Adélaïde (Madame)

Elle apparaît le 23 octobre 1761, lors de la soirée à l'Opéra qui marque le début de la seconde intrigue :

« Blonde et faite au tour, elle avait grand air. [...] Souriante, elle s’inclina en une grande révérence de cour qui redoubla les vivats. La princesse était fort populaire ; son affabilité et son accès facile étaient connus de tous. » (L'Homme au ventre de plomb).

Dans le roman, Nicolas Le Floch retrouve des bijoux qui lui ont été dérobés par Truche de la Chaux.

Marie-Adélaïde est la quatrième fille et le sixième enfant de Louis XV et de Marie Leszczyńska. Elle est née le 23 mars 1732 à Versailles : elle a donc, dans le second roman, vingt-neuf ans. Contrairement aux autres princesses, qui furent éduquées à l’abbaye de Fontevraud, elle a passé son enfance à Versailles avec sa sœur Henriette. Elle était la préférée du roi et elle était par ailleurs fort appréciée du peuple. Elle s’opposa toutefois au Parlement en soutenant les Jésuites. Elle s’opposa aussi à Mme de Pompadour et plus tard à Marie-Antoinette, qu’elle trouvait trop frivole.

Quand le roi fut obligé de quitter Versailles pour les Tuileries le 6 octobre 1789, elle s’installa avec sa sœur Victoire au château de Bellevue, près de Meudon. Les deux princesses émigrèrent en février 1791 et rejoignirent l’Italie. Célibataire, elle mourut à Trieste le 27 février 1800.

Adhémar (Jean-Balthazar, comte d’)

Jean-Balthazar d'Adhémar (ou d’Azémar en occitan) de Montfalcon est un militaire et diplomate de vieille noblesse occitane, né à Nîmes en 1736. Appartenant à une branche cadette de la famille, il a quelques difficultés à obtenir le titre de vicomte. Proche de la maison d’Orléans, il est présenté à la cour en 1765. La même année, il devient le colonel du régiment d’infanterie de Chartres. Il prend le titre de comte d'Adhémar en 1767. En 1772, il est marié à la veuve du marquis de Valbelle, Gabrielle Pauline Bouthillier de Chavigny, dame d’honneur de la reine Marie Leszczyńska. Il devient un des courtisans proches de Louis XV. Il est nommé ambassadeur à Bruxelles en 1778, tout en continuant sa carrière militaire : en 1781, il est promu maréchal des camps et armées du roi. De mai 1783 à 1787, il est ambassadeur du roi à Londres, imposé à Vergennes par la reine, sous l’influence des Polignac. Mme de Campan, dans ses Mémoires, indique qu’il a été nommé parce qu’il ennuyait la reine. Dès mars 1785, en raison d’ennuis de santé, il abandonne son poste où il a multiplié les bévues. Dans L'Année du volcan, Vergennes considère que depuis son arrivée à Londres, « il ne remplit ni l’éclat de sa charge ni le profond de sa mission ».

En juillet 1783, Nicolas est chargé de lui faire des reproches et des recommandations sur le style de ses rapports, l’ouverture de l’Ambassade et les liens avec l’Ambassadeur espagnol.

Quand Nicolas le rencontre, il est décrit ainsi :

« De taille moyenne, entre deux âges, M. d’Adhémar portait beau mais devait cette apparence à nombre d’artifices qui couvraient, masquaient et maquillaient les atteintes de l’âge. »

Il meurt au début de la révolution au château de Thun, près de Meulan le 17 novembre 1790.

Albert

Personnage peu sympathique dans la série "Nicolas Le Floch", ce lieutenant général de police est considéré comme incapable par le commissaire. Il occupa du reste cette fonction pendant une courte période, entre deux lieutenances de Le Noir, du 14 mai 1775 au 19 juin 1776.

Né à Ille-sur-Têt (dans la province du Roussillon) le 23 janvier 1722, Joseph-François-Ildefonse-Raymond d’Albert i Cornella est issu d’une petite noblesse catalane. Juriste, il est avocat et professe le droit à l’université de Perpignan. En 1752, il est enfermé dans la forteresse de Salses sur l’ordre d'Augustin-Joseph de Mailly car il est soupçonné d'être l'un des auteurs d’une comédie qui se moquait du maréchal de Mailly – lieutenant-général puis commandant en chef du Roussillon – et de sa maîtresse, la marquise de Blanes. En 1759, il est nommé membre du Conseil souverain du Roussillon et en tant que tel, il vote pour la suppression de l’ordre des Jésuites.

