Sartine demande à Nicolas de surveiller Lardin car ce dernier, qui est chargé de la police des mœurs, a été attiré par le commissaire Camusot dans les salles de jeux. Il y est devenu un joueur invétéré et y a perdu beaucoup d’argent. Pour se renflouer, il cherche à disparaître et à monnayer des lettres de la favorite, Mme de Pompadour, lettres que Nicolas a pour mission de retrouver.

Lardin, d’un premier lit, a une fille, Marie, qui est devenue le souffre-douleur de sa marâtre, Louise.

Cette dernière, orpheline à l’âge de quatorze ans et placée chez une modiste par son cousin Descart, qui a détourné son héritage, a été contrainte de céder aux clients. C'est ainsi qu'elle est devenue une prostituée du Dauphin couronné, avant que Lardin ne l'épouse. Loin de lui en être reconnaissante, elle a un amant, Mauval, adjoint du commissaire Camusot. Le couple décide de supprimer le commissaire et de récupérer les lettres. Il n'hésite pas non plus à vendre Marie à la Paulet.

Lastérieux (Julie de)

Nicolas rencontre Julie de Lastérieux en février 1773 lors d’un souper chez Balbastre (Affaire Nicolas Le Floch). La salonnière, jolie et cultivée, devient la maîtresse de Nicolas. Cette rencontre a en fait été arrangée car elle est indicatrice de police au service de Sartine, qui la soumet à un chantage, comme il soumettra plus tard Antoinette Godelet. La jeune femme est en effet la veuve d'un secrétaire du Roi qui, reconnu coupable de faux en écritures et de détournements de fonds, s'est donné la mort aux Antilles, alors que la version officielle le donne victime des fièvres.

Julie de Lastérieux « avait épousé fort jeune, après avoir quitté le couvent, un intendant de marine beaucoup plus âgé qu’elle, ordonnateur en Guadeloupe. Une charge de secrétaire du roi en ses conseils avait anobli M. de Lastérieux qui avait eu la bonne manière de mourir presque aussitôt arrivé aux îles. Sa veuve bénéficia par héritage d’une grande aisance et rejoignit Paris en compagnie de ses serviteurs noirs. » (L'Affaire Nicolas Le Floch)

En fait, les malversations du mari auraient dû aboutir à une saisie de tous ses biens. Or Julie en récupère une partie après avoir accepté de recevoir dans ses salons des personnes à surveiller, devenant ainsi une "mouche" de Sartine. Elle est présentée comme une mondaine un peu hautaine et superficielle. De l'aveu de Nicolas, elle se montre souvent rude avec Casimir et Julia, ses serviteurs noirs. Elle n’apprécie pas non plus les amis de Nicolas, à l’exception de M. de La Borde. Fascinée par le titre de marquis que Nicolas refuse de porter, elle voudrait du reste être présentée à la cour.

Elle est empoisonnée dans la nuit du 6 au 7 janvier 1774, victime d'une machination de Müvala, frère de Mauval, que Nicolas avait été contraint de tuer à l'issue de L'Énigme des Blancs-Manteaux, en février 1761. Tous les soupçons pèsent en effet sur Nicolas. Balbastre qui semble haïr le commissaire l’accuse, dans une lettre à Sartine, d’être le meurtrier. Présenté comme une vengeance personnelle, le meurtre est sans doute également commis à des fins politiques : Nicolas suspecté, c'est son supérieur Sartine qui est visé et, au-delà, Choiseul, puisque Sartine appartient à son camp.

Lastire (Le chevalier de)

Voir Hénéfiance.

Le Bœuf (Charles)

C’est un personnage romanesque de La Pyramide de glace. Il est « architecte et maître d’œuvre, il trace des plans, établit les devis, achète les matériaux, passe les marchés, surveille les travaux et paie les ouvriers. De surcroît, il est un des maîtres de la Chambre des Bâtiments. » Il a fort mauvaise réputation et trompe ses clients. Il est aussi soupçonné d’être corrompu et affairiste mais les plaintes contre lui n’aboutissent pas.

Il est très proche du président de Vainal pour lequel il a entrepris des travaux mais aussi du duc de Chartres. Il est d’ailleurs chargé par ce dernier de travaux au Palais-Royal et au couvent de Bellechasse. Il participe aussi, avec sa femme sosie de la reine, aux fêtes du duc à Monceau et à Bel Air.

Persuadé d’avoir tué sa femme lors d’une de ces soirées, il est manipulé par le président de Vainal. Il refuse de compromettre le duc de Chartres pendant ses interrogatoires par Nicolas. Après la mort du président de Vainal, le véritable assassin, il est condamné à l’exil.

Jeanne Le Bœuf

Elle est l’épouse de Charles Le Bœuf. Son cadavre est découvert dans la pyramide de glace. Sa ressemblance avec la reine lui assure ses entrées au Palais Royal et dans les soirées organisées par le duc de Chartres. Son mari l’accompagne dans ces fêtes débridées.

