Balbastre

Organiste de Notre-Dame, il est convié chez M. de Noblecourt où Nicolas le rencontre dès 1761 (L'Énigme des Blancs-Manteaux). Rapprochés par leur passion commune de Rameau, ils se voient de temps en temps. En 1773, Balbastre présente Julie de Lastérieux à Nicolas (L'Affaire Nicolas le Floch). L’organiste est alors décrit comme ayant un « visage poupin, outrageusement maquillé ».

Claude-Bénigne Balbastre, natif de Dijon en 1724, est le fils d’un organiste bourguignon avant de devenir l’élève de Jean-Philippe Rameau à Paris. Il est d'abord nommé organiste à l’église Saint-Roch à Paris en 1756, puis à Notre-Dame en 1760. Ses concerts enthousiasment tellement le public que l'archevêque de Paris, qui ne juge pas un tel bruit convenable dans un lieu saint, lui interdit par trois fois de jouer.

Balbastre remplit aussi la fonction d'organiste à Versailles, dans la chapelle royale. Il exerce aussi ce talent auprès du frère du roi Louis XVI, le comte de Provence. À partir de 1776, il enseigne le clavecin à la reine Marie-Antoinette et au duc de Chartres. Il est l’auteur de nombreuses compositions pour orgue, pour piano-forte et pour clavecin, en particulier des Noëls très populaires.

La révolution lui enlève son gagne-pain mais il apprend à se recycler dans le chant patriotique. En 1795, il occupe de nouveau des fonctions officielles. Il meurt en 1799.

L'Anglais Charles Burney, qui visita Balbastre rue d'Argenteuil, a mentionné dans l'une de ses lettres le magnifique clavecin Ruckers qui est l'objet de l'admiration de l'assistance dans L'Affaire Nicolas Le Floch.

Bareuil (Germaine)

Dans L’Inconnu du Pont Notre-Dame, Germaine Bareuil est la portière de la maison d’Halluin. Personnage haut en couleur, « une seconde Paulet », selon Bourdeau, elle est souvent qualifiée de pie. Sa « haute maison offrait le triste spectacle de ses fenêtres aux vitres sales ».

Bariatinski (Ivan Sergeievitch)

Ivan Sergeievitch Bariatinski est né le 27 février 1740. Il est donc âgé de quarante-deux ans lorsque L’Enquête russe le décrit comme un « diplomate en habit bleu sombre, perruque poudrée, [qui] portait beau, avec un visage empreint de caractère ». Il a épousé Catherine von Schleswig-Holstein-Sonderburg avec qui il a eu deux enfants.

C’est un noble russe qui choque Nicolas par son manque de respect pour la vie humaine :

« Le prince Bariatinski tenait d’évidence pour négligeable la mort de deux serviteurs considérés sans doute comme des meubles. [...] Ce puissant qui possédait sans doute, comme le lui avait expliqué Corberon, des milliers de serfs en Russie, ayant sans doute été accoutumé dès l’enfance à se distinguer de tout le reste des hommes, à se regarder comme une divinité terrestre, enclin à considérer ses domestiques comme des animaux d’une autre espèce, nés pour servir et satisfaire toutes ses fantaisies. »

Ivan Sergeievitch Bariatinski fut d’abord militaire. Comptant parmi les fidèles de Paul, il devint diplomate : en 1782, lors de la visite du "comte et de la comtesse du Nord", il était ministre plénipotentiaire (i.e. ambassadeur) de la tzarine Catherine II à Paris.

Pendant cette visite de Paul,  il aurait glissé dans la rivière de Bagatelle : le récit est rapporté par le jardinier du comte d'Artois, Thomas Blaikie, mais non par la baronne d'Oberkirch, qui était pourtant présente.

Ivan Sergeievitch Bariatinski décède le 24 décembre 1811, à l'âge de 71 ans.

Barthélemy (abbé)

 

Dans L’Inconnu du Pont Notre-Dame, ce personnage historique apparaît dans l’enquête sur le vol de médailles à la Bibliothèque du roi. Il dirige le cabinet des médailles où il travaille depuis 1743. Il a été l’ami et le protégé de Choiseul : « C’est un grand érudit, mais aussi un homme couru dans les salons. » Pour Nicolas, c’est un « petit vieillard à la perruque blanche et habit noir. » Le commissaire « est frappé par la finesse des traits, le large front, le regard vif et pénétrant, le nez arqué et le sourire un peu ironique mais plein d’aménité. »

Jean-Jacques Barthélemy, dit l’abbé Barthélemy est né le 20 janvier 1716 à Cassis en Provence et est mort à Paris le 30 avril 1795. Il fut à la fois ecclésiastique et savant spécialisé en archéologie et numismatique. Attiré par les langues du Moyen-Orient, il déchiffra l'alphabet palmyrénien qui est un dialecte de l'araméen. En 1744, il entra comme assistant au cabinet des médailles et en 1747, il devint membre de l'Académie royale des inscriptions et belles-lettres et en 1753, garde au cabinet des médailles, poste qu’il occupe au moment de l’enquête de Nicolas. Son action fut importante : il doubla pratiquement la collection. Pendant de longues années, il visita les ruines de Pompéi, de Paestum et d’Herculanum en compagnie du futur duc de Choiseul, alors ambassadeur de France. C’est de cette époque que date son amitié avec le duc. C’est aussi un écrivain qui publia, en 1788, Le Voyage du jeune Anacharsis en Grèce, dans le milieu du quatrième siècle avant l’ère vulgaire.


En septembre 1793, Barthélemy fut brièvement incarcéré : le Comité de salut public, à la demande de la duchesse de Choiseul, ordonna sa libération. Il reprit sa fonction de garde du département des médailles et antiques. Ruiné pendant la Révolution, il mourut, pauvre, le 30 avril 1795.