À partir de 1763, sa carrière se poursuit à Paris. En 1764, il devient conseiller au Parlement à la seconde Chambre des Requêtes et intendant du commerce.

Les Mémoires secrets le décrivent en outre comme un arriviste qui, « poussé par l'ambition qui le dévorait », s'est « jeté à corps perdu » dans le parti des Économistes qui avait alors le vent en poupe. C'est ainsi que, proche de Turgot, il remplace en mai 1775 Le Noir, limogé après les manifestations contre le prix du blé. Les Mémoires secrets le décrivent ainsi le 15 mai 1775 :

« M. Albert ne parle ni avec facilité ni avec grâce, mais ses avis sont hérissés d'érudition. II est profond dans les lois, surtout dans le droit romain et dans le droit canon. »

Il a du reste travaillé avec Malesherbes à un ouvrage sur les lois de l’Europe, dont il ne reste qu’un fragment, et à un mémoire sur les Lettres de cachet.

Il a suscité des jugements très contradictoires. Hugues de Montbas écrit dans La Police parisienne sous Louis XVI (Paris, Hachette, 1949, p. 38-41) :

« Partout où il avait passé, Albert avait laissé une solide réputation de grincheux et d’esprit contrariant. L’étude approfondie du droit canon – une de ses spécialités, assurait-on – ne lui avait enseigné ni la modestie, ni la mansuétude, ni le désintéressement. »

Montbas décrit par ailleurs Albert comme « lourd, lent et hargneux collaborateur » de Turgot, même si « comme beaucoup de Physiocrates, [il] était rempli de bonnes intentions et d’idées ingénieuses ».

Horace Raisson, dans l’Histoire de la police de Paris (Paris, Dusillion éditeur, 1844, p. 181-182), vante au contraire les mérites d’Albert :

« Depuis La Reynie et d’Argenson, personne ne s’était trouvé peut-être plus apte à remplir dignement cette difficile magistrature. Animé d’un zèle ardent pour le bien public, dévoué aux intérêts de l’humanité, travailleur infatigable, et profondément imbu des principes d’une philosophie tolérante et secourable, le but de toutes ses pensées, de ses études, des méditations de sa vie entière avaient été d’épurer les mœurs générales et de faire disparaître jusqu’aux plus légères traces des mauvaises passions descendues dans le sang du peuple depuis la régence de Philippe d’Orléans et les orageuses années de la fin du règne de Louis XV. [...] Le peu de temps qu’Albert passa à la lieutenance de police ne leur permit, ni à l’un [le roi Louis XVI] ni à l’autre malheureusement, de mettre leurs vastes projets à exécution. Ce qu’Albert tenta toutefois, ce qu’il fit, ce qu’il voulait faire, suffisent pour le placer au premier rang des administrateurs éclairés de la cité parisienne. »

En effet, pendant l’année où il fut lieutenant général de police, Albert fit preuve d’une très grande activité, multipliant les réformes : nouvelle organisation de la ville de Paris (en quartiers, arrondissements et cantons), suppression des maîtrises, des jurandes et des corvées, interdiction du recrutement des militaires par les racoleurs du quai de la Ferraille, instauration d'un système « de vastes tonneaux, supportés par trois roues », qui anticipait la poubelle, règlementation de la vente dans les halles et sur les marchés, institution d'ateliers de charité...

Cependant cette activité fut ressentie comme extrêmement désordonnée. En octobre 1775, il supprime sa brigade mondaine, alors qu'il envisage d'étatiser la prostitution. En effet, s'inspirant de Restif de la Bretonne (Le Pornographe), il projetait d'encaserner les prostituées dans trois cents maisons d’État, hiérarchisées selon la richesse, toutes pourvues de jardins, de bains, de médecins ainsi que de gardes et appelées Caligulaires. Il avait aussi prévu que les enfants mâles des prostituées deviendraient d’office des enfants de troupe.

De même, s'il adoucit le sort des prisonniers, qu'il allait visiter dans les différentes prisons, il confisqua les manuscrits refusés par la censure, alors que la pratique voulait qu’ils soient rendus à leurs auteurs, et s’opposa à la limitation de l’usage des lettres de cachet, limitation voulue par Malesherbes.

Le 29 janvier 1776, les Mémoires secrets faisait ce commentaire :

« Le public est en général assez mécontent du lieutenant de police actuel, qui déplaît d’autant plus qu’il succède à des hommes qui, par leur aménité, se conciliaient ceux qui avaient affaire à eux, même en les refusant. Celui-ci a la mine et le propos également durs et rebutants. D’ailleurs, il n’est pas extrêmement au fait de sa partie et n’y est nullement propre, au gré de beaucoup de gens. On ne croit pas, en conséquence, qu’il reste longtemps dans cette place. »

En butte à l’hostilité de Sartine, Albert suivit en effet de près la disgrâce de Turgot. Le 19 juin 1776, Le Noir réintégrait la fonction qu’il avait abandonnée un an plus tôt.