Ils demeurent rue des Ciseaux, près de la prison de l’Abbaye, dans un appartement au premier étage d’une vieille maison de bonne apparence.

Elle est assassinée par Philippe de Vainal, amoureux jaloux et repoussé par elle.

Le Fèvre d’Ormesson

Henri IV François de Paule Le Fèvre, marquis d'Ormesson est né le 8 mai 1751 à Paris, dans une vieille famille de la noblesse de robe, anoblie au XVIsiècle. Comme son père à qui il succède, il est conseiller d’État et intendant des finances. Il est aussi administrateur de Saint-Cyr, où il est remarqué par Louis XVI. Il est nommé contrôleur général des finances par le roi le 29 mars 1783, nomination que, dans un premier temps, il a refusée. Le jugement que Nicolas porte sur lui dans L'Année du volcan lui est très favorable :

« L’homme ne disposait ni de la grâce, ni de la facilité, ni de l’aisance des manières que l’on souhaite à la cour, mais [...] il était réputé pour son labeur et une probité intacte. »

Quand Nicolas le rencontre en juillet 1783, c'est un homme malingre dont la figure est figée et la voix désagréable. Il est encore jeune. Honnête mais inexpérimenté, il heurte une partie de la cour par son absence de sens politique. Pour renflouer les caisses, il lance un emprunt à loterie en avril 1783 : seuls quelques prêteurs obtiendront un intérêt élevé. Mais comme l’indique le roman L’Année du volcan, entre juillet et septembre 1783, il doit pallier une crise des paiements de la Caisse d’escompte, ordonner le cours forcé des billets et interdire l’exportation de pièces de monnaies. En octobre 1783, il lance un nouvel emprunt et s’oppose aux fermiers généraux ainsi qu’aux frères du roi. Il est renvoyé le 1er novembre 1783. Il reste conseiller d’état et directeur de Saint-Cyr. Populaire à Paris, il n’est pas inquiété au début de la révolution. Il est même élu maire en novembre 1792, élection qu’il refuse par crainte. Il est arrêté en décembre 1793 et emprisonné de mars à octobre 1794. Il est mort le 12 avril 1808 à Paris.

Leguay (Nicole), alias baronne d’Oliva

Comme elle le dit dans le Mémoire pour la demoiselle Le Guay d'Oliva, fille mineure, émancipée d'âge, accusée, contre M. le procureur général (Simon & Nyon, Imprimeurs du Parlement, Paris, 1786), Nicole Leguay est née à Paris le 1er février 1761. Orpheline de père et de mère, elle a été trompée par ceux qui devaient être les dépositaires de sa petite fortune et contrainte à la prostitution. Elle logeait dans le petit hôtel de Lambesc, rue du Jour.

Nicole Legay est célèbre pour le rôle qu'elle a joué dans l’affaire du collier de la reine.

Comme le signale La Pyramide de glace, elle participait aux parties du duc de Chartres à Monceau. Au Palais-Royal, elle était célèbre pour sa ressemblance avec la reine. Cagliostro, qui avait été frappé par cette ressemblance, l'avait recommandée à Mme de la Motte. Celle-ci demanda à la jeune femme de se faire passer pour la reine auprès d'un ami, en échange d'une forte somme (15 000 livres). Le 11 août 1784, à 11h du soir, dans un bosquet de Versailles, Nicole Leguay dupe donc le pseudo ami, à savoir le Cardinal de Rohan, en lui faisant croire qu’il est pardonné. Pour que l'illusion fût parfaite, Mme de la Motte avait vêtu Nicole Leguay, alias baronne d'Oliva, d'une robe à l’enfant qui, comme le dit Jean-François Parot, ressemblait fort à celle « portée par Marie-Antoinette dans un portrait de Mme Vigée-Lebrun exposé au dernier Salon ».

C’est à la suite de cette rencontre que le cardinal s’engagea à acheter le collier de la reine et le remit aux escrocs qu'étaient Mme de la Motte et son mari.

Elle fut arrêtée à Bruxelles et embastillée. En 1786, elle se présenta à la barre avec, dans les bras, le fils qu'elle avait eu pendant sa détention. Ému par la naïveté de la prostituée, le tribunal qui jugea l’affaire l’acquitta.

Dans La Pyramide de glace, la prostituée, qui exerce sous le nom de Madame de Signy ou d’Essigny, semble vouloir se libérer de cet emploi en promenant un enfant au Palais-Royal et en fabriquant des chapeaux dans sa chambre du petit hôtel de Lambesc, rue du Jour, quartier Saint-Eustache. Dans le roman, Nicolas la rencontre trois fois  : une première fois quand elle joue le rôle de Mme Le Bœuf, une deuxième fois lors de l’enquête et enfin, en sortant de Versailles, le 11 août 1784 - un clin d’œil à l’affaire du collier.