Balbo (Tomaso et Vicente) et Barbecano (Silviano)

Dans Le Noyé du Grand Canal, Nicolas, qui est entré dans la chapelle du château de Versailles, est envoûté par le chant qu'il y entend :

« Le silence fut rompu par le chant du Confiteor tibi Domine qui s’élevait depuis la tribune. Il n’avait jamais entendu accents plus étranges ; ils ne ressemblaient à rien de connu. Bien que douce et agréable, ce n’était pas tout à fait une voix de femme. Sa flexibilité et sa suavité exprimaient un son doux et éclatant à la fois. Il s’ajoutait à la splendeur du lieu et semblait provenir du chœur des anges qui entourait la représentation du Père éternel. »

Il découvre alors un vieux castrat italien, Silviano Barbacano, ancien chantre à la chapelle royale dont le nom se transforme par la suite en Barbecano :

« Une perruque à l’ancienne encadrait un visage empâté à la bouche petite encadrée de bajoues. Des poches sombres marquées sous les yeux soulignaient le caractère inhabituel d’un teint blanc crayeux, dont la pâleur surprenait. L’homme paraissait à la fois gros et maigre, impression renforcée par sa haute taille et son embonpoint. »

Les castrats, très appréciés de Louis XIV, furent de moins en moins nombreux à Versailles au XVIIIe siècle. C'étaient des chanteurs qui avaient subi la castration avant leur puberté pour conserver une voix de contralto ou de soprano, soit la voix d’un enfant dans un corps d’adulte. C’est à la fin du XVIe siècle que les castrats apparurent en Occident, en Italie d’abord. Ils accompagnèrent le développement de l’opéra en tant que sopranos.

Silviano Barbecano, Tomaso et Vicente Balbo sont natifs de Norcia, dans la province d’Ombrie en Italie. Ayant rencontré chez Barbecano Vicente, qui est chantre à la chapelle royale, Nicolas est également surpris par l'apparence de ce castrat :

« Il fut tout d’abord frappé par le visage du chanteur, long et anguleux et à certains égards assez beau quoique étrange par son aspect étroit, ses yeux rapprochés et le feu sombre d’un regard fixe. [...] Des jambes grêles soutenaient un torse déformé par un abdomen proéminent qui choquait comme appartenant à un autre corps. » (Le Noyé du Grand Canal)

Vicente Balbo, qui est aussi compositeur, prépare un opéra : La Caduta di Troia. Prenant l’identité de Tomaso, il raconte l’histoire des jumeaux :

« Mon père était apothicaire et savant éclairé dans beaucoup de domaines. Il fut calomnié par des médecins et subit une ruine totale. [...] pour le salut commun, il décida, la mort dans l’âme, de sacrifier l’un de ses fils au Bel canto. Nous étions des jumeaux. Le choix se porta sur moi. [...] Le matin fatal mon frère Vicente portait mon vêtement… [...] C’est lui qui subit ce traitement inhumain destiné à préserver, avant la mue, la pureté d’une voix. [...] La désolation fut générale quand on découvrit trop tard ce malheur. Son talent était médiocre ; sa carrière ne fut pas brillante… »

L’opération s'est déroulée après une prise d’opium, l'enfant étant âgé d'environ six ans. L’autre frère, devenu apothicaire comme le père, a rejoint son jumeau à Paris en 1778 : il lui sert d’alibi par sa ressemblance. Vicente, poussé par une jalousie meurtrière, assassine Tomaso et se fait passer pour celui-ci. Nicolas le démasque.

Le développement de la cage thoracique rajoutait à la caisse de résonance au service des cordes vocales. La description des castrats par Jean-François Parot correspond aux observations de l’époque : les castrats avaient des relations sexuelles adultes, mais aussi une tendance à l’obésité. Leur taille plus élevée était due à une suractivation de l’hormone de croissance et à une ossification tardive des cartilages. Les troubles psychologiques étaient aussi fréquents : neurasthénie, agressivité et paranoïa. Le plus célèbre des castrats du XVIIIe siècle fut Carlo Broschi, dit Farinelli, né dans une famille noble du sud de l’Italie en 1705 et mort à Bologne en 1782.

Le pape Clément XIV interdit la castration à la fin du XVIIIe siècle et les derniers castrats disparurent au début du XXe siècle.

Beaumont du Repaire (Christophe de)


Nicolas le rencontre en juin 1770, dans Le Fantôme de la rue Royale :

« Nicolas estima un peu théâtrale la pose du prélat. En soutane violette, cravate à rabats, le haut du corps à demi recouvert d’une douillette, il fixait le feu, sa main gauche soutenant son visage et sa dextre caressant la croix de l’ordre du Saint-Esprit, dont le grand cordon bleu moiré, passant sous les deux ailes du rabat, lui entourait le cou. [...] Il se tourna vers Nicolas qui remarqua son visage presque blafard. Les yeux clairs étaient rougis. Deux grands plis d’amertume encadraient une bouche aux lèvres bien dessinées et au menton un peu sec, qui contrastait par sa mollesse et sa fossette avec la hauteur du front et une chevelure naturelle, presque blanche, coiffée sans excès d’apprêt. »

Christophe de Beaumont est alors âgé de soixante-sept ans, puisqu’il est né en 1703 dans le Périgord. Il est très fier d'appartenir à une noblesse de vieille souche. Repaire était en effet une baronnie du Quercy qu'Antoinette du Pouget apporta par mariage à Charles de Beaumont, seigneur de Montfort, en Dauphiné, le 3 mars 1577.

En 1741, il devint évêque de Bayonne, en 1743 celui de Vienne et trois ans plus tard, il est nommé archevêque de Paris. C'est en tant que tel qu'il peut autoriser l'exorcisme demandé par Nicolas.

