Élisabeth (Madame)

Née en 1764, Élisabeth Philippine Marie Hélène de France, dite Madame Élisabeth, est la sœur cadette de Louis XVI. Elle partage avec lui sa passion pour les mathématiques, les sciences et son goût de la lecture. Orpheline à l’âge de trois ans, elle est élevée par Mme de Marsan et la mère de sa meilleure amie, Angélique de Mackau (la future marquise de Bombelle) dont parle L'Enquête russe.

« M. Le Monnier, botaniste du feu roi, l’avait initiée à l’étude des plantes et entraînée à de fréquentes herborisations dans le bois de Satory, dans les serres de Versailles et dans ses propres courtils. Cette visite des jardins devait être suivie d’une collation chez Madame de Mackau qui occupait un petit bâtiment dépendant du château. On devait enfin jouer aux ombres chinoises. La princesse adorait diriger la séance et chacun, à tour de rôle, était appelé à deviner le nom des personnes qui passaient derrière la toile. Nicolas constata avec un peu de mélancolie que tout ce programme distrayant appartenait au monde des jeunes gens. »

Elle pratique aussi bien le dessin pour lequel elle a un certain don ainsi que l’équitation. Très proche de sa tante, Madame Louise, devenue religieuse au carmel de Saint-Denis en 1771 et que rencontre fréquemment Nicolas Le Floch, elle est également très pieuse. Cet excès de dévotion ennuie du reste Aimée d’Arranet, devenue depuis Le Noyé du Grand Canal sa dame de compagnie.

Des projets de mariage princier n’ayant pas abouti et la princesse ne voulant pas quitter le royaume, Louis XVI lui offre, en 1781 ou en 1783, le domaine de Montreuil que Nicolas visite en 1782 dans L’Enquête russe. La princesse y a sa cour mais, au contraire de celle de la reine à Trianon, loin des frivolités, on y parle sciences et les jeux, décrits dans L’Enquête russe sont très sages. Élisabeth s’intéresse aussi aux productions de son domaine dont elle distribue les excédents aux nécessiteux. Son médecin et le botaniste Louis Guillaume Le Monnier soignent par ailleurs les malades.

En 1782, elle a à peine 18 ans, ce qui explique la remarque de Nicolas concernant « le monde des jeunes gens ». D’ailleurs, la princesse avant ses vingt-cinq ans doit dormir à Versailles et non dans son domaine.

En 1789, Élisabeth refuse d’émigrer comme ses frères et son amie Angélique : elle reste près du roi, son frère, dont elle partage les derniers mois au Temple. Elle meurt elle aussi guillotinée en 1794, à trente ans.

Émilie

Nicolas la rencontre dans L'Énigme des Blancs-Manteaux. Malade et défigurée – sans doute par la petite vérole –, elle est déjà devenue une véritable épave humaine qui pousse sa marmite roulante dans les rues de la capitale. Elle est dans la première intrigue un témoin important car elle a assisté au dépôt du corps de Saint-Louis alors qu'elle cherchait à Montfaucon de quoi faire sa soupe « en morceaux d'arlequin ». Ses hardes laissent cependant entrevoir un passé plus brillant, celui d'une femme « charmante et enjouée qui, quarante ans plus tôt, approchait chaque soir le Régent ». Elle réapparaît dans Le Cadavre anglais, alors qu'elle doit avoir dépassé les soixante-dix ans. Complètement déformée, elle est réduite à la mendicité, trouvant asile la nuit dans l’enclos Saint-Jean de Latran, sorte de cour des miracles où elle peut se soustraire aux poursuites de la police et à l'Hôpital général. Nicolas, ému par une telle « débâcle », lui donne son manteau.

Éon (Chevalier d')

Nicolas  rencontre « Charles, Geneviève, Louis, Auguste, André, Timothée de Beaumont, demoiselle d’Éon » à Londres en janvier 1774 dans L’Affaire Nicolas Le Floch :

« Elle se laissa tomber dans une bergère [...] et frappa avec force ses falbalas de ses deux mains gantées de filoselle, afin de les dégonfler. Elle portait une robe grise à grandes manches de Valenciennes avec un corsage remonté jusqu’à un cou épais entouré d’un large ruban noir. Nicolas nota la tache rouge de la croix de Saint-Louis, qui signalait les brillants états de service du soldat sous les ordres du maréchal de Broglie. Le visage, maquillé à l’excès, rappela au commissaire ceux des comédiens avant l’entrée en scène, quand leurs traits soulignés se grossissaient démesurément ; il était surmonté d’une coiffe de dentelles tuyautées. »

Le chevalier porte aussi sous ses habits de femme « les bottes de l’officier de dragons qu’il n’avait jamais cessé d’être ».

Le chevalier d’Éon est né dans une famille de petite noblesse de Tonnerre le 5 octobre 1728. Il reçoit une formation en droit qu’il complète au collège Mazarin avant de s’inscrire au Parlement de Paris comme avocat à vingt-et-un ans. Il écrit aussi des Considérations historiques et politiques qui amènent le roi à le nommer censeur royal.

Il rejoint, comme Beaumarchais, le cabinet secret du roi Louis XV et il est envoyé à la cour de Russie pour négocier une alliance. C’est à cette occasion qu’il aurait commencé à se travestir en femme, travestissement qui fera sa célébrité. Il aurait quitté Paris sous une identité féminine et se serait habillé en homme pour revenir en France, porteur d'une lettre de la tzarine pour Louis XV.

Secrétaire d’Ambassade en Russie de 1758 à 1760, il acquiert dans l'armée le grade de capitaine de dragons en 1760, pendant la Guerre de sept ans. En 1762, il est envoyé à Londres, où il prépare le traité de Paris, signé en 1763. Le roi le décore de l’ordre de Saint-Louis et lui confie la mission de préparer secrètement un plan d’invasion de la Grande-Bretagne.

Il est chargé en 1774 de prendre contact avec Théveneau de Morande pour négocier la non-parution des libelles contre Mme du Barry. Un an plus tard, il négocie lui-même contre une rente viagère sa correspondance avec le roi Louis XV, alors décédé : les négociations sont menées – une fois encore – par Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais. Éon doit cependant, sur ordre du roi, continuer à porter des vêtements féminins.

En 1777, rompant le contrat qui le lie à la monarchie, le chevalier revient à Versailles en uniforme de capitaine de dragons. Quelques jours plus tard, le roi lui ordonne de reprendre des vêtements féminins et l’exile à Tonnerre, en Bourgogne, pendant six ans dans sa maison natale de l’hôtel d’Uzès.

En 1785, il préfère l’exil anglais à l’exil intérieur. À la Révolution, il accueille avec enthousiasme les nouvelles idées, proposant même ses services. La déclaration de guerre à l’Europe le bloque en Angleterre : il ne reviendra jamais en France. Il vit dans la misère, couvert de dettes, et meurt à Londres le 21 mai 1810. Un médecin certifie alors que, bien qu’habillé en femme, il est un homme.