Lors de la deuxième rencontre, Nicolas est ému par la jeune fille, qui ressemble trait pour trait à la reine. Il se montre très sensible à ses charmes :

« Il fut dès l’abord frappé de son apparence. Cheveux blond cendré, gorge bien formée et des yeux d’un bleu de porcelaine, tout concourait à justifier les méprises. Il l’imaginait coiffée, maquillée, habillée et parée ; […] Son visage ouvert respirait la gentillesse, la simple modestie et, aussi, un peu de naïveté. »

Embauchée par Charles Le Bœuf, elle joue le rôle de la femme de l’architecte en faisant croire que celle-ci est toujours vivante.

Elle est morte dans un couvent, à Fontenay-sous-Bois, en 1789, à l'âge de 28 ans.


Le Noir (Jean-Charles-Pierre)

Né en 1732 d'un père magistrat, Jean-Charles-Pierre Le Noir occupe successivement les fonctions de conseiller au Châtelet de Paris (1752), de lieutenant particulier (1754), de lieutenant criminel au Châtelet de Paris (1759), de maître des requêtes (1765) et de président au Grand Conseil (1768).

Il est décrit en mai 1774 – juste avant qu'il ne succède à Sartine – par Nicolas Le Floch, à la fin de L’Affaire Nicolas Le Floch :

« C’était un homme de taille moyenne, corpulent sans excès mais dont la silhouette contrastait avec la minceur et la sécheresse de M. de Sartine. La face remplie et colorée, au nez busqué et aux lèvres gourmandes, paraissait éclairée par des yeux bruns fort doux. À bien y regarder, une asymétrie curieuse offrait, suivant le profil considéré, soit un visage bienveillant, soit une apparence plus sévère. L’œil gauche, enfoncé et immobile, semblait transpercer ses interlocuteurs. Des cheveux naturels coiffés dégageaient le front et retombaient de chaque côté en trois rangs de boucles. La parole était douce et contenue. »

Le 30 août 1774, il remplace Sartine comme lieutenant général de police de 1774. Il le sera jusqu'en 1785, exceptée une parenthèse d’un an après les émeutes de mai 1775, pendant laquelle il est remplacé par Albert (14 mai 1775 - 16 juin 1776).

Après son retour aux affaires, en juin 1776, Le Noir devient l’allié de Nicolas :

« Quittant l’hôtel de Gramont, il mesura sa chance de travailler sous les auspices d’un homme à la fois ferme et bienveillant et dont aucune action n’était dictée par l’âcreté du parvenu, car le seul service du roi l’animait. Veuf, il menait une vie paisible que le goût des livres éclairait. Son affection pour sa mère et pour sa fille emplissait de joies simples une existence rangée. » (Le Cadavre anglais)

Le 23 février 1777, il marie cette fille à Antoine François Alexandre Boula de Nanteuil – qui fut nommé intendant de Poitiers en 1784 et occupa cette fonction jusqu'à la Révolution – à Versailles, en présence de Louis XVI. L'événement est signalé dans Le Cadavre anglais, Le Noir ayant remis un faire-part à Nicolas.

En 1782, dans L'Enquête russe, Le Noir est admiré par Nicolas pour son autorité naturelle et son universelle mansuétude : « Pour ferme que fût son caractère, tout chez lui était exécuté avec mesure et là où il estimait la chose possible, il savait tempérer la rigueur de sa charge. » C’est un bon serviteur du roi et ses relations avec Nicolas relèvent de plus en plus de l'amitié.

Le 1er avril 1784, à la mort de Jérôme-Frédéric Bignon, il est invité par le roi à acheter la charge de directeur de la bibliothèque royale. En août 1785, il abandonne la charge de lieutenant général de police pour se consacrer au travail de bibliothécaire du roi. Dans L’Inconnu du Pont Notre-Dame, on apprend qu'il a été déchargé de ses fonctions de lieutenant général de police par Breteuil qui ne l’aime guère et que, proche de Calonne, il est peu aimé de la reine qui s’est détachée du contrôleur général après l’avoir apprécié. Nicolas le trouve « rajeuni, le visage plus plein ». on apprend aussi qu'il use de son influence au Parlement afin de gagner quelques suffrages supplémentaires au cardinal de Rohan, ce qui ranime l’animosité de la reine et de Breteuil.

Il démissionne en 1790 et, déclinant l'offre de son ami Sartine qui lui offre l'hospitalité en Espagne où lui-même s'est réfugié, il s’exile en Suisse, puis à Vienne, et enfin à Saint-Pétersbourg, où il est très apprécié. Il revient à Paris en 1802, sous le Consulat. Il est mort en 1807. Il a commencé à rédiger ses mémoires en exil et les a poursuivis après son retour en France en 1802. Ces mémoires dressent en fait un état de la police de l’Ancien Régime. Le manuscrit et les notes de ses secrétaires sont conservés à la bibliothèque municipale de la ville d'Orléans, qui les a numérisés et mis en ligne sur Internet.

