Farnaux, alias Fauroux

Voir Parnaux

Federici (Ferdinand)

Né en 1735 à « Salo-en-Valteline, pays des Grisons, en Suisse », ainsi que l'indique sa lettre du 21 mai 1783, Ferdinand Federici, que Nicolas Le Floch rencontre chez le traiteur Lebœuf dans L’Honneur de Sartine, est issu du peuple. En 1777, c’est un soldat sans grade qui, selon ses propres dires, a été dix-huit ans sergent puis sergent major et fait quatre campagnes – deux en Flandres et deux en Allemagne. L’histoire eût sans doute oublié son nom si, en juin 1777, il n’avait été chaudement recommandé au marquis d’Angiviller par son supérieur, le comte d’Affry, colonel en charge du régiment des Gardes-Suisses.

En effet, le successeur du marquis de Marigny au poste de surintendant des bâtiments du roi est en mars 1777 très inquiet de la situation aux Champs-Élysées. La promenade, publique, connaît un tel succès certain et le marquis d’Angiviller constate qu’un seul garde ne suffit plus à assurer la sécurité des personnes et des biens. La mort du garde qui veillait jusqu’alors sur la promenade décide le surintendant des bâtiments du roi à envisager la création d’une garde plus étoffée. Celle-ci, mise en place par une ordonnance de juin 1777, fut d’abord constituée de quatre soldats suisses sortant du corps et placés sous les ordres d’un cinquième, à savoir Ferdinand Federici, proposé par le comte d’Affry et nommé inspecteur-commandant de la garde suisse des Champs- Élysées.

Un garde-suisse (Gallica)

Ferdinand Federici fut ainsi le commandant de la garde des Champs-Élysées pendant près de quinze ans, obtenant même, en 1786, deux gardes supplémentaires mais non pas la croix de Saint-Louis qui, à ses yeux, aurait été la consécration suprême.

Lorsque le roi décide en décembre 1791 de céder les Champs-Élysées à la ville de Paris, le poste de Federici est supprimé. L'ex-commandant de la garde des Champs-Élysées est dès lors réduit à solliciter une pension pour subvenir aux besoins de sa femme infirme. « Puis le rideau tombe, Federici quitte la scène, nous perdons sa trace dans les archives », écrit Laurent Turcot, dans sa postface aux Flagrants délits sur les Champs-Élysées (Mercure de France, 2008, p. 382).

Si de la vie de Ferdinand Federici, nous ne savons guère de choses, sinon qu’il fut marié et catholique, nous pouvons en revanche deviner l’homme qu’il fut en lisant les rapports qu’il fit de 1777 à 1791 (cf. Flagrants délits sur les Champs-Élysées, Mercure de France, 2008). Ceux-ci, scrupuleusement détaillés au début de sa fonction, révèlent un homme fier de sa promotion et soucieux de la remplir avec la rigueur la plus stricte. Il se montre aussi intraitable avec les grands qu’avec les gens du peuple, ce qui oblige parfois d’Angiviller et d’Affry à intervenir pour freiner son zèle sécuritaire.  Il est par ailleurs très attentif à l’environnement, ne supportant pas que les carrosses ou les hommes à cheval endommagent les pelouses, voire les arbres des Champs-Élysées.

Fersen (Axel de)

Officier suédois au service de la France dont le père est le feld-maréchal Fredrik Axel de Fersen. Hans Axel von Fersen apparaît dans L’Année du volcan. Né le 4 septembre 1755 à Stockholm, il arrive à la cour de Versailles en 1774. Il impressionne par sa beauté et sa prestance. À cette occasion il est présenté à la dauphine. La reine le retrouve à son retour en 1778 et il devient l'un de ses familiers. Avec l’appui de Marie-Antoinette et du roi de Suède Gustav III, en janvier 1780, il devient colonel dans un régiment allemand du roi et rejoint le corps expéditionnaire français en Amérique, sous les ordres de Rochambeau. Apprécié du général en chef, il participe brillamment au siège de Yorktown en Virginie. En octobre 1782, la faveur de la reine lui permet d’obtenir le brevet de colonel en second du régiment Royal-Deux-Ponts. En juin 1783, Fersen vient d’obtenir, toujours grâce à l’appui de Marie-Antoinette et du roi Gustav III, la charge de colonel du régiment Royal-Suédois.