Il fut un ardent adversaire des Jansénistes et se heurta au Parlement de Paris. Malgré le soutien du roi, il fut exilé en 1754, ce que rappelle Nicolas dans le troisième roman. Farouche adversaire des philosophes, il condamna L’Émile de Jean-Jacques Rousseau. Il mourut en 1781.

Il réapparaît en mai 1774, dans L'Affaire Nicolas Le Floch. Louis XV se mourant de la variole, il veut à tout prix lui porter les derniers sacrements, bien qu'il souffre lui-même de la gravelle. Cela suscite les sarcasmes du duc de Richelieu qui, reprenant ce qui se dit à Paris, déclare que l'archevêque « pisse le sang à Paris et l’eau claire à Versailles ! » Dans les Mémoires secrets de Bachaumont, on peut en effet lire : « monsieur de Beaumont a une maladie qu’on nomme la diurie, qui fait pisser le sang, et qui a fait dire que cet archevêque pissait le sang à Paris, et ne faisait que de l’eau claire à Versailles. »

Benckendorff (colonel Christoph Ivanovitch von)

Membre de la suite du comte du Nord lors de sa visite en France en mai et juin 1782, Christoph Ivanovitch von Benckendorff est un officier balte, issu d’une famille noble de Livonie, d’origine allemande comme l’indique le nom. La mère du colonel, Élisabeth von Lowenstern, est l'une des préceptrices du fils de Paul, Alexandre.

Le comte Christoph Ivanovitch von Benckendorff est accompagné de son épouse Anna Juliana von Schilling-Canstatt, amie d’enfance – comme Mme d’Oberkirch – de la comtesse du nord, Sophie-Dorothée de Wurtemberg-Montbéliard. Dans L'Enquête russe, Le Noir informe Nicolas que les trois jeunes femmes doivent « courir les boutiques ».

Colonel en 1782, Christoph Ivanovitch von Benckendorff sera fait général et gouverneur de Riga par le comte du Nord, devenu le tsar Paul Ier.

Benot (Tristan)

Dans La Pyramide de glace, Tristan Benot est ouvrier à la Manufacture de Sèvres. Il vole des porcelaines de la reine, fait chanter Philippe de Vainal et, force de la nature, joue les mirebalais dans les soirées du duc de Chartres. C'est « un homme jeune, grand, brun ». Sa chevelure est sans apprêt. Il est vêtu come un bourgeois aisé et porte l'épée. Quand il est arrêté Porte Saint Denis, il se fait appeler Raoul Rosencrantz et se dit commerçant en toile voyageant à Londres. Passionné par Hamlet de Shakespeare, il choisit ses pseudonymes dans cette tragédie. Il est tué dans la nuit du 8 au 9 mars 1784.

Béraud 

Plumassier de la rue des Trois Maures, Béraud apparaît dans L'Enquête russe :

« L’homme approchait la soixantaine, corpulent, visage mafflu et grêlé, et portait une perruque de crin ajustée de guingois. »

C'est l'un de ses clients, Maître Vachon, qui a donné son adresse à Nicolas. Béraud loue son atelier à Monsieur Moyneau, un rentier qui possède tout l'immeuble ainsi que de nombreux autres entre les rues des Lavandières et de la Vieille-Monnaie. Nicolas demande à Béraud, d'abord réticent, de lui fournir des informations sur les autres locataires. Ils cèlent leur amitié « d’un verre de guinguet blanc un peu vert, mais plein d’alacrité ».

La Berlotte

Elle tient en 1782, dans L'Enquête russe, un tripot dans une maison du cul-de-sac des Provençaux près de Saint-Germain-l’Auxerrois. « La cinquantaine, visage long et maigre, teint couperosé, [elle a] un œil louche et l’autre méchant. »  Maigre et alcoolique selon la Paulet qui la connaît depuis 1762, « son gagne-tafia, ce sont les puceaux de bonne famille et les étrangers du grand tour. Puis aussi les vieillards, à qui elle prodigue les élixirs échauffants jusqu’à leur causer des vapeurs sudorifiques. Ces malheureux, à ce qu’on dit, écument par l’effort de leurs nerfs agacés, de là leur plaisir. Elle tient assortiment de verges, à poinçon, à noeuds et à panaches. »

Le commis d’hôtel Richard Harmand fréquente le lieu.

Bernis (Cardinal de)

 

Dans L’Inconnu du Pont Notre-Dame, le cardinal de Bernis reçoit Nicolas à Rome pendant son ambassade auprès du pape.

« L’homme était en habit court d’intérieur sans que rien n’indiquât sa haute dignité. L’allure générale ne payait pas de mine. Le prélat était petit et rondelet, le visage empâté par un double menton que relevaient une bouche spirituelle et un regard brillant d’intelligence. Il portait une perruque poudrée à trois rouleaux. »

Ancien précepteur de Madame de Pompadour, il avait bénéficié de son appui pour sa carrière. Nicolas l’apprécie beaucoup :

« aimable, disert, judicieux, plein de cette mesure si française qui n’excluait pas la fermeté. Pendant les quelques jours de son séjour au palais Carolis, l’envoyé du roi put constater avec quelle grandeur Bernis illustrait le nom du roi et le prestige de la France. Aidé par sa nièce, la marquise du Puy Montbrun, il traitait chaque soir avec magnificence tout ce que la ville comptait d’important. Ses soupers étaient réputés. Il les présidait avec une exquise urbanité, se contentant de quelques légumes et fruits. Pourtant les délices les plus raffinés de la cuisine française s’y déployaient. »

François-Joachim de Pierre, cardinal de Bernis, est né en 1715 à Saint-Marcel-d'Ardèche dans une famille occitane de noblesse ancienne. Poète jusqu'à l'âge de 35 ans, il entre en 1744 à l'Académie française. Sa poésie galante lui permet de rencontrer la marquise de Pompadour dont il devient l’invité des salons littéraires. C’est elle qui lui fait obtenir une pension royale, le fait entrer au Conseil du roi, nommer ministre d'État (1757) et secrétaire d'État des Affaires étrangères (1757-1758).