Le Page

Ce maître arquebusier et fourbisseur, rue de Richelieu, a bien existé. Pierre, l’oncle, est mort en 1783 et Jean, son neveu, lui a succédé.

Le premier armurier, Louis Pigny, s’établit à Paris en 1716. Il cède son commerce au mari de sa nièce, Pierre Le Page, natif de Normandie, en 1743. Ce dernier s’installe en 1759 rue de Richelieu, « boutique somptueuse, tout de boiseries et de marbre » que visite Nicolas en 1784, dans La Pyramide de glace. Sa réputation lui permet de compter une clientèle aristocratique et devient arquebusier et fourbisseur de la maison d’Orléans. Jean Le Page, son neveu, est également né en Normandie, en 1746. Il a donc 38 ans quand Nicolas le rencontre. Pierre en fait son héritier et successeur en 1779, avant de mourir en 1783. La renommée de l’armurier en fait le fournisseur du roi Louis XVI, mais aussi des révolutionnaires et plus tard du Consulat et de l’Empire. La famille dirige l’armurerie jusqu’au début du XXe siècle.

Le Prévôt de Beaumont (Jean-Charles-Guillaume)

Jean Charles Guillaume Le Prévôt est né en Normandie à Beaumont-le-Roger le 24 novembre 1726. En tant que secrétaire du clergé de France, il a dans les mains des documents qui lui font penser à un pacte de famine destiné à renchérir le prix du blé, au profit essentiellement d'un certain Malisset, ancien boulanger. Le pacte impliquait selon lui, pour une durée de douze ans, outre Malisset, le contrôleur général de Laverdy et quatre de ses intendants des finances – Trudaine de Montigny, Boutin, Langloais, Boulongne –, sous la protection de Sartine.

Persuadé que le roi cherchait à s’accaparer du blé, il dénonce en 1768 ce pacte – dit "de Laverdy" – au Parlement de Rouen, alors que l'intention du contrôleur général Laverdy était sans doute de créer un stock permanent de réserves. Comme il attaque Choiseul et Sartine, Le Prévôt de Beaumont est aussitôt conduit successivement à Charenton, à Bicêtre et à Bercy, avant d'être transféré – sans jugement – à la Bastille du 17 novembre 1768 au 13 octobre 1769, puis au donjon de Vincennes.

Quand le commissaire Le Floch le visite dans cette dernière prison en mai 1775, il y a sept ans qu’il est prisonnier (Le Sang des farines). Il ne sera libéré que quinze ans plus tard, en 1790. En 1791, il publie le récit de sa captivité, Le Prisonnier d’État.

Il meurt en Normandie le 22 décembre 1823, âgé de quatre-vingt-dix-sept ans.

Quant à Malisset, il apporte son aide à Hénéfiance, alias Lastire, dans la vengeance que celui-ci ourdit contre le boulanger de la rue Montmartre (Le Sang des farines).

Le Roy

Pierre Le Roy est né à Paris en 1717. Son père, Julien, était lui-même un horloger célèbre au service de Louis XV, mais son fils – lui aussi horloger de Louis XV – le surpassa. Ses connaissances en astronomie lui permirent, comme le signale Le Cadavre anglais, la mise au point d’une montre marine extrêmement précise qui facilitait le calcul de la longitude. Il fut d’ailleurs récompensé par l’Académie des sciences en 1769 pour un chronomètre marin réalisé six ans plutôt. L’isochronisme du ressort spiral a permis la précision de ses montres. Son ouvrier, Ferdinand Berthoud, né en Suisse en 1727, lui disputera la paternité de cette invention. Lui aussi est connu pour la précision de ses montres marines. Cette rivalité est perceptible dans le discours que Jean-François Parot prête, dans Le Cadavre anglais, à Le Roy. L'horloger devient en effet un personnage de la série en février 1777 :

«  La pièce tenait davantage du boudoir que de la boutique. Le luxe déployé donnait une idée de la clientèle fréquentant l’endroit. Des boiseries de chêne sombre dissimulaient des armoires fortes. Derrière une table de marqueterie, un homme déjà âgé, la perruque poudrée, se tenait penché en train d’écrire, éclairé par une chandelle. Vêtu d’un habit de velours amarante, il ressemblait à l’un de ces magistrats du Palais tout proche. »

Le roman signale par ailleurs l’invention en 1754 d’une montre marine très précise et, en 1768 et 1773, « la découverte de l’isochronisme et du ressort spiral ».

Pierre Le Roy est mort à Vitry en 1785.