En 1775, Albert avait acquis une charge de Maître des Requêtes au Parlement de Paris. En 1785, il entra au Conseil de Chancellerie et de Librairie puis au Bureau des Grains en 1787. Il fut Conseiller d'État en 1788. Il était alors « le conseil et le coopérateur » de Lamoignon. Il revint dans sa province d’origine en 1789 et mourut le 10 décembre 1790 à Ille-sur-Têt.

Arranet (Aimée d')

Un jour pluvieux d'octobre 1774, Nicolas trouve une jeune femme évanouie dans les bois de Fausses Reposes. Le coup de foudre pour Aimée d'Arranet est immédiat. Âgée d’une vingtaine d’années, la fille de l’amiral d’Arranet est l'amie d'Adélaïde-Suzanne de La Borde : aussi connaît-elle Nicolas de réputation pour avoir souvent entendu parler de lui par La Borde (Le Crime de l'hôtel Saint-Florentin). Présentée dès l'année suivante à la société de la rue de Montmartre, elle en fait la conquête :

« Tout à la fois savante, sérieuse, mutine ou luronne, elle tenait sa partie avec un appétit de connaissances et de la bonne chère qui avait conquis cette société d’hommes. » (Le sang des farines)

En mars 1775, Nicolas est envoyé en mission diplomatique à Vienne, portant noué à son cou un châle de cachemire imprégné du parfum de verveine de son amante. Cependant, comme il ne revient qu’à la fin du mois de mai et qu'Aimée n’a reçu aucun courrier, elle le fuit.

Deux ans plus tard, le couple connaît certes encore des moments d’exaltation, mais la fidélité de Nicolas n’est plus aussi indéfectible. Le commissaire est conscient qu’« un rien [peut] précipiter une rupture inscrite dans les faits » (Le Cadavre anglais). En 1778, Aimée est devenue dame de compagnie de Madame Elizabeth, sœur du roi (Le Noyé du Grand Canal) : dès lors, ses relations avec Nicolas s'inscrivent dans les interstices que lui laisse la vie de cour.

Ce rôle lui pèse dans L’Enquête russe car Madame Élisabeth est une « dévote peu portée aux débordements insouciants de la jeunesse ». Aimée s’étourdit de plaisirs « recherchés comme autant de dérivatifs à la vie d’étiquette et de réclusion qu’elle [mène] auprès de la princesse ». Nicolas, lui, aspire à d’autres horizons. Sa « passion assouvie », il souhaite une conversation en accord avec « sa propre culture, sa réflexion, [sa] contention d’esprit et la permanence de son débat intérieur ».

Quand il est enlevé par les agents russes, Aimée – qui l’accompagne – est elle-même jetée hors de la voiture et sauvée par les agents de Sartine. L'épisode est le prétexte à des retrouvailles émues chez M. de Noblecourt.

Dans La Pyramide de glace, Aimée déclenche une crise de jalousie de Nicolas :

« Quelque temps auparavant, il avait par pur hasard vu Aimée entrer dans une maison de la rue de Tournon. […] Aimée était censée être en  service ce jour-là auprès de Madame Élisabeth. » 

Elle est surveillée par Rabouine mais Nicolas se pose des questions sur sa liaison avec Aimée qui dure depuis des années :

« Ils avaient traversé bien des épreuves sans que jamais ce lien se trouvât menacé et rompu, chacun fermant les yeux sur les incartades de l’autre. Ils se passaient leurs fantaisies. »

Aimée se rend chaque mardi dans l’hôtel de la rue de Tournon  qui accueille une loge de maçonnerie féminine dont la grande maîtresse est la duchesse de Bourbon-Condé, sœur du duc de Chartres.

« Ce qui intriguait Nicolas, c’étaient les raisons qui entraînaient Aimée à dissimuler son appartenance maçonne alors que tant de femmes de qualité ne cachaient nullement leurs activités dans ce domaine. […] Ce qui le meurtrissait, c’était le manque de confiance que cette dissimulation signifiait à son égard. »

Les inquiétudes s’apaisent après une nuit avec Aimée, rendez-vous organisé par ses amis, passage du Grand Cerf.