Il fut surtout un diplomate : ambassadeur à Venise (1752-1755) où son cuisinier devint célèbre dans l’Europe entière, il fut l'ami de débauche de Casanova et fit de lui son espion.

De retour à Versailles, il collectionna les faveurs royales : abbaye des Trois-Fontaines de l'ordre de Cîteaux, membre de l'ordre du Saint-Esprit. Il jouit alors de 40 000 livres de rente. Mais bientôt, une lettre de cachet l’envoya en exil à Vic-sur-Aisne. Enfin ordonné prêtre en 1760, il fut nommé en 1764 archevêque d'Albi, où il se révèla un excellent administrateur même s’il menait grand train. En 1769, il devint cardinal et "faiseur de papes".

Quand Nicolas le rencontre, il est chargé d'affaires auprès du Saint-Siège depuis 1774 et il le reste jusqu’en 1792. Il fait travailler le meilleur cuisinier de Rome, même si la goutte lui impose un régime de légumes bouillis.

Il refuse en 1791 de prêter serment à la constitution civile du clergé et pousse le pape à s’y opposer. Il perd son siège d’Albi. En 1792, il fut considéré comme émigré et ses biens, mis sous séquestre, furent vendus. Même sans fonction, il resta influent à Rome où il accueillit les filles de Louis XV, Adélaïde et Victoire. Il mourut à Rome le 3 novembre 1794.

Dans ses Mémoires, il donne une version édulcorée de sa vie.

Bertin (Rose)

Couturière de la reine Marie-Antoinette, Rose Bertin apparaît dans la série en février 1777 :

« Un désordre de carrosses arrêtés lui signala l’approche du temple des grâces. L’endroit fleurait le neuf, le flambant et l’opulent. Sur l’enseigne éclatait en lettres gigantesques la mention MARCHANDE DE MODES DE LA REINE. Avant que le soleil de Versailles ne la caresse de ses rayons, ce n’était qu’une humble marchande sur le modeste quai de Gesvres, pratiquant de petits prix pour la bourgeoisie du quartier. La confiance et la protection de la souveraine et la clientèle des grands qui s’était ensuivie avaient précipité la façonnière vers la rue Saint-Honoré où, désormais, se concentrait le commerce de luxe. Dans cette annexe de la cour, elle avait installé, à l’enseigne du Grand Mogol, une somptueuse boutique. » (Le Cadavre anglais)

Marie-Jeanne Bertin, dite Rose Bertin, est née à Abbeville en Picardie le 2 juillet 1747. À seize ans, elle décida de tenter sa chance à Paris, où elle travailla dans un magasin de mode. Six ans plus tard, en 1769, introduite auprès de la princesse de Conti, elle charma cette dernière, qui lui commanda le trousseau de la future duchesse de Chartres.

Ce fut sa chance : en 1770, alors qu'elle n'avait que vingt-trois ans, elle pouvait ouvrir près du Palais Royal, rue du Faubourg-Saint-Honoré, le magasin Le Grand Mogol dont parle le roman. Celui-ci employait une trentaine d’employées car, très vite, les nobles vinrent se fournir chez Mlle Bertin.

En mai 1774, dès les premiers jours du nouveau règne, elle fut présentée à Marie-Antoinette par la duchesse de Chartres. La jeune reine s’enticha de la couturière, qui en vint à lancer les modes au point que les cours de l’Europe entière lui demandèrent des vêtements.

La Révolution signa sa ruine et, menacée par sa proximité avec la souveraine, elle émigra en Angleterre en 1793, où elle croisa le chevalier d’Éon. De retour en France l’année suivante, elle récupéra ses biens mais mourut dans sa maison d’Epinay-sur-Seine, le 22 septembre 1822, sans jamais avoir retrouvé le succès des années Marie-Antoinette.

Besenval (Pierre Victor de )

Né dans le canton de Soleure, en Suisse alémanique en octobre 1721, Pierre Victor de Besenval de Brünstatt – ou Bezenval de Brünstatt – entra dès l’âge de dix ans dans le régiment de son père, colonel des Gardes-Suisses, lesquels étaient au service des armées du roi de France. Courageux, il gravit très rapidement les échelons du commandement. En octobre 1760, il se couvrit de gloire à la bataille de Kloster Kampen en Allemagne, bataille de la Guerre de sept ans qui vit les troupes françaises remporter une victoire sur la coalition anglo-prussienne.

Protégé du duc de Choiseul – alors colonel général des Gardes-Suisses –, il obtint le poste d’inspecteur général des Suisses et Grisons, ce que signale Nicolas Le Floch dans L'Honneur de Sartine (JC Lattès, 2010, p. 99) :

« Le comte de Besenval, je l’ai croisé plusieurs fois chez la reine. Il fait partie de la petite bande de Trianon. Proche de Choiseul, il fut naguère inspecteur général des Suisses et des Grisons. Fort riche au demeurant. »

Ce poste lui permit de réformer les troupes suisses mais il abandonna cette charge en 1770, en raison de la disgrâce du duc à qui il continua de rendre visite à Chanteloup.

Trois ans auparavant, en 1767, Besenval avait acheté l'hôtel Chanac de Pompadour qu’il modifia pour mettre en valeur sa collection de tableaux. Cette passion de la peinture était liée à ses qualités reconnues de dessinateur et de peintre. Ce sont ces tableaux que Nicolas Le Floch ne manque pas d'observer lors de la visite qu'il rend à M. de Besenval en juin 1780 :

« À l’hôtel de Besenval, un laquais en livrée et perruque poudrée les accueillit avec une politesse glacée. On les fit attendre un long moment. Ils furent enfin conduits dans un salon de compagnie où un homme de haute taille, portant beau, accoudé à une cheminée de marbre brèche, les regarda entrer sans un mouvement. La pièce meublée de bergères et de fauteuils surprenait par ses murailles revêtues du sol au plafond de dizaines de tableaux richement encadrés que Nicolas, amateur à sa façon, jugea appartenir aux écoles flamande, italienne et française. » (L'Honneur de Sartine, JC Lattès, 2010, p. 139)

En 1780, le protagoniste de la série de Jean-François Parot ne peut cependant pas encore visiter, dans les sous-sols, la somptueuse salle de bains en marbre de l’hôtel qui sera l'objet de la curiosité du Tout-Paris : celle-ci ne sera en effet construite qu’en 1782.