Lessard (Tristan)

Dans L’Inconnu du Pont Notre-Dame, Lessard est « un petit jeune homme en habit marron, bas noirs et souliers à boucles de fer. Une chevelure blonde, un visage régulier aux traits fins figés dans une sorte de terreur […]. Il tremblait et s’humectait les lèvres comme s’il était essoufflé ». Il se donne lui-même deux âges différents, entre vingt et vingt-trois ans, et plus tard, sous hypnose, trente ans. Il a été abandonné à sa naissance, il a été recueilli par l’Hôpital des Enfants trouvés avant d’être placé à la campagne  chez des paysans, du côté d’Étampes. « Battu et maltraité, je me suis enfui pour gagner Paris. J’ai mendié pour manger et j’ai appris à lire. Après, maître Carré, perruquier, barbier et étuviste, m’a recueilli et appris le métier. Mais il est mort et son successeur m’a chassé. »  Sous hypnose, il avoue avoir volé les clients et aussi son patron. Il semble aussi s’être prostitué et avoir assassiné une partie de ses conquêtes.

Il continue d’exercer le métier de barbier mais suit aussi les cours de chirurgie, rue des Cordeliers. Il aide Thomas Halluin à se travestir en femme et en contre partie, ce dernier l’aide à payer son loyer et les cours de chirurgie. La concierge suggère qu'ils ont des relations sexuelles. Il vit dans un galetas de la rue de la Huchette, au sixième étage de la maison du limonadier Ménard. Entraîné par Halluin, il assassine Gallaud d’Arennes. Il assassine ensuite Thomas Halluin et jette son corps dans la Seine près de l’île aux Cygnes. Il négocie auprès de l’ambassade anglaise le dernier document dérobé au Ministère de la marine et l’uniforme de Gallaud d’Arennes. Arrêté alors qu’il s’enfuyait travesti en femme, il avoue les meurtres sous hypnose. Trois jours après, le 6 juillet 1786, Lessard est pendu, place de Grève.

Levail (Jean)

Dans L’Inconnu du Pont Notre-Dame, Jean Levail – « petit homme chafouin, presque un vieillard » – est un escroc-recéleur-antiquaire-usurier en chambre, dans une maison au 6 de la rue des Fossés-Saint-Victor, à proximité du couvent des Dames augustines anglaises.

C’est un « drôle de personnage qui hante les maisons les plus nobles. Il a des références. Il fournit parfois Provence, Artois, le duc de Chartres, les Polignac ».

Il a été souvent soupçonné par le lieutenant criminel sans que rien n’ait été prouvé. Il semble bénéficier de la protection de ses clients. Il est assassiné chez lui par Thomas Halluin.

Maître Liénard

Dans L’Année du Volcan, c’est le notaire de Trabard. Il a succédé à Latre de Colleville. Son étude se trouve au premier étage d’une haute maison de belle apparence, quai d’Orléans, près du pont de la Tournelle. Son petit bureau qu’éclaire chichement une étroite croisée donne sur une cour aveugle. Les murailles sont entièrement couvertes de casiers empilés débordant de papiers. Une vaste table encombrée de layettes en cuir, occupe le fond de la pièce. Le notaire est un petit homme sans âge, emperruqué.

Ligne (Charles-Joseph, prince de)

Charles-Joseph Lamoral de Ligne, prince de Ligne, d’Amblise, d’Épinoy et du Saint-Empire, marquis de Roubaix, est né en 1735 à Bruxelles dans las Pays-Bas autrichiens. Présenté par son père à la cour de Vienne, il devient chambellan de l’impératrice Marie-Thérèse. C’est alors qu’il épouse, en 1755, Françoise-Marie-Xavière, princesse de Liechtenstein, avec qui il aura sept enfants. Il est aussi un très grand séducteur comme son ami Giacomo Casanova.

Manifestant très jeune un goût pour l'écriture (comédies, traités…), il correspond avec les philosophes français Rousseau et Voltaire, l’écrivain allemand Goethe et les souverains éclairés que sont Frédéric II de Prusse et Catherine II de Russie.

Excellent militaire, il prend part à la guerre de Sept Ans en tant que colonel de l’armée autrichienne. Il est fait Chevalier de la Toison d’or. Diplomate, ses liens avec la tsarine font de lui le représentant de l’Autriche à la cour de Russie, où le côtoie le baron de Corberon.

Il est alors le prince rose, choisissant ses habits, son décor et ses carrosses de cette couleur.

L’annexion de la Belgique par la France en 1792 et la confiscation de ses biens font de lui un paria. Il se consacre à l’étude de la science, à sa correspondance et à ses mémoires. La tsarine lui offre une terre en Crimée et le titre honorifique de feld-maréchal russe.

Il participe au congrès de Vienne dont il anime les soirées. Il meurt pendant le congrès le 13 décembre 1814. La publication de ses œuvres couvre trente-quatre volumes (consultables sur le site www.chjdeligne-integral-34melanges.be/) .