 

Arranet (comte d')

Le comte d’Arranet est lieutenant général des armées navales. Il a participé à la bataille du cap Finisterre en 1767 contre une escadre anglaise et il a connu le marquis de Ranreuil, dont il retrouve les traits dans le visage de Nicolas. Il connaît également bien Guillaume Semacgus car le chirurgien lui a naguère sauvé une jambe traversée par un morceau d'espar. Il a gardé de cette blessure une légère claudication. Jean-François Parot décrit ainsi la manière dont Nicolas le perçoit lors de leur première rencontre :

« Il fit face à un homme de haute et forte stature qui le considérait avec bonhommie de ses yeux gris et rieurs. [...] Il portait un habit bleu sombre de coupe militaire à boutons de cuivre et un cordon de Saint-Louis. Sa perruque poudrée ne retirait rien à la mâle énergie d’un visage tanné et marqué de rides profondes. Il s’appuyait sur une canne. » (Le Crime de l’hôtel Saint Florentin)

Recruté par Sartine devenu secrétaire d'État à la Marine de Louis XVI, il inspecte les ports mais il est aussi à la tête d’un service d’espionnage de la flotte anglaise et de ses techniques de calcul de la longitude (Le Cadavre anglais).

Aschbury (Lord)

Espion anglais, il apparaît pour la première fois dans L’Affaire Nicolas Le Floch. Il y est introduit auprès de Nicolas par la logeuse londonnienne :

« Elle revint accompagnant un petit homme bedonnant d’une soixantaine d’années, sans perruque, au crâne chauve entouré d’un croissant de cheveux blancs. Le visage blême, avec des sourcils broussailleux coupés à la serpe, un nez rouge et pointu et un long cou entouré d’une cravate écharpe de gaze blanche, sortait d’un habit vert boudinant un corps sans forme. Une culotte de casimir blanc immaculé se terminait par des bas noirs et des souliers à boucles d’argent. »

Lors de cette rencontre, le personnage, venu inciter Nicolas à la prudence dans l’affaire Théveneau de la Morande, déplaît fort au commissaire français. Malgré des accents aristocratiques, il se montre peu raffiné dans ses manières : il boit sec, claquant la langue d’une manière bien peuple, et, s’affalant dans une bergère, s’assied sans y être invité.

En octobre 1774, Nicolas le croise à Versailles et à Paris, pendant l’enquête du Crime de l’hôtel Saint-Florentin. Descendu à Paris sous le nom de Francis Sefton, Lord Aschvbury cherche – avec l’aide d’Eudes Duchamplan – à compromettre le duc de la Vrillière dans les assassinats qui ont été commis. En fait, la manœuvre vise à nuire aux contacts entre la France et les Insurgents américains, qui inquiètent les Anglais.

En janvier 1777, dans Le Cadavre anglais, Lord Ashbury est de nouveau présent à Paris. Il est impliqué dans un réseau d’espionnage infiltré chez les horlogers français, qui cherchent à réaliser l’horloge parfaite pour le calcul de la longitude. Il est reçu par l’ambassadeur anglais, Lord Stormont, et se fait passer pour M. Calley, gentilhomme anglais. Il est accompagné de Mrs Alice Dombey, marchande de mode à Londres, qui n’est autre que la mère de Louis, Antoinette Godelet, autrefois surnommée la Satin.

Dans L’Année du volcan, le chef des services anglais a beaucoup vieilli :

« Maigri, les joues creusées, le bidon fondu, et les cheveux blancs de plus en plus rares autour d’un crâne chauve. Il tentait pourtant avec une espèce d’énergie désespérée de donner le change. »

Nicolas, qui le retrouve à l'Amirauté de Londres, mange avec lui. Tous deux discutent comme des amis.

Dans L’Inconnu du Pont Notre-Dame, en 1786, Lord Ashbury en visite à Paris rencontre Nicolas chez l’ambassadeur anglais :

« La main du vieillard lui crocha le bras ; elle lui rappela celle du maréchal de Richelieu. Ce n’était plus le petit homme rougeaud et bedonnant de jadis. Depuis leur dernière entrevue, il avait encore vieilli et s’était décharné. La perruque de guingois dissimulait mal un crâne chauve et recouvert de croûtes et mangeait une figure aux joues rentrées. Il tremblait sur ses jambes grêles. »

Awa

Awa est au début de la série la domestique de Semacgus, qui l’a ramenée, avec son compagnon Saint-Louis, de Saint-Louis du Sénégal. Tous deux ont été affranchis par le chirurgien. Saint-Louis ayant été assassiné en 1761, dès le premier roman de la série, elle devient l’amie de Catherine et de Marion, et la maîtresse de Semacgus, qui lui est très attaché.