Sous le nouveau règne de Louis XVI, Besenval entama alors une seconde carrière, entrant dans l'intimité de "la petite bande de Trianon", il fut le courtisan assidu de la reine Marie-Antoinette dont il était, selon Mme Campan, amoureux (Mémoires de Madame Campan, Paris, Baudouin, 1822, tome 1, p. 89) :

En me parlant de l'étrange présomption des hommes, et de la réserve que les femmes doivent toujours observer avec eux, la reine ajouta que l'âge ne leur ôtait pas l'idée de plaire, quand ils avaient conservé quelques qualités agréables ; qu'elle avait traité le baron de Besenval comme un brave Suisse, aimable, poli, spirituel, que ses cheveux blancs lui avaient fait voir comme un homme sans conséquence, et qu'elle s'était bien trompée. Sa Majesté, après m'avoir recommandé le plus grand secret sur ce qu'elle allait me confier, me raconta que, s'étant trouvée seule avec le baron, il avait commencé par lui dire des choses d'une galanterie qui l'avait jetée dans le plus grand étonnement, et qu'il avait porté le délire jusqu'à se précipiter à ses genoux, en lui faisant une déclaration en forme. La reine ajouta qu'elle lui avait dit : « Levez-vous, Monsieur : le roi ignorera un tort qui vous ferait disgracier pour toujours » ; que le baron avait pâli et balbutié des excuses ; qu'elle était sortie de son cabinet sans lui dire un mot de plus, et que, depuis ce temps, elle lui parlait à peine. [...] En courageux courtisan, le baron sut dévorer également la honte d'une démarche aussi coupable, et le ressentiment qui en avait été la suite naturelle : il ne perdit point l'honorable faveur d'être placé sur la liste des gens reçus dans la société de Trianon. 

À Trianon, Besenval était réputé pour manifester beaucoup d’irrévérence à l’égard du roi, qui était l'objet de moqueries. Bel homme et célibataire, il était par ailleurs un libertin notoire, connu pour ses nombreuses conquêtes, telles la marquise de Polignac ou Mlle Clairon, une actrice célèbre.

Ce fut aussi un écrivain des Lumières, auteur de romans, comme Les Amants soldats et Spleen, mais aussi de poésies. Quant à ses Mémoires secrets, œuvre posthume publiée par son fils naturel, le vicomte de Ségur, ils donnent une vision intime de la fin de l’Ancien Régime.

Il fut d'ailleurs lié aux premiers temps de la Révolution. En mai 1789, il commandait les troupes qui stationnaient dans et autour de la capitale. Leur retrait de la ville, sur son ordre, affola le peuple de Paris qui y vit une menace et entraîna le pillage des armureries et la prise de la Bastille. Arrêté près de Provins, puis emprisonné et jugé pour avoir envisagé de massacrer les Parisiens, il fut acquitté.

Malade, affaibli par la prison, il mourut le 2 juin 1791. Vingt-cinq personnes dînaient ce jour-là chez lui. Très affaibli, il serait entré dans la salle à manger et aurait dit à ses convives : « C'est l'ombre du Commandeur qui vous fait sa visite. » Une heure après, il rendait son dernier soupir.

Bezard (Louis) 

Bezard apparaît dans L’Année du volcan. Veuf, il habite Rue des Marais à l’angle des Petits-Augustins. Caissier principal à la caisse d’escompte, il couvre la fabrication de fausses piastres par Lambroie. Il est pris dans la souricière tendue par les policiers dans la Cour du Dragon :

« L’homme, de taille moyenne, paraissait âgé d’environ quarante ans. Sa chevelure brune parsemée de cheveux blancs était nouée par un ruban noir. Il était vêtu d’un surtout de drap vert sans doublure, d’une veste de nankin, d’une culotte de satin noir et de bas de filoselle blancs. Ces derniers désignaient une certaine position dans la société : ceux qui se déplaçaient en voiture et ne craignaient pas de souiller leurs bas de la boue tenace des rues parisiennes. Les escarpins à talons de bois portaient des boucles à corde argentées. Le visage était commun ; des yeux effrayés, qui passaient de droite à gauche, fixaient tour à tour les deux policiers immobiles et sérieux. »

Par lettre de cachet, Nicolas l’envoie à la Bastille. Souffrant d'une hernie étranglée, il est "soigné" dans sa cellule le 1er août 1783 par un faux capucin qui lui tranche la gorge avec un rasoir. L'auteur du meurtre réussit à s’enfuir de la prison.

Blanchard (Jean Pierre François)

Né en 1753 au Petit-Andely, en Normandie, Jean Pierre François Blanchard est un inventeur du XVIIIe siècle. Il conçoit d’abord des pompes hydrauliques (à Château-Gaillard, puis à Vernon et Grenoble) mais il s’oriente très vite vers la fabrication d’un vaisseau volant.

Le 5 mai 1782, il tente une démonstration publique de vol. L'échec de cette démonstration ne le décourage pas : en 1784, imitant les frères Montgolfier, il réalise des ballons gonflés à l’hydrogène, qu’il fait voler en France et en Angleterre. En janvier 1785, il effectue en compagnie de John Jeffries, son mécène américain, la première traversée par les airs de la Manche, d’ouest en est.