Dans L’Enquête russe, le baron de Corberon décrit à Nicolas le prince de Ligne comme « doux, poli, bon enfant, poussant parfois la gaieté jusqu’à la folie, mais redoutable diplomate au service de l’Autriche. »

Le tsarévitch Paul y rapporte les conseils donnés par le prince de Ligne pour l’armée russe :

« Il m’a un jour donné force conseils pour la troupe… Des plus divers… Les uns, je les rejette, notamment la suppression des châtiments corporels, mais les autres me semblent de bon aloi. Il prône ce qu’on nomme hygiène et, notamment, les bains fréquents et point d’habits de laine qui s’imbibent de sueur et exhalent une odeur putride. »

Pour les fièvres, Ligne conseille de ne point saigner, de faire boire du kislitschi, boisson russe acide et saine, et surtout ni bouillon ni laitage, mais de la soupe aux herbes et à l’eau.

Lofaque (la)

En 1780, Tiburce Mauras est qualifié de « vieillard », ce qui ne l’empêche pas de faire de fréquentes visites à Henriette Bussaud dite la Lofaque, de préférence lorsqu'elle reçoit son amant, Jacques Meulière, autre canaille qui ne recule devant rien, comme en témoigne la résolution de l’intrigue. En ce qui concerne la Lofaque, il existait bien au XVIIIe siècle une fille légère à qui on avait attribué ce surnom, mais son vrai nom était Magdalaine Qucru. (cf. Guillaume Imbert de Bourdeaux, La Chronique scandaleuse, Paris, Dans un coin d'où l'on voit tout, 1789, tome III, p 49).

Loiseau de Béranger (Jean-Louis)

Ce personnage, qui apparaît dans Le Cadavre anglais fut escroqué par Mme Cahouet de Villers : voir cette fiche.

Louis XV

Louis XV est né le 15 février 1710 à Versailles. Il perd son grand-père – le Grand dauphin, fils de Louis XIV – en 1711, son père et son frère aîné l'année suivante. Il devient donc Dauphin à deux ans et roi à cinq à la mort de son arrière grand-père Louis XIV, le 1er septembre 1715.

Pendant son enfance, le roi vit non pas à Versailles mais à Paris, au palais des Tuileries, ce qui lui vaut l’amour des Parisiens et le surnom de « Bien-aimé ». La régence, exercée par son grand-oncle le duc d’Orléans, se termine le 15 février 1723 quand il atteint la majorité royale. Dans la réalité, le duc continue toutefois de gouverner jusqu’à sa mort, à la fin de l’année. Le duc de Bourbon le remplace auprès du roi trop jeune.

Le 5 septembre 1725, Louis XV épouse à Fontainebleau Marie Leszczyńska, fille de l’ancien roi de Pologne Stanislas.

Le Cardinal de Fleury, son ancien précepteur, devient alors son principal ministre jusqu’en 1743 : c’est une période de paix et de prospérité pour le royaume. Homme intelligent et cultivé, Louis XV se désintéresse de la politique et laisse ses ministres gouverner, subissant les influences des uns et des autres, en particulier celle de sa maîtresse Mme de Pompadour, ce qui mécontentera une partie de la noblesse, les parlementaires et le peuple. Son intérêt pour la politique étrangère l’entraîne dans des guerres qui épuisent les finances du royaume. En 1741, il s’oppose à l’Autriche dans la guerre de Succession d’Autriche et à l’Angleterre dans la guerre de Sept ans (1756-1763). Même si les succès militaires du début du règne, pendant la guerre de Succession de Pologne, permettent de conquérir des territoires en Europe comme les duchés de Lorraine et de Bars, le royaume perd en revanche la majeure partie du premier empire colonial constitué sous le règne de ses ancêtres, et cela au profit des Anglais.

Les aventures sexuelles du monarque, la présence à la cour et le poids politique des maîtresses du roi, Mme de Pompadour et Mme du Barry, mécontentent l’opinion : de nombreuses chansons et des pamphlets se moquent de la cour et de Louis XV. L’attentat de Damiens, dont il est victime en janvier 1757, trouble profondément Louis XV, qui prend conscience de son impopularité. De plus, à la fin du règne, les deuils se multiplient dans son entourage familial : il voit ainsi disparaître sa maîtresse, son fils, sa femme et même certains petits-enfants. Tous ces faits aggravent progressivement son état neurasthénique.

Jean-François Parot, qui souligne cette tendance à la mélancolie, éprouve une certaine sympathie pour ce personnage. Il le décrit ainsi en avril 1761 :

[Nicolas] « voyait un homme de belle allure, à la silhouette dégagée, avec un regard doux accentué par la grandeur des yeux. Ce regard ne s’arrêtait pas sur les assistants, mais fixait le plus souvent le vide. Du visage, au front dégagé, émanait une grande dignité. L’âge et la fatigue se lisaient pourtant dans les bouffissures et l’affaissement des joues. Le teint livide était marqué par endroit de taches olivâtres. Il parlait à voix basse, l’air languissant, presque abattu. » (L'Énigme des Blancs-Manteaux)

Le roi a du reste l'air si fatigué que Nixcolas lui donne soixante-dix ans - dix ans de plus que son âge réel - dans Le Fantôme de la rue Royale. Le roi meurt de la variole le 10 mai 1774 à Versailles. Cette agonie est longuement décrite dans L’Affaire Nicolas Le Floch, à partir du récit qu'en a fait le duc de Croÿ. C'est presque clandestinement que le roi est enterré, pour éviter des réactions d’opposition du peuple de Paris.