C’est à ce moment-là, ainsi que le mentionne L'Année du volcan, que les Polignac font courir des rumeurs sur ses liens avec la reine :

« Sa Majesté témoigne au Suédois une amitié flatteuse. Aux Promenades, à l’Opéra, à Trianon, tout est bon pour la lui manifester. »

Dans L’Année du volcan, il est décrit comme « un homme de haute taille, au front haut, les sourcils bien dessinés, d’une beauté sévère mais déjà marquée ». Il partage son temps entre son service auprès de Gustave III qui voyage en Europe incognito, le service dans son régiment et les plaisirs de Versailles. Il écrit beaucoup à la reine quand il est absent. En juin 1789, inquiet pour Marie-Antoinette, il s’installe près d’elle à Versailles. En juin 1791, il est l'un des organisateurs de la fuite de la famille royale à Varennes. Après son échec, il tente de convaincre l’empereur Léopold II d’intervenir pour sauver sa sœur. En février 1792, il essaie en vain de convaincre le roi de tenter une nouvelle fuite. Il revient à Bruxelles et aide à la préparation de la guerre de la coalition européenne contre la Révolution française. Il pense à une victoire facile. Après la mort du roi, il essaie encore de sauver Marie-Antoinette en se liant avec les Orléans et Dumouriez. La reine est guillotinée le 16 octobre 1793. Fersen rentre alors en Suède où il va poursuivre sa carrière de militaire et de diplomate avec le titre de Grand Maréchal du royaume. Pris dans les querelles dynastiques suédoises, il meurt piétiné par la foule lors d'une émeute à Stockholm, le 20 juin 1810.

Franklin (Benjamin)

Benjamin Franklin est né le 17 janvier 1706 en Nouvelle-Angleterre, à Boston, dans une famille puritaine venue d’Angleterre. Il est donc âgé de 70 ans quand il vient en France.

Il apparaît en décembre 1776 dans Le Cadavre anglais. Nicolas est venu à Auray attendre le navire Le Reprisal qui a, depuis la côte est de l’Amérique, convoyé l'ancien adversaire de la colonisation française du Canada. C’est « un grand vieillard à bésicles à l’habillement presque rustique. Un bonnet de peau de renard couvrait sa tête à demi chauve. » Il se révèle un agréable compagnon de voyage, chantant des chansons écossaises et jouant de « l’harmonica ». Il s’agit du glass harmonica, composé de cloches de verre remplies d'eau que l'on faisait vibrer en passant dessus un doigt mouillé. Franklin perfectionna cet instrument en 1762 en plaçant les cloches de verre dans un cylindre horizontal que le musicien faisait tourner avec son pied. À Paris, Benjamin Franklin s’installe à Passy avant de déménager rue de l’Université puis rue Jacob, dans un meublé de l’hôtel de Hambourg.

Dans L’Enquête russe, le portrait que Nicolas fait de l’ambassadeur américain est par contre très négatif : « Il est probable qu’il me prodiguera un apozème lénifiant de sa façon et débitera des apophtegmes de son habituel ton pédant. » Le poids des ans se fait sentir et souffrant du froid même au printemps, Franklin s’enveloppe dans une longue veste beige à col de fourrure :

« Les cheveux avaient blanchi. Il reconnut les yeux froids et, à la vérité, peu amènes, le nez fort, la bouche aux lèvres rentrées, comme aspirées, sans doute en raison d’un dentier. Il avait encore grossi car, selon les fiches de police que le commissaire consultait avec régularité et en dépit d’affirmations dignes d’un anachorète de la Thébaïde, il fréquentait toutes les bonnes tables, ne dédaignait pas la bonne chère et appréciait fort la bière et le vin. »

La fin de la guerre approchant, il contacte tous les jours les agents anglais MM. Oswald et Witford, logés à l’hôtel de Moscovie rue des Petits-Augustins. Un agent américain parlant français le seconde dans ses tractations.

Avant d’être ambassadeur des États-Unis, il fut un intellectuel et un savant reconnu. Imprimeur et journaliste, il revendiqua la liberté de publier. En 1731, fidèle à ses idées, il fonda à Philadelphie la première bibliothèque publique pour que chacun puisse avoir accès aux livres publiés. Connu pour ses travaux en 1750 sur la foudre et le paratonnerre et, parlant le français, l'allemand, l'espagnol et l'italien, il incarne l’esprit ouvert des Lumières. En 1734, il est le grand maître de la loge maçonnique de Pennsylvanie. Il lutte aussi contre l’esclavage et affranchit les siens en 1752. En 1754, il est le fédérateur des colonies anglaises face à l’expansion française dans la vallée de l’Ohio. Il crée les instruments de modernisation de la colonie de Pennsylvanie : université, hôpital et police. Élu de Pennsylvanie, représentant des colons anglais de plusieurs colonies, il proteste contre les taxes du gouvernement de Londres. Dès le début, il est favorable à l’indépendance des colonies, alors que son fils y est opposé. Il est l'un des rédacteur de la Déclaraton d’Indépendance de 1776 et l'un des pères de la nouvelle nation. 

À Paris, il est célébré comme l’homme des Lumières. : non seulement Voltaire lui voue une admiration sans borne, mais Turgot lui-même souhaite le rencontrer. Après la défaite anglaise de Yorktown en 1781, il rédige ce qui devient le traité de Paris de 1783, par lequel l’Angleterre reconnaît l’indépendance de ses anciennes colonies. Benjamin Franklin, aux côtés de John Adams et de John Jay, signe le traité pour les États-Unis d’Amérique.

De retour en Pennsylvanie, il est élu président de l’état et participe à la rédaction de la Constitution.

Il meurt à Philadelphie le 17 avril 1790.