Le retentissement de cette traversée est tel que Blanchard est appelé à effectuer de nombreuses autres ascensions tant en Europe qu’en Amérique du Nord, qu’il est le premier à survoler.

En février 1808, alors qu’il effectue, en Hollande, sa soixante-sixième ascension, il tombe, frappé d’une crise cardiaque. Il meurt à Paris le 7 mars 1809 des conséquences de cette chute.

Sa femme, Madeleine Sophie Armant, qui l’accompagne à partir de 1805, continue ses expériences. Elle meurt à Paris le 6 juillet 1819, dans l’embrasement de son ballon.

Dans L’Enquête russe, peu de jours après sa tentative de vol du 5 mai 1782, empruntant la voix des nouvellistes du XVIIIe siècle (en l'occurrence les Mémoires secrets de Bachaumont), Nicolas parle de l’invention de Blanchard  :

« J’ai assisté à ses tentatives et, malgré la jeunesse de l’inventeur, ceux qui comme moi ont vu sa machine ont acquis au moins beaucoup de confiance dans la suite. Elle devrait fendre l’air comme un vaisseau et ramasser sous elle un volume de cet élément assez considérable pour la soutenir et l’élever. [...] Son appareil est d’un bois léger et solide traversé par deux petits mâts à égale distance de l’avant et de l’arrière avec un siège entre eux. L’extérieur est recouvert de carton vernissé. Il se tient dans l’intérieur, une soupape pouvant renouveler l’air. Il y a des glaces comme à une gondole. À la machine sont adaptées six ailes de dix pieds d’envergure sur dix de large. Il les fait mouvoir par un ressort en systole. C’est du moins ce qu’il espère. »

Böehmer (Charles-Auguste)

Charles-Auguste Böehmer, joailler de la couronne, est un personnage historique et c’est sa fiche de police qui est utilisée dans L’Enquête russe.

Juif saxon d’origine, il est décrit comme actif, hardi et intelligent. Il s’est associé à Paris avec Paul Bassenge, originaire de Leipzig, et ensemble, ils ont ouvert une boutique de haut luxe place Vendôme.

Le roman, qui le décrit comme un aimable petit homme tout en rondeurs et sourires, évoque l'affaire de la broche à portrait menée avec brio par la soi-disant princesse de Kesseoren, escroquerie dont il aurait été victime. Dans les faits, il a surtout été victime, à la mort de Louis XV, d’une commande non honorée de Mme du Barry : un somptueux collier en esclavage de 1 600 000 livres.

Marie-Antoinette, à qui il le proposa, refusa de l'acquérir. Ce collier ne trouvant pas preneur, Böehmer et son associé doivent emprunter à Baudart de Saint-James « deux cent mille livres en vue de payer une partie des pierres réunies pour ce bijou ». C’est lui qui est au centre de l’affaire dite du collier de la reine, escroquerie montée par Jeanne de La Motte.

Charles-Auguste Böehmer meurt à Stuttgart en 1794.

Bouey (Jean)

Dans La Pyramide de glace, Jean Bouey porte la livrée de Philippe de Vainal. Il a servi le père et élevé le fils dont il n’approuve pas la vie dissolue. Il souhaite se retirer en Bourgogne d’où il est originaire :

« Je souhaitais regagner ma Bourgogne, lassé d’avaler des couleuvres, de subir ici mille avanies. J’avais toujours espéré avoir dans cette famille un asile honorable où je serais bien soigné dans ma vieillesse et que la bonté de mon maître s’étendrait jusqu’à ma mort ».

Le Président de Vainal le congédie, sans gages, en raison de sa ruine financière mais aussi à la demande d'Hermine Vallard, sa maîtresse servante, qui ne supporte pas les remarques du vieux serviteur.

Bourdeau (Pierre)

Inspecteur au Châtelet, Pierre Bourdeau devient dès le premier roman l’adjoint de Nicolas Le Floch. Originaire d’un village proche de Chinon en Touraine, il est en 1761 marié et père de trois enfants. Son enfance a été marquée par une injustice. Son père était valet de chien à la vautrée du roi. Blessé par un sanglier en se portant au secours de l'un des chiens, il a dû être amputé d’une jambe pour éviter la gangrène et le roi, mécontent de la mort du chien, l'a renvoyé sans pension dans son village d’origine. D'après le premier roman, il y a dépéri de chagrin : « Il ne se pardonnait pas d’avoir laissé mourir un chien. » D'après L'Affaire Nicolas Le Floch, « il avait été blessé à mort par [le] sanglier au cours de [la] chasse ».

Pris sous la protection du duc de Penthièvre – grand veneur de France – avant la mort de son père, Pierre est admis à Louis le Grand et fait ensuite des études de droit. Grâce à la vente de la maison de ses parents et l’aide du duc, il a acheté un office d’inspecteur et de conseiller du roi.

Ses idées sont proches de celle du peuple dont il est issu : il demande souvent plus de justice et d’égalité. Son amitié pour Nicolas est sans faille. Il lui procure des armes adaptées à son rôle, comme le pistolet miniature et la canne épée, et le sauve à plusieurs reprises de la mort. Il est aussi lecteur passionné de Jean-Jacques Rousseau et des philosophes en général, citant des passages de l’Émile (Le Crime de l'hôtel Saint-Florentin). Il cite aussi Molière qu’il apprécie beaucoup (Le Sang des farines).