Louis XVI

Louis Auguste est né le 23 août 1754 à Versailles. Alors duc de Berry, il est l'un des fils du dauphin Louis-Ferdinand qui meurt en 1765. En 1774, à la mort de Louis XV, son grand-père, il devient roi de France sous le nom de Louis XVI.

C’est un roi réformateur qui a reçu une éducation des Lumières et a cherché à faire évoluer la monarchie vers plus d’égalité malgré l'opposition du clergé, de la noblesse et des Parlements. C’est le sens des réformes de ses ministres successifs : Turgot, Necker, Calonne, Brienne et, à nouveau, Necker. Comme le montrent les romans de Jean-François Parot, Louis XVI est davantage intéressé par les découvertes scientifiques et géographiques que par la vie à la cour. Timide, il a du mal à imposer une volonté royale. Son image est affaiblie par le comportement de son entourage, en particulier celui de Marie-Antoinette, qu’il épouse en 1770.

En mai 1774, à la fin de L’Affaire Nicolas Le Floch, Nicolas le décrit comme un homme au physique assez ingrat :

« Ses yeux clairs, pleins de douceur et d’incertitude, dénotaient une myopie qui, sans bésicles, le plaçait dans un monde flou et ôtait toute assurance à son regard. [...] [Nicolas] fut frappé à nouveau par la taille de son souverain qui le dominait d’une bonne tête. Mais l’ensemble manquait d’harmonie, la jambe étant trop forte, la figure un peu molle avec des dents fort mal rangées. »

Neuf ans plus tard, dans L’Année du volcan, Nicolas, qui observe le roi à la dérobée, note encore

« la physionomie ouverte, les yeux bleus clignotants, le nez aquilin un peu épaté, les lèvres épaisses s’ouvrant sur des dents noires, larges et mal enchâssées ».

Il remarque aussi que le roi a « encore pris de l’embonpoint et que ses cuisses atteignent une prodigieuse grosseur ».

Quant à Sartine, il n'est guère tendre envers le souverain :

« Sa Majesté, hélas, a des notions et du jugement, mais engoncés dans l’apathie du corps et de l’esprit. La matière est encore en globe ! Certes, le bon sens ne manque pas, encore qu’entravé par une paresse de conception et une gaucherie bien paralysantes. Un rien le laisse déconcerté et comme cabré devant les objections et les difficultés. Par-dessus tout, la fermeté de caractère et la volonté, vertus cardinales d’un souverain, lui font défaut absolument. [...] L’égoïsme et la dureté lui manquent cruellement. C’est un prince d’idylle et de conte moral ; ce n’est pas celui que les Français attendent… » (Le Crime de l’hôtel Saint-Florentin)

Pendant le rude hiver 1783-84, La Pyramide de glace signale que Nicolas a accompagné le roi dans ses visites de charité dans les campagnes :

« Appelé dans les petits appartements, il le trouvait engoncé dans une pelisse de fourrure. Sans un mot, avec un bon sourire, il envoyait une bourrade à Nicolas et l’entraînait pour un tour des villages avoisinant Versailles à bord d’une voiture banale. »

Toujours dans La Pyramide de glace, il se fait aussi le guide du roi dans une visite du Paris populaire. Si Louis XVI reste encore jeune en février 1784 et éclate parfois de rire avec le commissaire aux affaires extraordinaires,

« il avait cependant vieilli et surtout continuait à s’épaissir en dépit de ses longues chevauchées quotidiennes. Lorsque se dissipait son habituel aspect bonhomme, ce changement le révélait inquiet, timide et, sans doute à l’accoutumée, bourrelé de craintes, de scrupules et d’indécisions. »

La transformation des États Généraux en Assemblée Nationale et l’accélération des réformes qui font du royaume une monarchie constitutionnelle dépassent Louis XVI. Mal conseillé, il subit plus qu’il n'accompagne les nouvelles lois, quand il ne s’y oppose pas frontalement.

Considéré comme traître à la Nation après l’échec de sa fuite en juin 1791, il est arrêté le 2 août 1792 et décapité le 21 janvier 1793, par Sanson.

Louis-Philippe, duc de Valois

Dans La Pyramide de glace, Nicolas rencontre dans le couvent de Bellechasse « un jeune garçon qui, accroupi sur une dalle dégagée de neige, regardait tourner un petit toton de bronze et notait sur un papier avec une mine de plomb les lettres que présentait l’une des faces de son jouet, sa rotation achevée ». Il s’agit du fils aîné du duc de Chartres, le petit Louis-Philippe, duc de Valois, devenu roi des Français en 1830. En 1784, il a onze ans et il est confié aux soins de la comtesse de Genlis.