Au printemps 1776, il s'éloigne du centre de la capitale pour habiter dans une maison plus grande du quartier Saint-Marcel – « à la pointe de la rue des Fossés Saint-Marcel et de celle de la Reine Blanche » – qui présente l'avantage d'être pourvue d’un jardin. Ayant aidé la famille Bourdeau à déménager, Nicolas rencontre pour la première fois, Mme Bourdeau, présentée comme une « forte commère réjouie ». La simplicité de Nicolas aidant, la famille Bourdeau accueille encore Nicolas en été pour manger et jouer aux boules et aux quilles : « Un verrou longtemps maintenu venait de sauter. » (Le Cadavre anglais)

Les liens qui se tissent entre le commissaire et l’inspecteur deviennent, de roman en roman, de plus en plus amicaux. Ainsi, dans L’Enquête russe, Nicolas embrasse-t-il Jeanne Bourdeau, « rouge de confusion de cette attention et d’être surprise en tablier en train de préparer un souper de fête en l’honneur des vingt-cinq ans de l’aîné de ses fils ». Il taquine aussi Bourdeau en le traitant de seigneur pour sa possession de vignes près de Chinon. Au cours d’une arrestation mouvementée, Bourdeau reçoit une balle en pleine poitrine. N'ayant pas touché le cœur, celle-ci n’a occasionné aucune lésion grave. Soigné par Semacgus, Bourdeau se remet assez rapidement et, à la fin du roman, accompagné de sa famille et de Nicolas, il part se reposer sur ses terres pour consolider cette guérison.

Dans L’Année du volcan, son fils aîné, Richard, s’est amouraché d’une fille de boutique chez une modiste. Étudiant en droit, il veut tout arrêter et tout sacrifier à son caprice. Les parents sont mécontents.

La Bourdeille

C'est, dans L'Année du volcan, la tenancière d'une maison galante :

« Tout d’abord apparaissait la frêle silhouette de la Bourdeille, l’air accablé, renouant son fichu sur sa maigre poitrine. Tout était gris chez elle, le teint, la vêture et l’attitude générale. »

Sa maison galante est située dans la rue des Fossés-Monsieur-le-Prince, vis-à-vis celle du Riche Laboureur.

Braschi (comte de) :

Voir Pie VI.

Breteuil (Baron de)

Ambassadeur de France à Vienne, le baron de Breteuil est décrit dans le Sang des farines :

« Il était de taille moyenne, corpulent, un visage ferme et énergique aux yeux grands et bien fendus. Un nez fort surmontait une bouche mince, aux coins curieusement relevés, soulignée par deux profonds plis d’amertume. »

Louis-Charles-Auguste Le Tonnelier, baron de Breteuil et de Preuilly, est né à Azay-le-Ferron, dans le Berry, le 7 mars 1730. Militaire, il participe aux combats de la guerre de Sept ans. Il intègre par la suite le corps diplomatique, d'abord auprès de l’électeur de Cologne en 1758, puis en Russie en 1760. Jusqu’en 1766, il est ambassadeur en Suède, avant d’être envoyé à Vienne en 1774. Dans l’affaire de la succession de Bavière, il négocie un traité entre la Prusse et l’Autriche. En 1780, malgré l’opposition de la reine, il est remplacé par le cardinal de Rohan, qu’il l’avait lui-même remplacé en 1774.

En 1783, il est nommé par le roi ministre de la Maison du roi et de Paris. Il est réputé « atrabilaire et de commerce malaisé » mais il apprécie beaucoup Nicolas qu’il a déjà rencontré à Vienne. Dans La Pyramide de glace, son action, inspirée des Lumières, est louée :

« À l’inverse de l’inaction d’Amelot du Chaillou, son prédécesseur, il n’avait eu de cesse depuis sa nomination de presser la vieille machine des bureaux. Il s’était aussitôt précipité à la Bastille et à Vincennes et témoigné l’horreur que lui inspiraient les prisons d’Etat, faisant aussitôt éloigner les prisonniers de la seconde, réputée malsaine et meurtrière ».

Il veut aussi diminuer l’usage des lettres de cachet, que Nicolas utilise encore lorsqu'il y est contraint. Pendant l’hiver 1783-84, il est « obsédé » par la propreté des rues et l’approvisionnement de la ville en vivres et en bois. Nicolas, qui le rencontre à Versailles, le trouve rajeuni depuis 1775 :

« Son visage exprimait toujours cette fermeté un peu hautaine, les plis d’amertume autour des lèvres minces s’étaient creusés, mais l’homme donnait l’impression d’une satisfaction heureuse et, pour tout dire, il sembla à Nicolas tout empli et comblé par la charge éminente à lui dévolue. »

C'est en tant que ministre de la Maison du roi et de Paris qu’il fait arrêter, sur l’ordre du roi, son ennemi le prince cardinal de Rohan, le 15 août 1785, dans la galerie des glaces à Versailles. Le prince de Rohan, pour se faire bien voir de la reine, s'était porté garant dans l’achat d’un collier par la comtesse de La Motte-Valois. Il s’agissait en fait d’une escroquerie montée contre un bijoutier parisien, Charles-Auguste Boehmer, escroquerie qui utilisait le nom de la reine. Les huit cents diamants ont été dispersés et vendus, essentiellement en Angleterre. Le cardinal est enfermé à la Bastille pendant plusieurs mois. Jugé, il est acquitté mais doit rembourser le collier. Il est ensuite exilé en Auvergne puis en Touraine.

En 1788, s'opposant – contre Calonne – à la convocation des États Généraux par le roi, Breteuil démissionne. Il revient aux affaires comme ministre principal en juillet 1789, après le second renvoi de Necker, mais la prise de la Bastille a lieu quelques heures plus tard : on rappelle Necker et Breteuil est contraint d'émigrer vers l’Allemagne, puis vers la Suisse. Il sera l'un des premiers nobles à le faire. Il est, en 1791, l'un des organisateurs de la fuite de la famille du roi.

Opposé aux frères du roi qui ont eux aussi émigré, il cesse toute activité. Il revient en France en 1802, mais ses biens ayant été saisis, il vit pauvrement. L’héritage de la marquise de Créquy lui permet toutefois de retrouver un cadre nobiliaire, à savoir le château de Monflaux dans le département de la Mayenne, où il meurt en 1807.