Il est né au Palais Royal le 6 octobre 1773 et il a porté le titre de duc de Valois jusqu’en 1785, avant de prendre celui de duc de Chartres quand son père est devenu duc d’Orléans à la mort de son grand-père.

Il fut d’abord éduqué par la marquise de Rochambeau, puis par le chevalier de Bonnard, jusqu'en 1782, date à partir de laquelle la comtesse de Genlis a seule la charge de l’éducation des petits princes.

Louise de France (Madame)

Née le 15 juillet 1737 à Versailles, Louise-Marie de France était la dernière des nombreux enfants du roi Louis XV et de son épouse Marie Leszczyńska. Louise-Marie était appelée Madame Septième, Madame Dernière, puis Madame Louise et enfin au carmel de Saint-Denis, Sœur Thérèse de Saint Augustin. Le roi l'avait quant à lui surnommée dans l'intimité d'un nom bien peu poétique : Chiffe. Il avait du reste surnommé Madame Victoire Coche, Madame Adélaïde Loque et madame Sophie Graille.

Louise-Marie, comme ses sœurs, fut élevée à l’abbaye royale de Fontevraud en Anjou, nécropole royale des rois d’Angleterre de la dynastie des Plantagenêt. L'abbesse qui dirigeait les deux abbayes – celle des hommes et celle des femmes – était issue, depuis leur création, de l’aristocratie et souvent de la famille royale elle-même, ce qui explique la présence des princesses.

Louise-Marie n’avait que onze mois quand elle quitta Versailles pour l’abbaye, en compagnie de Victoire, Adélaïde et Sophie, qui étaient un peu plus âgées. La plus grande, Victoire, avait alors cinq ans. Les quatre sœurs restèrent de 1738 à 1750 dans l'abbaye. Quand Louise-Marie revint à Versailles, elle avait treize ans.

Comme elle était légèrement bossue, son mariage avec un prince était difficile à organiser. Elle fut, de plus, très marquée par les décès qui frappèrent sa famille. Ce furent d'abord ceux de ses sœurs ainées, celui d'un neveu et celui d'une nièce, suivis en 1765 par celui de son frère, le dauphin Louis-Ferdinand, dont la femme mourut à son tour deux ans plus tard. Quant à la reine – la mère de Madame Louise –, elle disparut en 1768. Aussi Madame Louise refusa-t-elle la vie de cour et chercha-t-elle refuge dans la religion.

En 1770, à la veille du mariage du jeune dauphin avec Marie-Antoinette, elle demanda à son père l’autorisation d’entrer au carmel de Saint-Denis, en partie pour racheter les fautes de son père dont elle appréciait peu les maîtresses. Le roi, avec beaucoup de tristesse, accepta. Son nom de religieuse, Thérèse de Saint-Augustin, est aussi un hommage à Sainte Thérèse d’Avila. Dès 1773, elle fut élue prieure de la communauté et cela jusqu’en 1779.

Elle ne l’est donc plus lorsque, dans L'Honneur de Sartine, Nicolas est convoqué par elle au Carmel. Voici le portrait qu'il en fait :

« Il entendit le bruit d’une porte qu’on ouvrait, le rideau fut tiré découvrant la grille et, dans une semi-obscurité seulement percée par la lumière d’une chandelle qui faisait danser les ombres, il distingua Madame Louise, celle que papa-roi nommait affectueusement chiffe. Dieu, qu’elle semblait fluette dans sa tenue de carmélite ! En habit brun et manteau blanc, elle se tenait debout, un peu penchée comme pour mieux le distinguer. Le voile noir cernait un visage diaphane d’un blanc cireux. L’émotion lui serra le cœur : les yeux bruns, doux, étaient ceux du feu roi. L’amaigrissement de la face accentuait encore la force du nez propre aux Bourbons. » (L’honneur de Sartine, Paris, J.C. Lattès, 2010, p. 270)

Elle redevint prieure en 1785. En 1786, dans L’Inconnu du Pont Notre-Dame, Nicolas la rencontre. Madame Louise, en religion Thérèse de Saint-Augustin, en habit brun et manteau blanc de l’abbaye de Saint-Denis, lui semble fatiguée, « le nez décharné dans un visage toujours plus bouffi ». Nicolas la trouve « grossie, le visage cireux, empli d’une mauvaise graisse ». Avec l’accord du pape, elle lui donne des informations sur sa naissance.

Elle mourut à saint-Denis le 23 décembre 1787, à l'âge de cinquante ans.

Lozange (Nicole)

Dans L'Année du volcan, Nicole Lozange est depuis deux ans femme de chambre de la vicomtesse de Trabard. C'est une « petite noiraude au nez pointu ». Amoureuse de Diego Burgos, elle tombe en convulsions à l’annonce de sa mort.