Broussais (Marguerite)

Dans L’Inconnu du Pont Notre-Dame, Marguerite Broussais est la maîtresse d’un brelan, un tripot de jeux clandestins, rue Neuve des Petits-Champs. « C’était une forte femme sobrement vêtue d’une robe grenat et qui braqua son face-à-main sur le visiteur ».

Elle est née en 1732, à Picquigny en Picardie et c’est la recherche de moyens pour subsister qui l’a entraînée à violer les lois. Elle a perdu son mari et deux de ses trois enfants.

« Longtemps j’ai vécu des travaux en chambre avec un revenu fort modeste. Le recours au jeu s’est imposé à moi comme une planche de salut. J’ai successivement loué des locaux pour cette industrie, rue du Boullois, rue des Gravilliers, rue des Poitevins et enfin, ayant réuni quelques modestes fonds, j’ai installé cette académie de jeux où je reçois la clientèle la plus choisie. »

Elle organise avec Bernard de Tarvilliers des jeux truqués pour ruiner des étrangers.

Buffon (Georges-Louis)

Lorsque, dans L’Honneur de Sartine, Naganda visite Paris en 1780, il croit rencontrer Buffon à l’Académie des sciences mais son interlocuteur est en réalité l'un des correspondants de Buffon, l’abbé Bexon. Celui-ci l’interroge sur les ours du Canada et lui apprend par ailleurs que « l’illustre naturaliste [Buffon] était actuellement à Montbard en Bourgogne où il souffre fort de la chaleur et de ses yeux et se plaint que ses fruits à noyaux soient tous perdus ».

Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon, est âgé de 73 ans en 1780 puisqu’il est né à Montbard le 7 septembre 1707. C’est un savant du siècle des Lumières puisque ses connaissances vont au-delà de la nature et qu’il est aussi mathématicien, philosophe, légiste et biologiste.

Sa famille – des petits officiers royaux – avait su faire fructifier ses revenus et le père, Benjamin Leclerc, avait acheté en 1717 une terre noble, la seigneurie de Buffon. Cette seigneurie joua le rôle de "savonnette à vilain" et la famille entra dans la noblesse de robe quand le père acheta en 1720 une charge de conseiller au Parlement de Dijon.

Le jeune Georges-Louis était, comme Nicolas, élève des jésuites. En 1726, il était licencié en droit. Il poursuivit des études en mathématiques, en médecine et en botanique à l’université d’Angers. Un duel, mortel pour son adversaire, interrompit ses études. Anglophone et anglophile, il accompagna un jeune aristocrate anglais dans son tour d’Europe, au sud du royaume d’abord et en Italie ensuite. Ce tour, comme on appelait alors ce genre de voyage, fut arrêté en 1731 par la mort de sa mère.

Buffon s’installa à Paris en 1732 et rechercha de puissants protecteurs, comme Maurepas et, plus tard, le duc de Condé ou la marquise de Pompadour. Il se fit connaître par ses travaux en mathématiques et ses traductions d’ouvrages de Newton. À 26 ans, il entra à l’Académie des sciences et à 32 ans, il était membre de la Royal Society de Londres. La même année, en 1739, il était nommé intendant du Jardin du roi, qu’il allait profondément transformer. Le reste de sa vie fut consacré à l’histoire de la nature.

Le génie de Buffon fut de s’entourer de savants et d’administrateurs compétents comme le biologiste Antoine Laurent de Jussieu, l’anatomiste Antoine Portal, le zoologiste Louis Jean-Marie Daubenton, les ornithologistes Philippe Guéneau de Montbeillard ou Gabriel Léopold Charles Aimé Bexon, connu sous le nom de l’Abbé Bexon, dont parle Naganda. Buffon fut le centre d’un réseau de correspondants, d’informateurs voyageurs et il fit du Jardin du roi le centre européen d’une recherche scientifique sur la nature.

Il fréquenta peu la cour et finit par délaisser peu à peu Paris – en dépit de son élection en 1753 à l’Académie française – pour se consacrer à son domaine de Montbard, à ses forges et à la rédaction de son œuvre, les trente-six volumes  – quarante-quatre avec les suites de Lacépède  – de L’Histoire naturelle, générale et particulière, avec la description du Cabinet du Roy. Même s’il fut proche des philosophes des Lumières et accueillit Rousseau à Montbard, il ne partageait pas leurs idées politiques et resta un noble attaché à ses privilèges. Il avait transformé Montbard en un hôtel luxueux et agrandit de façon notable son domaine qu’il administra en seigneur éclairé.

Marié à 45 ans, il devint veuf à 62 ans en 1769. Il souffrait de myopie et surtout de la gravelle, conséquence d'une trop bonne chère, comme l'est la goutte de M. de Noblecourt. Louis XVI transforma en comté sa seigneurie de Buffon en 1773 et surtout commanda une statue de lui au sculpteur Pajou. Cette statue est placée à l’entrée du Jardin du roi. Il mourut à Paris le 16 avril 1788, laissant ses biens à un fils unique, guillotiné pendant la Révolution.

Burgos (Diego)

Le secrétaire du vicomte de Trabard est un jeune homme qui porte un catogan de cheveux noirs et dont le regard lassé est d’un noir si profond qu’il semble liquide, languide. Il parle parfaitement le français, avec un léger accent zézayant. Dès le début de l’enquête de L’Année du volcan, il s’enfuit avec le vas-y-dire qui a acheté les pétards à l’origine de la mort du vicomte. Il prend la diligence de Nantes avec un arrêt à Chartres. Muni d’un sauf-conduit, Gremillon, à cheval, part à sa poursuite. Dans un relais avant Chartres, il découvre le secrétaire à l’agonie, victime indirecte du volcan islandais, et constate que le vas-y-dire a disparu. Diego meurt d’une fièvre violente. Un extrait des comptes du vicomte de Trabard est trouvé en sa possession.